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L’an 2025 ne se terminera pas sans la grande soirée de musique et de danse traditionnelles organisée par les bonnes gens du groupe Le Vent du Nord : la 28e édition de La Veillée de l’avant-veille, le 30 décembre au Club Soda, mettra d’abord en vedette l’ensemble trad-folk Le Diable à Cinq, qui en profitera pour fêter ses dix ans d’existence. L’actrice d’origine coudriloise Marilyn Castonguay offrira la bénédiction et, pour clore la soirée, la famille Aucoin de Lévis fouettera les gigueux sur le plancher de danse, avec l’aide de la câlleuse Capucine Maldague-Mathieu qui nous apprendra peut-être à danser La plongeuse de L’Isle-aux-Coudres.
La famille Aucoin, c’est Rachel, pianiste, et son frère cadet, Martin, violoniste et conjoint de Capucine ; ajoutons à l’ensemble Sabin Jacques, « chef de file de l’accordéon traditionnel au Québec », selon son épouse, Rachel Aucoin. Leur fils Mathieu, trompettiste et bassiste, s’ajoute au party de famille.
« Martin au violon et Sabin à l’accordéon sont les deux locomotives du groupe », souligne Rachel. Leur connaissance du répertoire est vaste, mais dans un registre particulier, celui de la musique à danser, « parce qu’on est vraiment un orchestre à danser, pas à spectacle », précise-t-elle. « C’est notre unique filon : jouer pour des danses, avec Capucine qui sert de maître à danser. »
Ou maîtresse à danser ? Et dirait-on plutôt « câlleuse » ou « câlleure » ? Capucine s’interroge elle-même : « C’est une bonne question, d’autant que le mot “câlleur” n’est même pas dans le dictionnaire. Dans le milieu, pour une femme, on dit quand même câlleuse. » Et elles seraient beaucoup plus nombreuses aujourd’hui, ajoute la musicienne, qui s’imagine que sera bientôt atteinte la parité entre les hommes et les femmes dans la fonction de câlleur.
Chorégraphe et maître de cérémonie
Et cette fonction est d’une importance capitale pour s’assurer d’une soirée de danse de bonne tenue. Capucine, formée au violon classique avant de bifurquer vers le trad, est devenue câlleuse un peu par accident, d’autant que « comme le reste de la tradition, c’est un rôle qui se transmet de bouche à oreille » ou en regardant faire ceux qui sont arrivés avant nous.
« La câlleuse “appelle” les figures de danse — son rôle, au fond, est d’expliquer aux danseurs quelles figures ils devront faire », explique Capucine, qui a mis sur pied les Veillées de Lévis en 2018. « La câlleuse va organiser les couples sur le plancher et, tout au long de la danse, lancer des petites phrases servant de repères aux danseurs. C’est un peu la personne qui orchestre la danse pour donner un peu de structure à la soirée. » Un bon câlleur doit avoir du charisme, un certain sens de la pédagogie et une grande connaissance des différents styles de danse, quadrille, reel, brandy, des mouvements précis comme la galope, le tiroir, le saut du mouchoir, et même des danses historiques précises telles que… ladite Plongeuse de L’Isle-aux-Coudres, à ne pas confondre avec La plongeuse de Baie-Saint-Paul, nous apprend Wikipédia (la première se danse « par un nombre illimité de couples », alors que la seconde « avec quatre couples en carré simple » ! ).
Pour qu’une veillée de danse lève, explique Rachel Aucoin, « les musiciens doivent être totalement connectés avec les gens sur le plancher de danse ». « Si on voit un groupe s’installer pour un set carré, l’orchestre doit se brancher sur l’énergie des danseurs. Il faut être capable de répondre en musique aux figures de danse que notre câlleuse appelle. Selon les instructions de Capucine, on pige dans la seconde une chanson parmi la centaine qu’on peut jouer pour telle figure de danse ! »
À la fois chorégraphe et maître de cérémonie, le câlleur peut avoir différents tempéraments, « plus sérieux parfois, mais chez nous, l’humour passe toujours bien, explique Capucine. Puisqu’il faut diriger les danseurs, parfois l’humour devient un bon moyen de les faire rentrer dans le bon rang. Je veux m’assurer que les danseurs passent un bon moment et qu’ils sentent que, s’il y a des erreurs dans les pas de danse, ce n’est pas grave. Mes soirées, j’aime lorsqu’elles se passent dans la bienveillance, c’est ça, mon style. Je suis assez bonne pour expliquer les pas de danse, que réussissent une forte proportion de danseurs après m’avoir écoutée. Je pense que j’ai un style rassembleur et doux. »
Ce côté pédagogue et bienveillant compte pour beaucoup dans le succès d’une soirée comme la Veillée de l’avant-veille, certes un important rassemblement pour les férus de trad, mais aussi pour les non-initiés, estime Rachel Aucoin : « C’est un privilège de pouvoir atteindre ce public-là. On veut leur donner une bonne impression de ce que c’est, la musique traditionnelle, parce que certains peuvent avoir une image figée dans le temps de ce qu’est notre musique et s’imaginer que cette tradition n’a plus sa place dans le monde d’aujourd’hui. Au contraire, nous sommes convaincus que la danse traditionnelle est une activité qui s’inscrit parfaitement dans ce moment durant lequel les gens ont soif de rencontres et de liens. »


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