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Du récit biblique de Marie Madeleine à l'islam du quotidien de Your Mother, Your Mother, Your Mother, en passant par la quête d'émancipation de deux femmes juives et musulmanes dans Les Filles d'Abraham, des films présentés au Festival international du film de Toronto (TIFF) abordent de front le fait religieux.
Vivre sa foi dans le monde d'aujourd’hui
Je voulais que le film ressemble à ma vie et aux personnes que je connais et particulièrement des situations que je vivais en tant que jeune femme en Haïti, explique Géssica Généus, réalisatrice du film Marie Madeleine.
La cinéaste joue elle-même Marie Madeleine, du nom de la pécheresse sauvée par Jésus. Le film retrace le parcours d’une travailleuse du sexe qui mène une vie libre. Ce qu'elle représente agace un pasteur qui vient d’installer son église en face de l'hôtel où elle reçoit ses clients. Adapter ce récit biblique à Haïti, et faire jouer ce rôle à une actrice noire, permet de poser un nouveau regard sur cette figure biblique et sa représentation.

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«Marie Madeleine» est le dernier film de la réalisatrice Géssica Généus.
Photo : TIFF
Dans le film Les Filles d’Abraham, les personnages de Myriam et Eva (Melissa Guers et Ava Baya) tentent tous deux de naviguer dans leurs vies de jeunes femmes à Marseille, sous le joug des attentes et leurs héritages culturels et religieux de leurs familles musulmanes et juives.
La réalisatrice, Hanaël El Yousfi, a eu l'idée de ce film après avoir passé des années baignées dans les deux cultures. L'envie de croiser ces destins et de les mettre face à leurs héritages marocains et tunisiens a donné naissance au film. Cette jeune génération confrontée aux réseaux sociaux, a un désir de réaliser ses rêves [...] il y a un peu parfois une schizophrénie entre ce qui est attendu de nous et ce qu'on souhaite réellement faire, dit Hanaël El Yousfi, réalisatrice du film.

En plus de réaliser le film « Marie Madeleine », Gessica Généus y incarne le rôle principal.
Photo : Avec l'autorisation du TIFF
La pression de l'âge pour se marier, être à la fois une femme, fille, et sœur parfaite pèse sur les deux femmes. Eva rêve d'être chanteuse et Myriam veut terminer ses études. Dans le film Your Mother, Your Mother, Your Mother de Bassam Tariq, la fille du personnage principal, nommée Fatiha (Adia), est aussi sur le chemin pour devenir une jeune femme et doit, en même temps, assumer des responsabilités parentales.
Figures féminines
De la maternité à l'entrée dans l'âge adulte, les figures féminines occupent une place centrale dans plusieurs des films présentés. Elles sont confrontées à des rôles et à des attentes qui leur sont transmis par leur famille, leur culture ou leur environnement social. Dans Your Mother, Your Mother, Your Mother, cette place est vitale. Le héros endeuillé suite à la mort de sa femme est en quête de stocks de lait maternel pour sa fille. Le lait devient alors une monnaie, presque comme une arme, nous rappelant la place de la mère dans une famille et la peur de ce qui arrive lorsqu’elle n’est plus là.

« Your Mother, Your Mother, Your Mother » de Bassam Tariq sortira au cinéma prochainement.
Photo : Amazon MG Studios / Jaclyn Martinez
C'était comme quelque chose que ma femme pouvait donner, quelque chose que moi, je ne pourrais jamais donner. Et je crois que je m’étais toujours demandé : si elle n’était plus là, et que les sachets de lait venaient à manquer, qu’est-ce qui se passerait?, se souvient Bassam Tariq, le réalisateur du film.
La disparition de la mère bouleverse aussi la fille du personnage principal : C'est dur, parce que je pense que c'est beaucoup plus courant qu'on ne le pense. Beaucoup de jeunes filles, et particulièrement les jeunes filles noires, sont obligées de grandir beaucoup plus vite que les autres, pense Adia, qui joue le personnage de Fatiha.

Dans leur premier long métrage poignant, les coréalisatrices Christine Boateng et Hajara Musah Chambas retracent le parcours de trois Ghanéennes qui tentent de survivre en tant que kayayei (porteuses) au cœur du plus grand marché de vêtements d'occasion au monde.
Photo : Avec l’autorisation du Festival du film international de Toronto
L'enfance écourtée se retrouve ailleurs dans la programmation du TIFF, à l'instar de l'unique film ghanéen de la sélection, Zjili. Le film s'intéresse aux kayayei, ces jeunes filles qui quittent leur foyer familial pour travailler à Accra et contribuent parfois aux revenus de leur famille. Pour celles qui restent au village, d'autres attentes s'imposent : mariage et maternité dès le plus jeune âge. Le personnage de Zoya (Rahana Abdallah) rêve de faire des études et de devenir la première présidente élue du Ghana.
À des milliers de kilomètres de là, les jeunes femmes des Filles d'Abraham sont, elles aussi, confrontées à des attentes liées à leur âge et leurs origines. Pour écrire ce film, j'ai fait plus de deux ans d'interview avec des jeunes femmes juives et musulmanes : à 35 ans, si elles ne sont pas mariées, elles sont considérées comme un handicap, rapporte Hanael El Yousfi.
Tous ces personnages, montrés dans ces films, ont en commun une foi qui participe à leur identité, sans pour autant les empêcher de chercher leur propre chemin.


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