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Life 27/06/2026 11:00
Déjà sur le pont le reste de l’année, les femmes sont aussi les premières à penser à adapter leur logement et le mode de vie de leur foyer aux fortes chaleurs.

aire images / Getty Images
Avec la canicule, les femmes sont en première ligne pour gérer la chaleur dans le foyer, prendre soin des enfants ou des animaux, tout en assurant le reste des tâches qui leur sont habituellement dédiées.
Fermer les volets avant que le soleil tape, ouvrir les fenêtres dès que la température baisse, orienter le ventilateur, prévoir des repas sans allumer le four, vérifier que le chien a de l’eau fraîche, occuper les enfants sous 35 °C…
Depuis le début de l’épisode caniculaire, c’est vous, dans votre foyer, qui vous occupez de la majorité de ces tâches ? Mises bout à bout, elles dessinent une véritable logistique de gestion des fortes chaleurs. Et encore une fois, cette charge mentale est surtout assumée par les femmes.
« La canicule, ce n’est pas juste du chaud. C’est une to-do list invisible qui s’aggrave à chaque degré supplémentaire », constatait il y a moins d’une semaine Raphaëlle, qui a posté sa réflexion sur Instagram. En l’espace de quelques jours, ce sont près de 6 000 femmes qui ont commenté vivre, elles aussi, cette « charge mentale de la canicule ».
« Je ne m’attendais pas à un tel succès, assure au HuffPost la trentenaire, qui réside à Nantes, où la température a grimpé jusqu’à 42 °C. Ça a beaucoup parlé, et a priori surtout aux femmes. Ce n’est pas réjouissant, c’est sûr car cela signifie qu’il y a une faille dans la répartition genrée des tâches liées à la chaleur. »
Une gestion solo de la chaleur dans le foyer
Le reste du temps, ce sont aussi les femmes qui portent la majorité de la charge mentale dans leur couple. Encore l’an dernier, l’Ifop publiait son premier baromètre sur la question et révélait que 71 % des femmes salariées déclaraient ressentir une surcharge importante dans leur quotidien. 41 % avouaient même se sentir complètement dépassées.
On le sait désormais : les vagues de chaleur aggravent les inégalités et, n’en déplaise à Yann Barthès, tout le monde ne subit pas la canicule de la même façon. Entre ceux qui disposent d’un logement frais et les autres, entre les travailleurs exposés au soleil et ceux disposant d’un bureau climatisé, entre les ménages les plus aisés et les personnes précaires, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.
Il n’est donc pas très étonnant que la canicule soit aussi source d’inégalités au sein des foyers. À commencer dans la gestion même de la chaleur. « La charge mentale, pour moi, c’est vraiment de trouver un moyen de faire baisser la température », souffle Elsa. Dans son appartement parisien, qui affichait 33 °C hier, tous les moyens sont donc bons pour essayer d’apporter un peu de fraîcheur. « C’est moi qui me lève à 5 heures du matin pour fermer les fenêtres qu’on a laissées ouvertes toute la nuit avant que le soleil ne tape, moi qui teste toutes les astuces comme mettre le ventilo face à la fenêtre, créer des courants d’air, tendre du linge mouillé aux portes… », énumère la quadra.
Même charge chez Claire (le prénom a été modifié) qui, en plus de faire la chasse à la fraîcheur, doit aussi se débrouiller toute seule avec un frigo en fin de vie, alors que son compagnon était « dans le déni depuis deux semaines ». « C’est moi qui trouve des solutions, alors que ça nous concerne tous les deux », observe Claire.
Une répartition égalitaire qui vacille
Claire et Elsa avancent toutes les deux la même explication à leur gestion efficace des effets de la canicule : contrairement à leur compagnon, elles supportent mal la chaleur.
Et cette donnée, étayée scientifiquement, n’a rien d’anodine puisqu’elle fait même vaciller l’égalité pourtant bien installée dans certains couples, comme celui de Claire. « Habituellement, la répartition de la charge mentale et des tâches domestiques est égalitaire. C’est même mon conjoint qui cuisine le plus, gère les machines… Mais pas depuis la canicule », lâche-t-elle.
Elle y voit même « un déni de la gravité de la situation » de la part de son conjoint, notamment en ce qui concerne le confort de leur enfant. « Je me suis rendue malade de devoir mettre ma fille tous les jours à l’école, alors que lui trouve que ce n’est pas si mal là-bas. Il fait pourtant 35 °C dans les classes. C’est donc moi qui vais la chercher plus tôt, qui l’emmène à la piscine… Comme je suis indépendante et que je gagne moins que lui, on juge que c’est normal », regrette Claire.
Les femmes, préposées au « care » de la canicule
Comme le constate Elsa, « la charge mentale de la canicule s’est substituée à celle de tous les jours, elle est tellement forte qu’elle a tout bouleversé ». Mais reste une donnée immuable : c’est encore et toujours aux femmes que revient le soin aux plus vulnérables.
Ce qui, rappelle Raphaëlle, constitue un « bonus multiplicateur de la charge mentale ». Il n’y a d’ailleurs qu’à jeter un œil aux commentaires sont son post pour s’en rendre compte : des centaines d’internautes y relatent être sans solution de garde pour leurs enfants, et devoir prendre en charge des personnes âgées, malades ou handicapées.
« La canicule démultiplie la charge mentale qui existe déjà habituellement », analyse Raphaëlle, qui rappelle que c’est aussi souvent aux femmes que reviennent les tâches de préparer les repas (sans cuisson), de penser à mettre des boissons fraîches au réfrigérateur, à acheter des brumisateurs, à faire des glaces maison…
Sans compter la responsabilité des animaux de compagnie, aussi largement prise en charge par les femmes. « Je me suis mise à m’informer sur la capacité de résistance des chats à la chaleur, alors que jamais de ma vie je ne m’étais posé la question avant », remarque Raphaëlle.
Quant à Mathilde*, cette canicule l’a peut-être fait arriver à un point de non-retour. « Je suis réveillée depuis 4 heures du matin pour rafraîchir mon chat, qui souffre beaucoup de la chaleur, pendant que mon conjoint a passé sa meilleure nuit avec ses boules Quies », enrage la jeune femme, qui travaille dans la vente. « Je passe mes journées debout, en souffrance car je ne récupère pas d’une opération, alors que lui est en télétravail », précise la jeune femme. Un détail, si elle ne subissait pas cette charge mentale tout le reste de l’année. « Mon pire ennemi est dans mon propre foyer et honnêtement je suis à deux doigts de me barrer. » Ou quand la canicule met non seulement à jour les inégalités sociales, mais aussi de genre.
*Le prénom a été modifié


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