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Politique 18/09/2026 10:17 Actualisé le 18/09/2026 11:54
Les grandes lignes budgétaires du Premier ministre pour 2027 reprennent très peu des exigences de la gauche. Mais trouvent beaucoup d’écho avec celles de l’extrême droite.

TELMO PINTO / NurPhoto via AFP
Photo d’illustration, du groupe RN à l’Assmeblée nationale le 21 juillet 2026.
Le budget 2026 fut négocié avec les socialistes, celui de 2027 le sera-t-il avec l’autre côté de l’hémicycle ? À quelques semaines de la rentrée parlementaire, Sébastien Lecornu a dévoilé les grandes lignes de ses textes budgétaires pour l’État et la Sécurité sociale. Lesquelles sont plus susceptibles de plaire aux parlementaires de droite voire de l’extrême droite, qu’à ceux de la gauche, déjà vent debout.
Du Parti communiste aux socialistes, tous les responsables de gauche ont immédiatement exprimé leur réprobation. Le patron du Parti communiste Fabien Roussel a dénoncé un budget de « casse sociale » fait « pour les riches » et les insoumis, qui ont d’ores et déjà promis la censure, une copie qui « va encore faire souffrir les gens ». Ces annonces sont la promesse d’une « potion d’austérité », et « l’inverse de ce que propose » le PS, a réagi son porte-parole, le député Arthur Delaporte.
Mais de l’autre côté de l’hémicycle, les réactions se sont faites (beaucoup) moins virulentes. Le groupe Droite Républicaine présidé par le LR Laurent Wauquiez est resté silencieux. Les dirigeants du RN attendent eux de « voir la copie dans son intégralité ». « Un budget qui pénaliserait la France qui travaille ou la France qui a travaillé sans remettre en cause les grands gaspillages d’argent public serait extrêmement injuste », a cependant mis en garde Jordan Bardella sur BFMTV dans la soirée. Avant de lister, l’air de rien, certaines de ses attentes… Qui font toutes échos aux pistes dévoilées par le chef du gouvernement quelques heures plus tôt.
L’État et les étrangers, en première ligne sur la réduction des dépenses
Parmi les exemples les plus criants se trouve la proposition du Premier ministre d’instaurer un délai de « carence » pour le versement aux étrangers des allocations « qui ne dépendent pas du travail ». Sont possiblement concernés le RSA (revenu de solidarité active), les APL (aides au logement), les allocations familiales ou le minimum vieillesse. « Quand un étranger arrive en France, de manière légale, il n’a aucune carence pour se faire ouvrir ses droits, là où un Français de l’étranger a lui un délai de carence » a souligné Sébastien Lecornu. Il a défendu une « mesure de bon sens » anticipant les critiques de ceux qui « hurleront sans doute à la mesure droitière. » Mais de fait, la proposition répond exactement aux attentes du président du RN qui veut voir abordé « les tabous de la dépense publique » et cite en premier sur BFMTV « les prestations sociales versées aux étrangers ». Une sorte de « préférence nationale », mais appliquée à la Macronie (comme c’était déjà le cas lors de la loi immigration).
La demande, récurrente aussi bien chez les élus de droite que d’extrême droite, de baisser les coûts de fonctionnement de l’État est aussi entendue par le Premier ministre. Il a promis de faire de l’État « le premier contributeur à l’effort », sans toucher aux domaines régaliens - armées, justice et intérieur voient leurs budgets augmentés, tout comme la recherche et l’écologie. En revanche, le ministère du Travail est mis à contribution à hauteur de 2,5 milliards d’euros d’effort. Le gouvernement prévoit aussi la « compression » des budgets des cabinets ministériels ou encore la baisse des enveloppes des opérateurs et agences. De quoi répondre parfaitement à la demande du RN qui réclame « un budget qui fait des économies dans le train de vie de l’état, dans les agences et les opérateurs publics » dixit son président.
La mise à contribution des fonctionnaires, avec la décision du gouvernement de geler le point d’indice des fonctionnaires dans son projet de budget 2027, rencontre aussi une partie de la droite conduite par Bruno Retailleau. La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet crie, elle, au « scandale ».
Les retraités et les entreprises en partie épargnés
Côté recettes, les premières annonces du gouvernement ont aussi tout pour répondre aux désidératas des bancs les plus à droite de l’Assemblée et du Sénat. La taxe exceptionnelle sur les contributions des grandes entreprises, décriée par ces deux partis depuis sa mise en place, sera ainsi rabotée pour ne plus concerner que 300 entreprises avec un apport estimé à 5 milliards d’euros au lieu de 8. Invitée de la matinale de France Inter, Maud Bregeon a tenté de la présenter comme une proposition équilibrée, soulignant qu’il s’agissait d’une « une somme importante répartie sur un petit nombre d’entreprises » parmi les plus importantes. Mais cette tentative de dialogue avec les partis de gauche risque de s’avérer vaine puisque le périmètre initial de la contribution exceptionnelle était déjà jugé insuffisant par une partie d’entre eux, notamment les défenseurs de la taxe Zucman.
Reste enfin le point le plus éruptif de la copie budgétaire : la mise à contribution des retraités. La mesure fait débat sur tous les bancs, y compris au sein des partis censés soutenir le gouvernement. Malgré tout, Sébastien Lecornu a confirmé que les seniors devraient contribuer à l’effort global, tout en promettant une voilure réduite avec une contribution totale « inférieur à six milliards d’euros ». « Les retraités, certains, pas tous, seront probablement amenés à contribuer mais ils ne seront pas les seuls et ne porteront pas l’effort central qui sera porté par l’État », a martelé Maud Bregeon pour mieux faire passer la pilule. Les modalités de cet effort seront à la main du Parlement, ce qui permet à Sébastien Lecornu de ne fâcher ni gauche ni droite en décidant à leur place.
« Ce qu’on propose sera une copie de départ (...) Nous sommes ouverts à discussion avec toutes les forces politiques qui souhaitent trouver un compromis », a assuré Maud Bregeon au lendemain des annonces. Avec certaines peut-être plus que d’autres.


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