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Des conseillers facturant de faux récits plusieurs milliers de livres, des vérifications limitées par la confidentialité : l’asile britannique connaît quelques difficultés pratiques que le terme officiel de procédures «robustes» ne suffit pas à dissiper.
Pourquoi inventer une histoire quand celle du voisin a déjà fonctionné ? Au Royaume-Uni, les mêmes récits, témoins et justificatifs circuleraient d’une demande d’asile à l’autre, selon un agent du Home Office, le ministère de l’Intérieur, interrogé par le Times. Selon le fonctionnaire britannique qui affirme être chargé depuis plusieurs années d’examiner ces dossiers, le phénomène aurait atteint une telle ampleur que seules 1 % des demandes déposées outre-Manche seraient réellement fondées. «Il n’existe presque aucun aspect du système d’asile qui ne relève pas soit d’une fraude massive, soit d’un dysfonctionnement complet», a affirmé cet homme, qui s’est exprimé de manière anonyme.
Cette estimation donne une idée de la défiance qui règne parmi les agents confrontés à ce qu’ils appellent des «packages claims» : des demandes apparemment livrées avec un récit prêt à l’emploi, les documents correspondants et les réponses nécessaires pour convaincre l’administration. Les exemples rapportés par le fonctionnaire présentent en effet quelques problèmes de répétition : des centaines de Kurdes irakiens auraient déclaré avoir entretenu une relation avec la fille du premier ministre de la région autonome du Kurdistan. L’histoire serait revenue si souvent qu’elle aurait fini par devenir une «plaisanterie récurrente» dans les bureaux du ministère.
L’amour, pièces à l’appui
Des centaines de Pakistanais auraient, eux, affirmé risquer leur vie en raison de leur homosexualité, tout en désignant le même homme comme leur compagnon. Celui-ci aurait rédigé «des centaines et des centaines de lettres de soutien manifestement fausses». Ces soupçons ne reposent toutefois pas sur un simple effet de lettre : une enquête clandestine de la BBC avait déjà mis au jour une petite industrie de cabinets juridiques et de conseillers en immigration proposant, contre plusieurs milliers de livres, d’aider des étrangers à construire de faux récits autour de l’orientation sexuelle de leurs clients ; un avocat affirmant même au journaliste infiltré que le Home Office n’en vérifierait pas la véracité. Le ministère a ouvert cette année une nouvelle enquête sur ces pratiques.
Les demandes fondées sur la persécution politique suivraient la même logique. Depuis la chute de la Ligue Awami au Bangladesh en 2024, de nombreux ressortissants se présentent comme des militants menacés en raison de leur appartenance à l’ancien parti au pouvoir, désormais interdit. Certains prétendraient même en avoir été président, vice-président ou secrétaire général à l’échelle locale. Lors de l’entretien destiné à examiner leur demande d’asile, plusieurs seraient pourtant incapables d’expliquer les positions du mouvement ou les responsabilités qu’ils prétendent y avoir exercées.
Selon le fonctionnaire, la procédure britannique facilite elle-même cette standardisation. Lorsqu’une personne sollicite l’asile, elle passe d’abord un entretien sommaire destiné à recueillir quelques renseignements élémentaires. L’entretien approfondi, qui peut durer plusieurs heures, intervient parfois des mois plus tard. Selon l’agent du Home Office, certains candidats resteraient volontairement vagues lors du premier rendez-vous, puis profiteraient du délai pour obtenir des conseils, fixer les détails de leur histoire et rassembler de faux justificatifs.
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La confiance faute de mieux
Les vérifications disposent toutefois d’une limite structurelle. Les agents britanniques ne peuvent pas contacter les autorités du pays d’origine pour confirmer l’authenticité d’un document. Les règles internationales de confidentialité visent à empêcher qu’une demande d’asile soit signalée au régime que le candidat affirme fuir, au risque de le mettre en danger si son récit est véritable. Une protection indispensable pour les persécutés, dont les fraudeurs peuvent également connaître le fonctionnement.
Dans sa réponse au Times, le Home Office refuse de commenter les déclarations anonymes, tout en défendant des procédures qu’il juge «robustes» pour vérifier la crédibilité des récits et détecter les fraudes. Le ministère assure que chaque dossier est examiné individuellement par des agents formés et rappelle que toute protection obtenue par tromperie peut être retirée. Selon les chiffres officiels, le taux d’acceptation en première instance est passé de 77 % en 2022 à 38 % au cours de l’année achevée en juin : sur 115.394 décisions, 42.394 ont débouché sur une protection ou un autre droit de séjour.
Ces accusations interviennent alors que l’immigration met le gouvernement britannique à l’épreuve. Dimanche 6 septembre, à Portsmouth, des manifestants ont tenté de bloquer le transfert de migrants secourus dans la Manche, malgré une baisse de plus de 40 % des traversées depuis le début de l’année par rapport à la même période de 2025. À la tension politique s’ajoute la facture : les ministères de l’Intérieur et de la Justice ont consacré environ 4,9 milliards de livres à l’asile en 2024-2025, dont 2,7 milliards pour l’hébergement, selon un rapport parlementaire publié en juin. Les députés y relèvent qu’accélérer les décisions sans renforcer les tribunaux a augmenté l’attente au stade des recours, qui prennent environ soixante semaines pour être examinés.


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