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Portées par une demande en hausse en raison de la flambée des cours du pétrole et une offre désormais importante, les ventes de véhicules électriques d’occasion sont en forte progression. Le fait que les tarifs soient abordables n’y est pas étranger.
Laurent Bodin - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
Les ventes de voitures électriques d’occasion ont augmenté de 52 %, à 162 000 unités, sur les huit premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2025. Certes, elles ne représentent que 5 % des ventes globales mais la progression est notable. « On peut réellement parler de décollage », affirme Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem de l’automobile. « Nous sommes sur un marché d’offre et de demande. Quand nous étions à 2 % des ventes en 2020 et qu’aujourd’hui, nous sommes quasiment à 30 %, cela représente une explosion des ventes. On commence à voir les retours des voitures mises à la route il y a deux ou trois ans. L’offre est donc beaucoup plus importante, ce qui pousse les prix à s’adapter à la baisse », indique l’économiste, qui souligne l’importance de l’évolution technologique dans cette baisse des prix.
« Tant au niveau de l’autonomie que de la durée de charge, le véhicule qui arrive sur le marché d’occasion dispose d’une technologie moins performante que les modèles récents. Tout cela tire les prix de l’occasion vers le bas, d’autant plus avec l’arrivée des constructeurs chinois qui proposent des autonomies plus élevées, ce qui bride les prix de revente. Malgré cela, le marché est en train de se structurer », analyse Flavien Neuvy.
Une forte décote après cinq ans
Avec une Dacia Spring de plus de cinq ans vendue en moyenne 8 347 euros ou une Peugeot e-208 proposée à 13 873 euros, l’occasion rend l’électrique abordable. Mais derrière ces chiffres, se cache une autre réalité : « Les voitures électriques affichent souvent les plus fortes décotes sur leurs premières années, notamment parce qu’elles ont bénéficié d’un bonus à l’achat en neuf », explique Olivier Flavier, directeur général du marché automobile chez leboncoin. Cette décote des véhicules électriques est, en moyenne, de 59 % pour les véhicules de plus de cinq ans. « Un risque financier pèse sur les professionnels quand les véhicules reviennent avec des valeurs de reprise contractuelles supérieures à la valeur réelle du véhicule sur le marché de l’occasion », note Flavien Neuvy.
« C’est un effet ponctuel qui touche les véhicules les plus anciens en raison des sauts technologiques », estime Clément Molizon, directeur général de l’Avere, l’association nationale pour le développement de la mobilité électrique. Lequel ajoute : « Il est probable que dans les années à venir, avec un marché plus mature et plus stabilisé, on ait une valeur résiduelle qui se dégradera moins. »
Des batteries plus durables que prévu
Source d’inquiétude lors de l’apparition des voitures électriques, l’usure des batteries, qui se dégradent entre 1 et 2 % par an, est plus faible que ce que craignaient les constructeurs, lesquels sont nombreux à garantir une durée de vie d’au moins huit ans. « L’automobiliste qui achète une voiture d’occasion doit demander un certificat sur l’état de santé de la batterie, appelé SOH », recommande Clément Molizon, qui cite une étude sur des véhicules de 200 000 km dont la batterie affichait une efficience de 90 %. « Sachant que les Français parcourent 11 000 km en moyenne par an, ça amène largement la voiture aux 15 ans d‘âge moyen qu’on connaît aujourd’hui sur les voitures thermiques », conclut le directeur général de l’Avere.
Des prix en baisse mais des kilométrages en hausse
Plus fort et plus vite… Les professionnels de la vente de voitures d’occasion sont catégoriques : les véhicules électriques se vendent plus vite et en bien plus grand nombre. « La part de l‘électrique dans nos ventes totales a doublé en un an, passant de 5 % à 10 % entre juillet 2025 et juillet 2026 », indique Aramisauto. Filiale de Stellantis, le numéro un en France de la vente en ligne de voitures reconditionnées, qui a réalisé un milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2025, enregistre même une hausse de 70 % depuis le début du blocage du détroit d’Ormuz ayant provoqué l’envolée des prix des carburants. « La prime du 1er septembre arrive au bon moment : elle vient accélérer une tendance de fond qui était déjà bien enclenchée sur le terrain », indique un porte-parole de l’entreprise.
« C’est la bonne affaire qui va déclencher l’achat d’un véhicule électrique plutôt qu’un thermique, pas une prime de 300 euros », estime pour sa part Christophe Winkelmuller. Le fondateur, en 2002, de L’Agence automobilière, réseau franchisé qui emploie 750 personnes en France, confirme une baisse du prix moyen. « Il était de 21 211 euros en 2025 et, sur les huit premiers mois de l’année, il s’établit à 20 891 euros. Une différence qui ne s’explique pas par l’âge moyen, inchangé, de trois ans et 11 mois mais par un kilométrage moyen plus élevé, à 57 188 km en 2026 contre 48 568 km l’an dernier. Les voitures électriques ne roulent pas beaucoup mais le kilométrage moyen a quand même augmenté de 17 % », note Christophe Winkelmuller qui constate aussi une durée de vente en légère régression. « Sauf pour les Tesla qui se vendent toujours deux fois plus vite que les autres », conclut le patron de L’Agence automobilière. Au premier semestre 2026, la Renault Zoe devançait la Peugeot e-208 et la Tesla Model 3 sur le podium des ventes de voitures électriques d’occasion en France.
« Il n’y a pas meilleur moment pour acheter un véhicule d’occasion »
Yoann Nussbaumer est le fondateur et CEO du groupe indépendant Brakson, qui réunit les sociétés Chargemap et Automobile-Propre.com employant 150 personnes. Il répond à nos questions.
Quels sont les avantages à acheter un véhicule électrique d’occasion ?
« Le premier point est que les prix ont pas mal baissé. Le prix moyen est passé sous la barre des 20 000 euros. C’est d’autant plus intéressant au regard des tarifs des carburants. L’intérêt économique est évident, d’autant que le coût d’usage, notamment l’entretien, est réduit. Il y a aussi davantage de modèles et de choix que par le passé. L’offre s’étant étoffée, chacun peut trouver le véhicule qui lui convient. »
Quels sont les inconvénients ?
« J’évoquerais plutôt des points de vigilance. Globalement, les voitures sont fiables et il y a peu de risques. Le bon conseil est de regarder l'état de la batterie et de demander un certificat de capacité de la batterie pour vraiment être certain de ce qu’on achète. Les acheteurs qui passent à l'électrique doivent aussi être informés de la différence entre autonomie réelle et autonomie homologuée. On peut faire une petite enquête avec d’autres personnes qui ont le même véhicule que celui qu’on souhaite acheter, juste pour comprendre les différences d’autonomie par rapport à ce qui est homologué, pour ne pas se faire piéger et être déçu après. Enfin, pour les véhicules les plus anciens, les premières Renault Zoe ou Nissan Leaf, la batterie peut être en location. En général, c’est bien mentionné, mais c’est un point à garder en tête. »
Prix en baisse, offre et demande en hausse… Est-ce le bon moment pour acheter ?
« Oui. Il n’y a pas meilleur moment pour acheter un véhicule d’occasion et ce pour plusieurs raisons. Déjà, les modèles ont gagné en maturité et la techno se déprécie quand même un peu moins rapidement qu’avant. Ensuite, les prix ont bien baissé. Il y a eu pas mal de retours de location longue durée qui viennent alimenter le marché. Enfin, la prime de 300 euros, pour un véhicule électrique d’occasion acheté chez un professionnel, ne change pas tout mais c’est un petit plus. »


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