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Après avoir dû expliquer sa promenade au Bois de Boulogne, Frank Tapiro présente maintenant son cours accéléré de comptabilité du génocide.
La salle rit. À Gaza, beaucoup moins.
Le procédé mérite qu’on s’y arrête. Un bébé tué n’est plus vraiment présenté comme un enfant mort sous une bombe. Il devient une catégorie administrative : « victime collatérale ». Le vocabulaire militaire accomplit son petit miracle habituel. On ne tue plus des civils, on produit des dommages. On ne parle plus de corps, mais de statistiques. Et lorsque les statistiques deviennent embarrassantes, il suffit apparemment de plaisanter sur leur quantité.
🇫🇷🇵🇸 DÉRAPAGE — « Un bébé, c’est pas un terroriste. Un terroriste, on doit l’éliminer. Un bébé, c’est une victime collatérale. » C’est ce qu’a déclaré le publicitaire Frank Tapiro lors d’une conférence publique.
💬 Puis il ironise : Israël ne gagnera jamais le « prix Nobel du génocide », car « 25 000, c’est pas un génocide ».
⚖️ Au-delà de l’indécence de Tapiro, tout sourire, et des rires de la salle, ces propos pourraient relever de l’apologie de crimes de guerre (art. 24 de la loi de 1881 sur la presse). La peine est de 5 ans de prison.
— THE NEWS (@thenews_fr) October 4, 2026
Le problème du « 25 000 »
Le chiffre lancé par Tapiro pose lui aussi problème. Les bilans disponibles dépassent depuis longtemps ce niveau. L’Organisation mondiale de la santé indiquait déjà plus de 72 000 morts palestiniens depuis octobre 2023 à la fin mars 2026, à partir des données du ministère de la Santé de Gaza. Ces chiffres sont contestés par Israël concernant notamment la répartition entre civils et combattants, mais ils sont utilisés comme référence par plusieurs agences des Nations unies.
Autrement dit, le « 25 000 » brandi comme matière à plaisanterie n’est même plus représentatif de l’ampleur actuelle du bilan.
Quant au mot « génocide », il ne dépend évidemment pas d’un seuil inventé autour d’un micro. Le droit international ne prévoit pas une jauge géante qui s’allumerait après l’extermination de 10 %, 25 % ou 50 % d’une population. La qualification repose notamment sur la nature des actes et sur l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe protégé.
En septembre 2025, une commission d’enquête internationale indépendante mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a conclu qu’Israël avait commis un génocide contre les Palestiniens de Gaza. Israël rejette catégoriquement cette conclusion. La Cour internationale de Justice examine toujours séparément la procédure engagée par l’Afrique du Sud et n’a pas encore rendu de jugement définitif sur le fond.
Une plaisanterie qui pourrait aussi intéresser les juristes
Reste la question judiciaire. En France, l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 réprime notamment l’apologie des crimes de guerre et prévoit jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.
Cela signifie-t-il automatiquement que Frank Tapiro vient de commettre cette infraction ? Non. Une qualification pénale dépendrait du contexte complet des propos, de leur portée et, éventuellement, de l’appréciation d’un tribunal.
Mais le contraste reste saisissant. Lorsqu’il s’agit de certains propos tenus sur Israël ou la Palestine, chaque mot est scruté, signalé, poursuivi ou présenté comme potentiellement délictueux. Ici, un publicitaire peut expliquer devant une salle hilare qu’un bébé tué est une « victime collatérale », avant de plaisanter sur le nombre nécessaire pour décrocher un hypothétique « prix Nobel du génocide ».
Le talent publicitaire consiste à choisir les bons mots pour vendre une réalité. Avec les « victimes collatérales », le produit est connu depuis longtemps : supprimer l’enfant de la phrase afin de rendre sa mort plus présentable.
À Gaza, les mots sont propres. Les ruines, beaucoup moins.


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