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L’auteur-compositeur-interprète Yao dévoile avec nuances ses deuils et sa reconstruction sur le mini album Acte 1 - Déterrer. La mort de sa fille, suivie de la séparation de son couple, mais aussi les premiers moments de bonheur et le retour de la sérénité sont abordés en quatre chansons lui servant à la fois d’exutoire et d’offrande au public.
C’est devant la demande des spectateurs et de son équipe que l’artiste a choisi de regrouper ces textes qu’il interprétait sur scène depuis le début de l’année 2026. De son passage à Ottawa pour Contact ontarois en janvier à ses performances en Europe et en Tunisie au printemps, il a pu constater l’universalité de ses propos pourtant très personnels.
Énormément de gens sont venus me voir après le spectacle pour me parler de leur propre expérience, mais qu'ils n'ont pas eu la chance d'aborder, [...] d'extérioriser, relate celui qui a perdu sa fille, Jordan, en 2023.

Jordan, qui vivait avec une maladie neurologique très rare, avait aussi inspiré son père pour l’album «Kintsugi», en 2021.
Photo : Gracieuseté de Stéphan Soumah
Je peux bien essayer d’embellir certaines choses, et oui, je vais réussir à le faire à certains égards, mais à un moment donné… voici ce que je suis, voici ce que je ressens, confie le slameur de 39 ans.
S’il s’avère important de parler du deuil et du silence, l’artiste soutient que parler de résilience, des choix qu’on fait et de l'accueil de cette nouvelle réalité l’est tout autant.

«Acte 1 - Déterrer» sert de préambule à un prochain long jeu, qui devrait voir le jour d’ici un an.
Photo : Offerte par Rugicomm / Sébastien Lavallée, YAO
Au centre de la tempête se trouvaient deux parents aux réactions différentes, dont les chemins ont fini par s’éloigner, comme on le devine notamment sur la chanson Les réponses. Yao nomme l’année 2023 comme celle où il a appris qu’il n’était pas invincible.
Des fois, dans la vie, tu mets un genou à terre, mais tu te relèves rapidement. Mais là, j'ai eu l'uppercut et j'étais vraiment dos sur le tatami à regarder le ciel et à me dire : “OK, qu'est-ce que je fais?”, évoque-t-il.
Cette métaphore du combat revient au fil de l’album, particulièrement sur la pièce intitulée … à la fois. Le texte transforme la vie en ring, où l’on absorbe un coup à la fois, un concept auquel Yao s’est accroché dans les dernières années.
Ce n’est pas quelque chose de noir et blanc, et ce n’est pas quelque chose d’éphémère. C’est quelque chose qui reste avec toi. […] Mais le plus important, c’est que c’est un problème à la fois, exprime-t-il. Et en même temps, dans ces problèmes à la fois, il y a aussi un fou rire à la fois.
Les étapes du deuil… sur papier
Yao affirme sans détour que l’écriture lui a sauvé la vie. S’il croit que verbaliser quelque chose permet de lui donner une forme, il qualifie ses premières séances d’écriture de déversement.
Tu vomis, tu exorcises tes démons […] mais après, il faut faire le tri par rapport à tout ça, explique-t-il en se remémorant le passage à vide ayant suivi cette période intense.

Yao affirme préconiser l’authenticité et la vulnérabilité dans sa musique, croyant que «c’est l’ensemble de nos individualités qui crée le collectif.»
Photo : Radio-Canada / Simon LaSalle
L’artiste affirme avoir été dégoûté de [ses] propres textes, qu’il juge aujourd’hui trop dramatiques. Les relire a été une façon d’affronter les émotions vécues au fil des mois.
C'est naviguer [dans] cet entre-deux qui devient intéressant et qui donne un projet comme Déterrer. Déterrer dans plusieurs sens : déterrer ce qui a été enfoui, mais aussi se déterrer, sortir de terre. C'est aussi cette idée de retrouver ses repères.
Si l’espoir et la résilience sont présents sur chaque pièce, c’est sur On se devine qu’on sent davantage le plaisir revenir, alors que l’artiste s’ouvre à un nouveau chapitre de sa vie.
C'est apprendre à accepter ces moments de joie-là, ces moments paisibles, ces moments de réussite, ces petites victoires.
Une dualité omniprésente définit l’album. Je pouvais passer trois jours dans mon sofa à regarder le plafond sans même manger, mais il y avait d'autres matins où je me réveillais aussi avec cette lueur d'espoir, ce soleil dans les yeux, cette envie de sortir marcher et d'apprécier la beauté du monde, raconte l’auteur-compositeur-interprète.


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