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Le nombre d’adolescents détenus dans le centre de réadaptation pour jeunes en difficulté d’adaptation de Baie-Comeau a plus que doublé en un an, passant de cinq à douze jeunes en 2025-2026. Une hausse qui accentue la pression sur les intervenants et rend la cohabitation difficile entre les adolescents.
Selon Kevin Newburry, représentant de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) sur la Côte-Nord, les données de Santé Québec Côte-Nord font état de 12 adolescents détenus dans l’unité fermée de Baie-Comeau au cours de la dernière année, comparativement à cinq l’année précédente.
Il précise que la grande majorité de ces jeunes proviendraient de l’extérieur de la région.
L’unité d’encadrement intensif de Baie-Comeau est la seule unité fermée de ce type sur la Côte-Nord. Elle accueille des jeunes de 12 à 17 ans lorsqu’un danger grave et immédiat est identifié, que ce soit pour eux-mêmes ou pour autrui.
Les motifs peuvent notamment être liés à des risques suicidaires, à des problèmes de santé mentale, à des fugues répétées ou encore à des comportements violents.
L’unité d’encadrement intensif de Baie-Comeau est la seule unité fermée de ce type sur la Côte-Nord. Photo Morgane Busson
Une cohabitation difficile
Pour Kevin Newburry, l’un des principaux enjeux réside dans la cohabitation de jeunes qui ne sont pas détenus pour les mêmes raisons.
« Les grands centres, comme Québec ou Montréal, comptent plus de délits et peuvent regrouper les jeunes dans différentes unités selon leurs problématiques », explique-t-il. Parallèlement, les établissements en région doivent se plier à des réalités bien différentes.
Faute de pouvoir répartir les adolescents dans plusieurs unités selon leur situation, des jeunes hébergés pour leur propre protection peuvent se retrouver avec d’autres qui font l’objet de procédures judiciaires. Les admissions de jeunes ayant commis des délits graves viennent alors modifier rapidement la dynamique du groupe.
« On nous demande d’intégrer les jeunes criminels, même de passage temporairement, au reste du groupe. Ça engendre une grande complexité. Une nouvelle arrivée accroît déjà la fébrilité du groupe, encore plus quand il s’agit d’un adolescent venu purger une peine », précise M. Newburry, qui dit entendre régulièrement des éducateurs souligner qu’il est devenu plus difficile d’accompagner les groupes dans ce contexte.
Des intervenants sous pression
D’après M. Newburry, le personnel de l’unité, très majoritairement féminin à 85 %, doit composer avec une charge émotionnelle importante. Le retrait des détecteurs de métaux et l’allègement du protocole de fouilles ces dernières années ont accentué un sentiment d’insécurité chez plusieurs intervenants, dans un contexte où de la drogue et des armes sont déjà entrées dans l’établissement par le passé.
« Ça amène souvent une détresse psychologique, une charge mentale assez importante », note le représentant syndical, qui parle d’un état d’hypervigilance constant chez le personnel. Cette pression contribue à un exode de l’expertise : des éducateurs d’expérience quittent vers des milieux jugés moins intenses.
« La pression extrême va pousser ces intervenants-là d’expérience vers d’autres secteurs », soutient Kevin Newburry, ajoutant que les équipes deviennent ainsi plus fragiles et doivent davantage recourir à du personnel temporaire, pas toujours formé aux réalités propres aux gangs criminels.
« Ça amène évidemment un décalage dans l’intervention possible », affirme-t-il, et évoque aussi un écart entre le discours officiel de Santé Québec sur la formation spécialisée du personnel et la réalité vécue sur le terrain. « Je pense que leur volonté est beaucoup plus grande que ce qui est possible de faire actuellement sur le terrain. »
Sébastien Pitre, représentant national protection de la jeunesse au syndicat de l’APTS, Mylaine Larocque, président de l’exécutif local et Kevin Newbury, représentant national Côte-Nord, devant le CLSC de Sept-Îles. Photo Emy-Jane DERY
Mieux investir
Du côté des demandes formulées aux instances politiques, le message reste le même depuis plusieurs années, « Ça serait surtout d’investir pour les lieux, pour les jeunes, investir également pour la rétention des travailleurs », résume Sébastien Pitre, membre du Conseil national de l’APTS.
L’APTS réclame aussi davantage de formation, de mentorat et de ressources pour soutenir les éducateurs qui travaillent auprès de clientèles présentant des problématiques complexes.
Pour M. Newburry, les intervenants doivent aujourd’hui composer avec une multiplication des enjeux, allant de la toxicomanie aux gangs de rue, en passant par les troubles de comportement et la santé mentale. « On demande à nos éducateurs d’être des pierres angulaires, de tout connaître, et ça, c’est tout un défi », affirme-t-il.
Les démarches se font à plusieurs niveaux : localement auprès de la direction de Santé Québec Côte-Nord et nationalement par l’entremise d’un comité consultatif sur les centres jeunesse où siège une éducatrice de la région, en lien avec la Direction nationale de la protection de la jeunesse.
« On se sent écouté », affirme-t-il, tout en reconnaissant que les enveloppes budgétaires demeurent la principale contrainte. « Ce n’est pas facile. »
Selon lui, la situation dans les centres jeunesse se détériore depuis plusieurs années, un constat qu’il attribue à la fois à la hausse des signalements, à l’alourdissement des cas et à un sous-financement chronique du réseau depuis la fusion avec les CISSS et les CIUSSS en 2017.
« La situation ne cesse de se dégrader. » Il espère que les prochains interlocuteurs politiques, peu importe le gouvernement en place, resteront à l’écoute des besoins particuliers des régions éloignées comme la Côte-Nord.
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Morgane Busson
Initiative de journalisme local


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