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Un modèle de réussite, Man-su s’enorgueillit de pouvoir assurer une existence aisée à sa famille. Cadre dans une usine de papier, ce quarantenaire satisfait de son sort est quitte pour un choc brutal lorsque les nouveaux propriétaires américains licencient pratiquement tout le monde, y compris Man-su. Tandis que son épouse, Mi-ri, retourne sur le marché du travail, Man-su essaie en vain de retrouver un poste similaire à celui qu’il a perdu. Désespéré, Man-su a un jour l’idée d’éliminer la concurrence. Cela, au propre, et non au figuré. Dans la satire grinçante Aucun autre choix (Eojjeolsugaeopda), Park Chan-wook déploie son brio coutumier.
Dévoilé aux festivals de Venise et de Toronto sous le titre No Other Choice, Aucun autre choix est librement adapté du roman The Ax (Le couperet), de Daniel Westlake, déjà porté au grand écran par Costa-Gavras.
Le film, qui figure dans notre Palmarès cinéma 2025, met en vedette l’excellent Lee Byung-hun (Joint Security Area/Gongdonggyeongbiguyeok ; A Bittersweet Life/Dalkomhan insaeng ; I Saw the Devil/Angmareul boatda). L’acteur mord à belles dents dans le rôle de Man-su, qui n’est pas dépeint comme un psychopathe, mais plutôt comme un homme ordinaire qui se découvre graduellement capable du pire au nom du maintien de son train de vie. Train de vie symbolisé, notamment, par cette propriété que le protagoniste refuse de vendre.
À cet égard, le protagoniste rejoint un peu ceux du délicieux The War of the Rose (La guerre des Rose, la version de 1989), qui s’entretuent pour la possession d’une maison. Man-su incarne en outre, un peu comme Patrick Bateman dans American Psycho, l’esprit d’un capitalisme sauvage qui non seulement ne s’est pas arrêté à l’ère Reagan, mais s’est mondialisé.
Ceci étant dit, le thème des classes sociales se trouve en filigrane de la plupart des films de Park Chan-wook : voir Oldboy (Oldeuboi), Lady Vengeance (Chinjeolhan Geumjassi), Thirst. Ceci est mon sang (Bakjwi), Mademoiselle (Agassi) et Décision de partir (Heeojil kyolshim)… Il rejoint sur ce front son collègue et ami de longue date Bong Joon-ho (Parasite/Gisaengchung).
Un ballet visuel
De la comédie noire au drame, en passant par des élans macabres confinant presque au grand-guignol, souvent au sein d’une même scène, Park Chan-wook se révèle une fois de plus un virtuose de la rupture de ton (lire notre entretien où le cinéaste aborde la question). Un procédé qui aide le réalisateur à maintenir le public sur le qui-vive et qui, surtout, lui permet de multiplier les retournements de situations imprévus.
Pour autant, le flot narratif demeure d’une fluidité exemplaire. La mise en scène, sans surprise pleine de panache, y est pour beaucoup. Le cinéaste multiplie les plans-séquences, les zooms rétro et les mouvements de grue complexes en un ballet visuel aussi évocateur que précis.
Parmi les morceaux de bravoure cinématographiques : cette séquence lors de laquelle Man-su est interrompu dans ses desseins homicides par une tierce partie dont on taira l’identité, avec des conséquences, disons, surprenantes.
En fait, nombreux sont les passages où le récit prend soudain une direction complètement inattendue. Cela vaut pour le dénouement, qui vient confirmer, lors des derniers plans, à quel point ce film est brillant.
Le film Aucun autre choix prend l’affiche le 25 décembre.


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