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Bientôt un accord sur l’Ukraine?

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Faut-il y croire ? Alors que la guerre entre l’Ukraine et la Russie est dans sa cinquième année, des signaux laissent entendre qu’elle serait proche d’un dénouement. Cet accord ne réglerait pas tout le contentieux entre les deux pays, mais serait sans aucun doute apprécié, surtout en Ukraine, par des populations à cran, épuisées par les bombardements et les incertitudes de la vie quotidienne.

Lors du défilé du jour de la Victoire, à Moscou, le 9 mai, Vladimir Poutine a lancé aux journalistes « que l’affaire touchait à sa fin » en parlant du conflit avec l’Ukraine. Trois semaines plus tard, comme en réponse au président russe, le chef de cabinet du président Zelensky a dit croire qu’un accord mettant fin à la guerre avec la Russie avant l’hiver était une idée « réaliste ». Enfin, il y a quelques jours, un riche entrepreneur russe s’est rendu à Kiev pour rencontrer Zelensky. Au retour, il était porteur d’un message demandant une rencontre avec Poutine, ce que le président russe a décliné.

Mais ne nous emballons pas trop vite. Que voulait dire au juste le chef du Kremlin, dont on connaît l’intention d’écraser l’Ukraine et son président ? Croit-il encore gagner ? Et Zelensky, voudrait-il vraiment se rendre à Moscou ? Les deux sont-ils prêts au compromis ? En tout cas, après toutes ces années de guerre, la situation chez l’un comme chez l’autre est mauvaise, ce qui pourrait expliquer ce soudain regain de l’option diplomatique.

La Russie ressent durement les effets du conflit. Les indicateurs économiques sont moins bons que dans les années passées, et ce, malgré l’augmentation du prix des hydrocarbures. Les partisans du président et de sa guerre se montrent de plus en plus critiques des stratégies adoptées. La population suit toujours son chef, mais les sondages révèlent des Russes profondément inquiets. Les frappes ukrainiennes plus ciblées en territoire russe déstabilisent la logistique militaire, alors qu’en Ukraine, les troupes russes n’avancent plus ou presque.

En Ukraine, la situation est bien pire, malgré une résistance acharnée de l’armée et de la population. Le pays subit des bombardements quotidiens sur tout le territoire. Ils sont destinés à empêcher toute reprise économique et à effrayer tout réfugié qui serait tenté de revenir. Le pays subit un effondrement démographique amorcé lors de l’indépendance (51 millions d’habitants en 1991) et qui fixe maintenant la population sur place à environ 29 millions. Ce phénomène à des impacts foudroyants sur le recrutement de la main-d’œuvre qui soutiendrait les efforts de reconstruction et sur celui des militaires. L’armée, affaiblie par des dizaines de milliers de désertions, n’avance plus malgré le développement d’une vigoureuse et talentueuse industrie de défense et la généreuse aide financière et militaire européenne.

À ce rythme, les deux belligérants peuvent continuer leurs hostilités pendant encore plusieurs années. Et cette guerre ne pourra se terminer que si l’un ou l’autre s’effondre. Rien n’indique que cela arrivera d’ici peu.

Il reste donc une option, le retour à la diplomatie mise en veilleuse par l’hostilité croissante du gouvernement Trump envers Zelensky et la guerre au Proche-Orient avec ses fronts à Gaza, au Liban, en Iran et au Yémen.

Les Américains étant hors jeu, du moins pour l’instant, les Européens seraient disposés à jouer les intermédiaires après s’être eux-mêmes exclus du dispositif diplomatique. En effet, au lendemain de l’invasion de l’Ukraine en février 2022, ils ont rompu tout dialogue avec Moscou, laissant ainsi toute la place aux Américains, avec les résultats que l’on connaît. L’idée de ne pas discuter avec le « diable » est antinomique à la diplomatie, dont le fondement est justement de dialoguer avec l’adversaire. Jusqu’à tout récemment, les Européens avaient cette position devenue à ce point intenable qu’elle a fait dire au président estonien : « Il y a quelques années, nous étions dans une position où nous ne parlions pas avec l’agresseur, et maintenant, nous sommes inquiets de ne pas être à la table. »

Il reste maintenant aux Européens à formaliser une liste de sujets à négocier avec les Russes et à trouver une personnalité en mesure d’animer le dialogue avec Poutine. Mission presque impossible lorsqu’on sait que Moscou et Kiev sont enfermés dans des postures maximalistes et jouent souvent la provocation, comme cette décision de Zelensky de réhabiliter des figures ayant collaboré avec l’Allemagne nazie, du pain bénit pour la propagande de Moscou.

On connaît les positions de départ des deux parties. Les Russes veulent garder les territoires conquis et contrôler tout rapprochement de Kiev avec l’Occident. Les Ukrainiens veulent ravoir leurs terres et choisir leur destin. On sait aussi que les Ukrainiens devront faire les concessions les plus douloureuses. Si les Européens trouvent un chemin, ils auront besoin de tout l’appui nécessaire des États-Unis afin de convaincre les Ukrainiens, et surtout les Russes, de signer.

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