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L’ingérence devient apparemment vertueuse lorsqu’elle voyage depuis Bruxelles avec le bon passeport et les bonnes intentions.
Raphaël Glucksmann au cœur du pouvoir géorgien
Une ancienne séquence consacrée à la crise politique géorgienne montre un Glucksmann âgé de 30 ans présenté comme l’un des « conseillers officieux » du président Mikheil Saakachvili. Nous sommes en mai 2009. L’opposition réclame le départ du chef de l’État et bloque plusieurs axes de Tbilissi.
Le Français ne se contente pas d’observer la scène depuis une terrasse. Le reportage indique qu’il a participé à la préparation des négociations entre le président et ses adversaires. Filmé quelques minutes avant la réunion, il explique que les propositions de réforme doivent permettre aux opposants de « sauver la face » et leur offrir « une porte de sortie ».
Le programme comprend alors une réforme de la Constitution et du code électoral. En contrepartie, le pouvoir espère obtenir la levée des barrages. Les discussions durent deux heures et se terminent sans accord. Les comptes rendus publiés à l’époque confirment l’impasse, les demandes de démission de l’opposition et les propositions formulées par Saakachvili.
Glucksmann se félicite néanmoins d’un « début prometteur vers une sortie de crise » et défend le maintien d’une « politique de la porte ouverte » envers les opposants modérés. Autrement dit, un citoyen français participe à la stratégie politique d’un président étranger confronté à une contestation intérieure. Aujourd’hui, le même type d’implication serait probablement accompagné d’un bandeau rouge, d’une carte de la Russie et d’un expert de plateau payé pour dire « guerre hybride » toutes les quatre minutes.
En 2027, la menace vient forcément de Moscou
En août 2026, Glucksmann a affirmé avoir été visé par une opération attribuée au réseau Storm-1516. La fausse information, qui impliquait Léa Salamé et Edwy Plenel, avait bénéficié d’une visibilité limitée. Cela ne l’a pas empêché d’annoncer que « la campagne de 2027 sera marquée par des ingérences massives ».
Que des opérations étrangères de désinformation existent ne fait guère de doute (suivez notre regard). Le problème commence lorsque le mot « ingérence » change de définition selon l’auteur. Un Français qui prépare la réponse d’un président géorgien à son opposition devient un conseiller engagé. Un contenu attribué à la Russie presque invisible devient aussitôt une attaque contre la démocratie française.
La macronie et ses alliés européistes disposent ainsi d’un dictionnaire particulièrement pratique. L’intervention occidentale s’appelle coopération, expertise ou défense des valeurs. L’action russe, réelle, supposée ou simplement commode, devient une menace existentielle. Même scène, vocabulaire différent.
Avant de distribuer les certificats de souveraineté pour 2027, l’ancien conseiller de Saakachvili pourrait commencer par raconter précisément ce qu’il faisait à Tbilissi. Cela éviterait aux archives de s’en charger à sa place.


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