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À pareille date l’an dernier, je décrivais un environnement financier marqué par une incertitude exceptionnelle, où prudence et discipline s’imposaient sans pour autant céder à l’inaction. Après une année 2024 exceptionnelle, marquée par des rendements qui avaient pris de court les plus pessimistes, la tentation était grande de voir dans la suite soit une prolongation de l’euphorie, soit un retour brutal à la réalité. L’enjeu n’était pas tant de prédire quand aurait lieu le choc, mais d’accepter un environnement plus incertain, plus concentré et potentiellement plus volatil. Un contexte où la discipline, la diversification et l’humilité sont importantes.
Avec le recul, 2025 n’a ni confirmé les scénarios catastrophes ni offert le même refrain que l’année précédente. Les marchés ont continué de monter de manière résiliente, dans un climat politique et géopolitique extrêmement chargé. On a observé une correction de nombreux marchés au début d’avril, avec des indices en recul de plus de 10 %. Les craintes entourant la concentration des marchés, le rôle des taux d’intérêt plus élevés et les tensions internationales ne se sont pas dissipées, mais elles ne se sont pas non plus matérialisées sous la forme d’un « bear market ». Morgan Housel écrit, dans Same as Ever, que les marchés montent à long terme parce qu’ils survivent à des corrections constantes, et non parce qu’ils les évitent.
L’histoire montre que ce sont précisément ces phases de recul, si difficiles à vivre sur le moment, qui finissent par séparer les investisseurs patients de ceux qui abandonnent trop tôt.
Ainsi, les marchés récompensent moins la justesse de nos prévisions que notre capacité à rester investi. La patience devient un avantage, tandis que sortir au mauvais moment constitue l’erreur la plus coûteuse pour les investisseurs. C’est à la lumière de cette réalité que s’impose la réflexion sur 2026.
Les PIB sont en hausse. Les Bourses sont portées par les « sept magnifiques ». Les investissements sont massifs en intelligence artificielle (IA). Mais cette vitalité repose sur une combinaison de mesures fiscales temporaires (remboursements massifs dus au « One Big Beautiful Bill Act » aux États-Unis), d’un boum de l’IA encore mal monétisé et de ce qui pourrait ressembler à une bulle due à la concentration extrême des profits. Comme en 2025, on retrouve une économie à deux vitesses, où la prospérité des plus riches est amplifiée, tandis que les ménages modestes voient leur pouvoir d’achat rongé.
J’écris ces lignes et j’ai l’impression d’être en janvier 2025, car, encore une fois, derrière l’excitation boursière, les signaux d’une surchauffe et d’une instabilité structurelle sont toujours présents.
Plusieurs économies avancées affichent des perspectives de croissance réelles modestes, tout en devant composer avec des déficits budgétaires élevés et des pressions inflationnistes persistantes. Même si les banques centrales des pays développés achèvent leurs rajustements de taux, la croissance potentielle risque de rester faible en 2026. Le Canada, pour sa part, ne devrait pas être une source majeure de volatilité en 2026.
Après une année 2025 étonnamment forte, merci aux matières premières et à la résilience de certains secteurs financiers, la capacité du Canada à soutenir cette dynamique en 2026 est incertaine. La Banque du Canada pourrait maintenir son taux directeur inchangé, reflétant une inflation qui reste légèrement au-dessus de sa cible, malgré la croissance économique plus faible. Les signaux de croissance restent donc timides, ce qui maintient la banque centrale dans une logique de prudence.
La diversification des portefeuilles redevient ainsi un impératif pour les investisseurs. Les marchés émergents, l’Europe et certains segments de l’économie réelle offrent des occasions de rendement qui ne sont pas captives de la performance des « sept magnifiques » américaines. Cette diversification, déjà évoquée à propos de 2025, devient encore plus cruciale à mesure que les corrélations entre les classes d’actifs redeviennent négatives et que les asymétries de rendement entre risques baissiers semblent plus probables qu’une poursuite haussière.
Imaginez si les obligations affichent une surperformance relative en 2026 et parallèlement que les actions subissent une correction plus marquée qu’à l’habitude… Une telle dynamique pourrait freiner la croissance de l’intelligence artificielle, car les entreprises resserreraient leurs budgets d’investissement. Ensuite, le thème même de l’IA, aujourd’hui moteur des marchés, souffre d’une concentration extrême. Environ 65 % de l’indice MSCI Monde est composé de sociétés américaines, et la richesse des ménages y est fortement concentrée en actions. Cela signifie qu’une baisse marquée des principaux titres technologiques pourrait rapidement se transformer en un événement systémique. L’amplification passive que provoque la concentration accrue des indices américains fait ainsi de la trajectoire de croissance alimentée par l’IA un facteur de vulnérabilité autant que d’enthousiasme.
Pour moi, le principal risque pour les investisseurs demeure le point de départ élevé des évaluations, particulièrement aux États-Unis, ainsi que le positionnement encore trop concentré de nombreux portefeuilles. La diversification n’est pas morte, elle est plus pertinente que jamais. Les marchés étrangers redeviennent concurrentiels, les obligations retrouvent leur attrait et les actifs alternatifs joueront un rôle clé dans la construction de portefeuilles capables de répondre à l’ensemble des objectifs d’investissement. L’année 2026 exigera des investisseurs un travail plus rigoureux de diversification afin de trouver leur chemin.


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