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Blocus du détroit d'Ormuz : pourquoi la prudence reste de mise malgré l'annonce de l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran

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Donald Trump a promis que le corridor serait entièrement rouvert ce vendredi, lors de la signature d'un accord-cadre avec l'Iran. Mais les principaux acteurs affichent plus de prudence.

Publié le 16/06/2026 15:26 Mis à jour le 16/06/2026 18:32

Temps de lecture : 6min

Le tanker "Universal Winner" arrive à Oulsan (Corée du Sud), le 10 juin 2026, après avoir passé le détroit d'Ormuz. (HWAWON CECI LEE / ANADOLU / AFP) Le tanker "Universal Winner" arrive à Oulsan (Corée du Sud), le 10 juin 2026, après avoir passé le détroit d'Ormuz. (HWAWON CECI LEE / ANADOLU / AFP)

Vers une reprise du trafic sans entrave dans le détroit d'Ormuz ? La perspective d'un accord-cadre entre Washington et Téhéran laisse entrevoir la réouverture de ce corridor à l'importance cruciale pour le commerce mondial. Celle-ci pourrait intervenir après la signature prévue vendredi 19 juin en Suisse. "Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots !", a claironné le président américain, Donald Trump. Ces slogans ne suffiront pas à rétablir la confiance des acteurs maritimes, échaudés par les annonces contradictoires des derniers mois. Ils réclament désormais des garanties.

Le contexte sécuritaire reste lourd. Le 8 avril, les Gardiens de la Révolution ont publié une carte où le principal passage du détroit – appelé dispositif de séparation de trafic (TSS) – figure en "zone de risque", évoquant la présence potentielle de mines. Depuis, les navires qui sont autorisés à prendre la direction du Golfe persique, vers l'Ouest, doivent passer au nord de la petite île de Larak, en rasant les côtes iraniennes. Plusieurs experts ont ensuite évoqué la possible présence de mines marines dites "Maham". Le média américain CBS News évoque notamment des modèles capables de repérer des navires grâce à des capteurs acoustiques et magnétiques. Et fin mai, l'armée américaine a de nouveau mis en garde les capitaines contre un minage "dangereux et illégal" dans le détroit.

A ce stade, la présence de mines n'a jamais été confirmée officiellement. Un engin flottant, tout au plus, a été signalé le 31 mai à proximité d'Oman. Mais cette incertitude ne change rien, pour les marins. "A partir du moment même où il existe une suspicion, c'est comme si vous aviez des mines", explique à franceinfo Damien Chevallier, directeur de la division sécurité maritime à l'Organisation maritime internationale (OMI). Face à cette "menace sourde et discrète", l'OMI déconseille toujours la navigation dans le détroit. Pour l'agence, la priorité est aujourd'hui d'organiser l'évacuation de 11 000 marins, sur les 20 000 affectés à la zone, et d'un demi-millier de navires toujours bloqués. Pour cela, "il faut identifier la route la plus sûre", souligne Damien Chevallier.

Trois options existent, mais aucune n'est idéale. La voie classique, le TSS, est potentiellement minée et le déminage "prendra beaucoup de temps", ajoute Damien Chevallier. La route de la côte omanaise, truffée d'écueils et de rochers, est utilisée par les Américains pour tenter d'évacuer des navires. Mais elle est extrêmement risquée, avec de potentielles catastrophes environnementales à la clé. La solution la plus rapide serait d'utiliser la route iranienne, au nord de Larak, pendant les opérations de déminage du TSS. Mais c'est aussi l'option la plus complexe à négocier sur le plan politique.

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont verrouillé le détroit d'Ormuz. (APOLLONIA HILVERDA / FRANCEINFO) Les Gardiens de la Révolution iraniens ont verrouillé le détroit d'Ormuz. (APOLLONIA HILVERDA / FRANCEINFO)

La navigation maritime est basée sur l'évaluation du risque, et le coût humain et financier est colossal en cas d'accident. "La menace des mines dans la région demeure une préoccupation immédiate et à plus long terme, et des itinéraires déminés doivent être établis", commente également Jakob Larsen, responsable de la sécurité au sein de l'association maritime Bimco, cité par Reuters. "Il est très risqué pour les navires d'entamer leur transit à ce stade", en l'absence de détails précis sur l'accord promis par l'administration américaine. Plusieurs obstacles doivent être franchis pour rétablir la confiance.

"Il faut d'abord définir des garanties de sécurité. Pour le moment, l'OMI déconseille la navigation. Les annonces précédentes se sont soldées par des attaques sur des navires et des morts."

