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Battre l’agresseur de vitesse, en 2026 comme en 1940

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On a tendance à l’oublier, mais en 1940, les Alliés veulent se prémunir contre une invasion de l’Islande par l’Allemagne. Cette dernière aurait pu y installer une base aérienne et navale qui aurait donné une force militaire accrue à Hitler pour attaquer l’Angleterre et paver sa voie vers l’Amérique. Donc, les Anglais organisent l’opération Fork et occupent l’Islande. La chose se fait en douceur, certes, mais elle se fait sous les paroles d’indignation du gouvernement islandais (qui est encore à l’époque rattaché au Danemark). L’occupant n’est pas accueilli à bras ouverts, et les Islandais s’accommodent plutôt mal de la présence de soldats.

En juillet 1940, ce sont des Canadiens, dont les Fusiliers Mont-Royal, qui s’installeront là, dans ce qu’on appelle alors la Force Z. Ceux qui ont lu mon livre Avant d’oublier. Les Canadiens français à Dieppe connaissent le nom de quelques-uns de nos Québécois, surtout des Montréalais, qui ont occupé l’île cet été-là. La chose se passe mieux avec la population locale, qui partage des ressemblances politiques avec les nôtres. Finalement, ce seront les Américains qui s’installeront sur l’île jusqu’à la fin de la guerre.

Où est-ce que je veux en venir ? Au Groenland, évidemment. En 2026, les Américains utilisent le prétexte d’une protection géographique pour justifier leurs ambitions sur l’île. Si ce n’était que cela, ils pourraient décider d’occuper l’île le temps d’une guerre. Les récriminations sur l’indépendance du territoire seraient peu de choses par rapport à la menace des Russes.

Or, il n’y a pas de guerre. Le soudain besoin d’une protection territoriale pour justifier l’annexion de l’île à l’Empire américain n’est qu’un prétexte. Après tout, les Américains se sont très bien accommodés de l’actuel statut du Groenland durant toute la guerre froide. Leur objectif, c’est le sous-sol de l’île — ses ressources naturelles, évidemment. Et les stratèges de l’impérialisme américain ont présentement leur homme à Washington pour faire le sale boulot (comme ceux de 1933 avaient Hitler à Berlin). C’est la théorie de l’espace vital qui renaît, un espace qui peut être utilisé pour des besoins non pas uniquement démographiques, mais économiques.

Cette fois-ci, la nouvelle mouture des forces de l’Axe a abattu ses cartes : Russie–États-Unis–Chine, et chacun roule des mécaniques pour revendiquer son bout de planète. On sait désormais qui est l’ennemi de la paix et de la stabilité mondiale. Ceux qui croient qu’il suffit d’attendre le départ de Trump pour que les droits soient restitués aux peuples qui sont présentement menacés par les États-Unis se trompent : les Américains sont en état de guerre constant, même sur leur territoire, où la violence par armes fait partie de leur quotidien.

La domination est inhérente à leur raison d’être, tout parti politique confondu. Ce qu’ils gagnent, ils le gardent. Il faut donc éviter de donner une bouchée à Trump, parce qu’aucun de ses successeurs ne la recrachera — en tout cas, pas sans la monnayer.

La seule solution qui semble rester à l’Union européenne, si elle ne veut pas céder face à Trump, c’est d’occuper le Groenland immédiatement, et de signer une entente pour une éventuelle exploitation de ses ressources. En d’autres mots, battre les Américains de vitesse.

Et c’est dans l’intérêt du Canada.

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