Trois mille kilomètres sous nos pieds, le fer liquide du noyau externe tourne, brasse, génère un champ magnétique qui enveloppe toute la planète. Mais au-dessus du Brésil et de l’Atlantique sud, ce bouclier invisible faiblit tellement que les opérateurs de satellites appliquent une procédure bien rodée : couper les instruments sensibles avant chaque passage. Cette zone, la plus faible magnétiquement de tout le globe, laisse descendre bien plus bas les particules énergétiques piégées autour de la Terre, au point de perturber régulièrement l’électronique embarquée.
À retenir
- Le champ magnétique terrestre faiblit de manière anormale au-dessus de l’Atlantique sud, laissant les particules énergétiques solaires descendre plus près de la surface.
- Les satellites doivent désactiver leurs instruments sensibles à chaque passage pour éviter les dysfonctionnements causés par cette radiation accrue.
- Depuis 2013, l’anomalie s’étend, dérive vers l’ouest et montre des signes de dédoublement en deux cellules distinctes depuis 2020.
Sommaire
Un champ né dans le noyau, mais jamais parfaitement rond
Le champ magnétique terrestre n’est pas un halo figé et symétrique. Le champ magnétique terrestre prend naissance dans le noyau, à la frontière entre le noyau externe liquide et le manteau solide, et s’étend au-delà de la surface pour agir comme un bouclier protecteur repoussant et piégeant les particules chargées venues du Soleil. Ce mécanisme, appelé géodynamo, produit un champ dont l’intensité varie fortement d’une région à l’autre du globe. Résultat : certaines zones sont solidement protégées, d’autres beaucoup moins, sans lien direct avec la latitude ou la proximité des pôles géographiques.
L’anomalie de l’Atlantique sud n’a rien d’un phénomène nouveau. Décrite pour la première fois en 1958, l’anomalie atlantique sud est une région dotée d’un faible champ magnétique, dont les mécanismes confondent encore les scientifiques. Les chercheurs savent que la faiblesse locale du champ est liée à des irrégularités profondes, sans en comprendre toutes les causes.
Ce que ça change concrètement pour les satellites
Au-dessus de l’Amérique du Sud et de l’océan Atlantique sud, ce point faible inhabituel du champ permet aux particules de descendre beaucoup plus près de la surface, et la radiation de particules dans cette zone peut mettre hors service des ordinateurs de bord et perturber la collecte de données des satellites qui la traversent. Sur la Station spatiale internationale, l’instrument GEDI, dédié à la cartographie des écosystèmes forestiers, en fait l’expérience presque chaque mois. La Station spatiale internationale traverse régulièrement l’anomalie et, si les astronautes sont protégés, les instruments extérieurs subissent une exposition accrue : le responsable de l’instrument GEDI rapporte des dysfonctionnements occasionnels et des redémarrages, entraînant une perte de données limitée chaque mois.
Les télescopes spatiaux ne sont pas épargnés. Certains perdent plusieurs minutes d’observation à chaque orbite lorsqu’ils survolent la zone, le temps que les capteurs les plus fragiles soient mis en veille par précaution. Les ingénieurs des agences spatiales n’ont pas d’autre choix que de s’adapter à ce hoquet du champ magnétique, en éteignant les instruments satellites qui passent par la zone et en acceptant la perte de certaines données. D’autres missions, comme l’explorateur ionosphérique ICON, ajustent aussi leur fonctionnement à chaque passage.
Les astronautes, eux, racontent un phénomène plus étrange encore. Paupières fermées, certains disent percevoir des flashs lumineux au moment où leur vaisseau traverse la zone. Ce témoignage circule depuis des décennies dans les récits de vols habités.
Une faille qui grandit, dérive vers l’ouest, et se dédouble
Depuis le lancement de la constellation européenne Swarm en 2013, l’Agence spatiale européenne dispose enfin d’un suivi continu et précis de cette zone. De 1970 à 2020, l’intensité minimale du champ dans cette zone est passée d’environ 24 000 nanoteslas à 22 000, et la zone de l’anomalie s’est déplacée vers l’ouest à un rythme d’environ 20 km par an. Entre 2014 et 2025, en ne comptant que la surface où le champ descend sous le seuil de 26 000 nanoteslas, l’aire où le champ est le plus faible s’est étendue de 0,9 % de la surface totale de la Terre, tandis que le point d’intensité minimale a chuté de 336 nanoteslas, passant de 22 430 nT à 22 094 nT. Pour donner une échelle à ce chiffre, cette extension équivaut à près de la moitié du continent européen.
Autre changement, plus récent : la zone ne forme plus un seul bloc. Au cours des cinq dernières années, un deuxième centre d’intensité minimale a émergé au sud-ouest de l’Afrique, suggérant que l’anomalie pourrait se diviser en deux cellules distinctes. Le géophysicien Chris Finlay, de l’université technique du Danemark, résume cette dynamique inégale : « Le champ change différemment vers l’Afrique que près de l’Amérique du Sud. Il se passe quelque chose de particulier dans cette région qui affaiblit le champ de manière plus intense ». Ce dédoublement complique sérieusement les modèles utilisés pour planifier les orbites des futurs satellites.
Ce que ce phénomène ne signifie pas
L’affaiblissement local du champ nourrit régulièrement une hypothèse spectaculaire : celle d’une inversion prochaine des pôles magnétiques. Les scientifiques sont formels sur ce point. Bien que son comportement partage certaines similitudes avec des motifs qui précèdent parfois une inversion géomagnétique complète, rien n’indique qu’une telle inversion soit imminente. L’anomalie reste un cas d’étude pour affiner les modèles du champ terrestre, pas un signal avant-coureur confirmé.
Aucun effet sanitaire n’a par ailleurs été démontré au sol pour les habitants de la région concernée. L’anomalie ne crée aucun impact visible sur la vie quotidienne à la surface, et son affaiblissement magnétique reste dans les limites de ce que les scientifiques considèrent comme une variation normale. Le phénomène concerne d’abord l’électronique embarquée en orbite, là où les particules chargées frappent directement les composants, loin de l’atmosphère qui protège le sol.
Sources : x.com | futura-sciences.com


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