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14 mai 2019. Nous sommes à Ottawa, fébriles, dans l’attente de l’annonce de la ville gagnante du prix de 50 millions de dollars du Défi des villes intelligentes du gouvernement du Canada. François-Philippe Champagne se présente au micro et nomme Montréal. Nous explosons de joie, en nous sautant dans les bras. Je suis alors responsable du dossier au conseil de direction et j’accompagne l’équipe du Laboratoire d’innovation urbaine de Montréal, le LIUM. Puis, quelques minutes plus tard, Luc Ferrandez annonce son départ de la politique. Le party était cassé. Mais ça, c’est une autre histoire.

Heureux de notre gain, nous lançons tout le processus de mise en œuvre du plan. L’objectif du projet « Montréal en commun » était clair. Améliorer la mobilité, faciliter l’accès à une alimentation saine de proximité et, entre autres, lutter contre les déserts alimentaires. C’était sans compter sur le zèle du secrétariat québécois aux Relations canadiennes. Voyez-vous, Montréal avait eu le malheur de remporter un prix offert par le gouvernement fédéral, dans un concours dont Ottawa avait lui-même fixé les critères et les sommes, mais dans un champ de compétence provinciale.

Résultat, un an plus tard, nous n’avions toujours pas les 50 millions de dollars, parce que Québec s’obstinait encore avec Ottawa sur des virgules. L’argument principal était que c’était au gouvernement du Québec d’établir les critères d’octroi et de reddition de comptes. Tout ça, même s’il s’agissait d’un concours fédéral. Pendant ce temps, les trois autres villes gagnantes, situées dans le reste du Canada, étaient depuis longtemps passées à la mise en œuvre de leur plan. Voyez-vous, les villes sont des créatures de Québec…

Tout cela ne vous rappelle pas d’autres histoires semblables, aussi ridicules les unes que les autres ?

Naturellement, lorsqu’Ottawa veut intervenir dans un champ de compétence provinciale, il est normal qu’une province s’y oppose. Là où ça devient plus pernicieux, c’est quand le gouvernement fédéral utilise son pouvoir de dépenser pour octroyer directement des sommes en fixant lui-même les critères d’accès, de sélection et de reddition de comptes.

À la limite, on pourrait dire : et puis après ? Le problème, c’est que chaque province établit ses priorités et ses orientations, et qu’elle a toute la légitimité pour dire à Ottawa comment ces sommes devraient être octroyées sur son territoire. C’est souvent là que commencent les fameux tours interminables de négociation, comme on le voit régulièrement avec les transferts fédéraux en santé.

Dans plusieurs domaines, toutes les provinces, sauf le Québec, ne se formalisent pas autant des investissements directs d’Ottawa dans leurs champs de compétence. Prenons le logement et le transport. Traditionnellement, les villes canadiennes peuvent recevoir directement l’argent fédéral en présentant leurs projets aux programmes d’Ottawa. Elles peuvent ainsi répondre plus rapidement à leurs besoins urgents et prioritaires. Sauf au Québec.

La semaine dernière, la première ministre Christine Fréchette annonçait une bonne nouvelle, soit la signature des ententes de transfert fédéral en matière de logement et de transport. Elle a présenté cette signature comme une grande victoire. Il faut quand même rappeler que, depuis des années, les autres villes canadiennes ont déjà reçu ces montants et sont déjà passées à la mise en œuvre. Au Québec, nous venons seulement de conclure l’entente sur les conditions de transfert. L’argent n’est donc pas près d’atterrir dans les coffres des villes.

Pendant ce temps, nous tardons à construire du logement et les infrastructures tombent en morceaux. Ça fait des années que les villes demandent, vainement, aux deux gouvernements de s’entendre pour qu’elles puissent enfin recevoir ces sommes. À la place, nous avons eu droit à un audit sur la gestion des sociétés de transport. Tout cela, pendant que le gouvernement du Québec laissait dormir à Ottawa des milliards de dollars qui auraient pu aider ces mêmes sociétés de transport.

Récemment, lors des assises de l’Union des municipalités du Québec, les villes ont hurlé leurs besoins d’investissements dans les infrastructures. Leur incapacité à rattraper le déficit d’entretien est dramatique. Des milliards qui leur sont destinés dorment à Ottawa depuis des années. Et c’est ainsi depuis des décennies, gouvernement après gouvernement.

Le rapport des anciens ministres Nicolas Marceau et Monique Jérôme-Forget affirmait que les villes devaient hausser les taxes foncières. En revanche, il y a une chose qui demeure dans l’angle mort des anciens élus québécois comme de ceux qui sont toujours actifs. Pourquoi ne pas faire comme dans le reste du Canada et laisser enfin les villes québécoises accéder directement à ces milliards pour mettre rapidement en œuvre des projets au bénéfice de leurs citoyens ?

L’argent est à Ottawa, le pouvoir est à Québec, et les besoins sont dans les villes. Il est légitime pour le gouvernement du Québec de vouloir s’assurer que les sommes seront investies selon les priorités établies par les Québécois. Mais si Québec affirme être mieux placé qu’Ottawa pour connaître les vrais besoins, il faut pousser la logique jusqu’au bout. Les villes sont encore mieux placées que Québec pour connaître les priorités de leurs citoyens. À force de défendre jalousement ses compétences, Québec finit par oublier l’essentiel. La vraie autonomie consiste à faire confiance à celles et ceux qui sont les mieux placés pour agir.

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