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Bikinis en mars et records à 44°C : l’Ouest américain transpire sous un dôme de chaleur historique

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De San Francisco à Phoenix, une vague de chaleur sans précédent a fait exploser les records de températures pour un mois de mars dans quatorze États américains. À la frontière entre la Californie et l’Arizona, le thermomètre a même grimpé jusqu’à 44,4°C vendredi, du jamais vu pour le mois de mars.

On se croirait en plein été. À San Francisco, le thermomètre flirte avec les 30°C en plein soleil. Les passants déambulent en débardeur et en short, les marques de bronzage se dessinent sur les nez et les épaules. Dans l’historique Mission Dolores Park, quelques bikinis s’invitent au milieu des parties de volley-ball et des pique-niques entre amis. Les chiens piquent une tête dans la baie pour rapporter la balle. Sur Valencia Street, à l’aire de jeu du quartier branché de Mission, des enfants se rafraîchissent sous des douches publiques équipées de brumisateurs. Tandis que le média local The Standard distribue des glaces gratuites de chez Humphry Slocombe, glacier emblématique de la ville, et prodigue ses meilleurs conseils sur son compte Instagram pour survivre à la chaleur. Une scène estivale, à un détail près : nous ne sommes qu’aux premiers jours du printemps.

Le 20 mars, la station météo du centre-ville de San Francisco, située sur Mint Hill près de Duboce Park, a enregistré 32,2 °C peu avant 16 heures. Du jamais-vu en mars depuis le début des mesures, en 1874 : le précédent record mensuel, 30,6 °C, datait de 2005. Il s’agit aussi de la première fois que la barre des 32 °C est franchie aussi tôt dans l’année, avec plus de deux semaines d’avance sur le calendrier habituel, selon le San Francisco Chronicle.

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Les San Franciscains ne sont pas totalement dépaysés. «C’est courant qu’il fasse chaud en mars, nous souffle une riveraine. Ça va se gâter en juin et juillet. C’est une période où il fait un peu plus frais et plus brumeux, avant le retour de l’été en août, et l’été indien en septembre et octobre.» Cette année pourtant, le phénomène dépasse largement les attentes. Et San Francisco n’est que la pointe émergée de l’iceberg. De la Californie au Colorado, l’Ouest américain tout entier suffoque sous une vague de chaleur d’une intensité inédite pour la saison. Le mécanisme est connu : un système de haute pression colossale s’est installé très haut dans l’atmosphère, piégeant l’air chaud au sol, repoussant les perturbations du Pacifique vers le nord et dégageant le ciel de tout nuage. Résultat : le soleil surchauffe le sol sans répit et les températures s’emballent.

«Quasi impossible» sans le réchauffement climatique

Les chiffres donnent le vertige. À Palm Springs, en Californie, le mercure a atteint 41,5 °C le 19 mars. À Phoenix, capitale de l’Arizona, 41,1 °C le lendemain - une «semaine record», alerte le quotidien local The Arizona Republic . Mais c’est vendredi 20 mars que le record national absolu pour un mois de mars a volé en éclats : 44,4 °C en plusieurs points de la frontière californo-arizonienne. L’ancien record, 43,3 °C à Rio Grande City (Texas), tenait depuis 1954. À un degré près, on atteignait le record national du mois d’avril. Au total, quatorze États ont battu leur record absolu de température pour le mois de mars : de la Californie au Minnesota, en passant par le Nevada, le Kansas et l’Iowa, selon l’historien du climat Maximiliano Herrera, cité par Associated Press.

Ce dôme de chaleur, désormais en route vers l’est du pays, pourrait même devenir l’une des vagues de chaleur les plus vastes de l’histoire américaine. «La quasi-totalité des États-Unis va avoir chaud, a prévenu lundi Gregg Gallina, du Weather Prediction Center. La zone de records de température est extrêmement large. C’est ce qui est vraiment bizarre», a-t-il déclaré à Associated Press.

La voix des experts n’a pas tardé à se faire entendre. Vendredi, le groupe de scientifiques World Weather Attribution (WWA) a publié une analyse express : cette vague de chaleur aurait été «quasi impossible à cette période de l’année dans un monde sans changement climatique d’origine humaine». Selon ce rapport - non encore évalué par les pairs -, le réchauffement lié à la combustion des énergies fossiles a rendu l’événement 800 fois plus probable et a ajouté au moins 2,6°C aux températures ressenties.

Sécheresse, incendies et bataille pour l’eau du Colorado

Les conséquences sont déjà là. Le Service météorologique national a émis des alertes à la chaleur extrême dans le Sud-Ouest et des avis de risque élevé d’incendie du Nebraska à l’Oklahoma. Le météorologue Tom Kines a ainsi alerté dans USA Today  sur le brunissement précoce de la végétation en Californie du Sud, susceptible d’accroître les risques de feu dès avril.

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Cette canicule précoce s’ajoute à une saison exceptionnellement sèche. Dans les Rocheuses, le manteau neigeux est à son plus bas niveau depuis 1981. Le fleuve Colorado, qui prend sa source dans ces montagnes et fournit en eau potable quelque 40 millions d’habitants, a perdu 20% de son débit en un siècle. Autre chiffre inquiétant : sept États de l’Ouest ont connu l’hiver le plus clément de leur histoire, selon la NOAA, l’agence fédérale américaine chargée de l’observation des océans et de l’atmosphère. Quand le lac Mead, principal réservoir du fleuve Colorado, en aval du barrage Hoover près de Las Vegas, n’est rempli qu’à un tiers de sa capacité. Ce déficit ravive d’ailleurs un contentieux vieux d’un siècle. Sept États riverains du Colorado - quatre en amont (Colorado, Wyoming, Utah, Nouveau-Mexique), trois en aval (Arizona, Nevada, Californie) - doivent renégocier d’ici fin 2026 le partage de ses eaux, cent ans après le pacte fondateur de 1922. Les discussions sont aujourd’hui au point mort.

En attendant, les prévisions n’offrent qu’un maigre répit. Les modèles météo anticipent un possible épisode de pluie en Californie entre la fin mars et le début avril, si l’on en croit le San Francisco Chronicle . Pas suffisant, selon le climatologue Daniel Swain de l’Université de Californie, pour un retour à la normale. Pour lui, un rétablissement significatif du manteau neigeux avant l’été est «statistiquement et météorologiquement impossible».

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