Damien Chevallier, directeur de la division Sécurité de l'OMI

à franceinfo

La France et le Royaume-Uni ont proposé une mission internationale de déminage, aux côtés de 38 autres pays. Cela consiste à mobiliser des chasseurs de mines équipés de petits drones et des sonars, afin de balayer la zone pour détecter d'éventuelles charges explosives marines. En cas de découverte, l'équipage déclenche une intervention de plongeurs démineurs ou l'envoi d'un robot. Ces opérations devront balayer l'ensemble de la zone et même au-delà, à la recherche de mines à la dérive, ce qui nécessitera plusieurs semaines. Une mission internationale, par ailleurs, suppose "un accord de toutes les parties", a convenu la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, sur France Inter.

L'Iran a toujours défendu farouchement sa souveraineté dans ses eaux territoriales du détroit. En avril, les Gardiens de la Révolution ont même mis en place une autorité, le PSGA, chargée de filtrer les entrées dans l'intégralité du corridor, tout en collectant un nouveau droit de péage. Ils ne semblent pas disposés à la céder, même temporairement. Lors des négociations, l'Iran aurait obtenu in extremis le maintien de taxes sur le trafic maritime, affirme l'agence iranienne Fars, proche de l'armée idéologique. Ces droits de péage seraient rétablis 60 jours après la signature de l'accord-cadre, au mépris du principe de la liberté de circulation. La diplomatie iranienne, elle, préfère évoquer des "frais pour les services de navigation".

Une certaine confusion règne autour du détroit. Selon Donald Trump, "des navires, dont certains chargés de pétrole, commencent à sortir du détroit d'Ormuz" et "naviguent le long [d'une route] qui est totalement sécurisée", a-t-il assuré, sans préciser laquelle. Le PGSA, lui, affirme que "ses procédures restent toujours en vigueur", dans un mail consulté lundi par franceinfo. Les navires sont encore tenus de déposer une demande pour franchir le corridor, jusqu'à nouvel ordre.

Les professionnels du secteur, en attendant, n'ont relevé aucune variation sensible du nombre de navires. "Nous estimons qu'il faudra plusieurs semaines avant que tous les navires" ne quittent la zone, avance Niels Rasmussen, analyste du transport maritime chez Bimco. Et si le nombre de passages a augmenté la semaine dernière, "rien n'indique que l'annonce d'un accord ait modifié la situation pour le moment".

"Au début du conflit, les adhérents avec lesquels nous avons pu discuter, au niveau français et européen, entendaient des explosions la nuit dans le ciel", explique Hubert Ardillon, secrétaire général de la Confédération des associations de capitaines de navires européens (Cesma). Les bateaux patientent depuis plusieurs semaines au mouillage plus au Sud du détroit, vers Dubaï. En cas de reprise du trafic, "tout le monde ne pourra pas passer en même temps", ajoute l'ancien capitaine de pétrolier. Et "chaque armateur sera tenté de réclamer un passage parmi les premiers".

L'OMI se tient prête depuis plusieurs mois à accompagner la reprise du trafic, quand les conditions de sécurité le permettront. Elle dispose de bases de données et s'est concertée avec les VTS, les "tours de contrôle" du trafic maritime. "Il faudra d'abord acheminer les 500 ou 600 navires dans des zones d'attente, avec un effet de congestion", souligne Damien Chevallier. "Mais ensuite, cela peut aller relativement vite, une quinzaine de jours." Avant le début du conflit, environ 130 navires passaient tous les jours à travers le détroit.

Il faudra probablement plusieurs semaines pour revenir à 50% du trafic classique, selon l'entreprise de consultants Eurasia Group, car les compagnies et les assureurs voudront vérifier la solidité de l'accord avant de reprendre la route.

Mais au-delà du détroit, c'est toute la région maritime qui sera scrutée de près. Le blocage par la partie iranienne est en effet accompagné par un contre-blocage américain en périphérie, afin de punir les navires accusés de lien avec l'Iran. Entre le lundi 8 et le jeudi 11 juin, trois navires ont ainsi été attaqués par la marine américaine. Trois marins indiens, notamment, sont morts dans une attaque au missile contre le pétrolier Settebello, dans le golfe d'Oman.

Le Centcom affirme avoir immobilisé "neuf navires récalcitrants, redirigé 135 navires conformes et autorisé le passage de 42 navires transportant de l'aide humanitaire", depuis le début de son blocus, le 13 avril dernier.

"Nous devrons vérifier dans ce futur accord s'il y aura toujours des problèmes pour les marins, les navires et leurs propriétaires, et quelle place leur est réservée."

Abhijeet Sangle, président exécutif du syndicat All India Seafarers Union

à franceinfo

Trois pétroliers et deux navires iraniens ont pu franchir le passage, lundi soir, marquant un premier signe de détente et d'assouplissement. Pas de quoi rassurer, pour autant, les marins concernés dans le golfe Persique. "De quel accord parlez-vous ?", résume Abijheet Sangle, président du syndicat All India Seafarers Union. "A ce stade, il n'y a aucune information officielle et il est impossible d'en discuter. La principale préoccupation des marins demeure la situation sécuritaire dans le détroit et autour."

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