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Au Brésil, l’histoire tragique d’Alana Rosa, 20 ans, poignardée 50 fois chez elle par un homme qui la convoitait

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Au Brésil, le visage scarifié d’Alana Anisio Rosa est devenu, depuis le 15 avril dernier, le symbole d’une violence misogyne nourrie en ligne. Son agression, commise par un homme obsédé après son refus, a relancé le débat sur l’essor des discours masculiniste dans le pays.

Tout a commencé par des fleurs et du chocolat. Fin 2025, un homme du nom de Luiz Felipe Sampaio a tenté d’approcher celle qu’il convoitait depuis plusieurs mois, Alana Anisio Rosa, une étudiante de 20 ans jouissant d’une petite notoriété sur les réseaux sociaux, qu’il avait aperçue dans sa salle de sport. «Il lui envoyait régulièrement des présents, sans jamais recevoir de réponse», relate le magazine brésilien Veja .

Fin décembre, il se présente alors chez elle, dans le quartier de Galo Branco, à São Gonçalo, dans la région de Rio de Janeiro, avec un cinquième bouquet de roses accompagné d’une demande : qu’elle accepte de devenir sa «namorada», sa petite amie. Ce jour-là, Alana prend des pincettes pour lui expliquer qu’elle «ne pense pas à une relation sérieuse pour le moment, qu’elle se concentre sur ses études et son objectif de devenir médecin».

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L’amoureux éconduit repart une première fois, avant de revenir à la charge le 5 février dernier. Mais le chien de la jeune femme aboie si fort qu’il finit par rebrousser chemin. Le lendemain, Luiz Felipe Sampaio réitère et se présente à la porte cette fois muni d’un couteau. Il sonne et se jette sur Alana Anisio Rosa, la poignardant en plein cœur de son salon près d’une cinquantaine de fois. C’est sa mère, Jaderluce Anísio de Oliveira, rentrée plus tôt ce jour-là, qui intervient pour sauver sa fille des mains de son assaillant. «Il n’arrêtait pas de la poignarder, encore et encore. Je l’ai arraché à elle. Tout mon salon était couvert de sang», a-t-elle déclaré à l’AFP.

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1586 féminicides l’an dernier

Transportée d’urgence à l’hôpital, plongée dans un coma artificiel puis soumise à de nombreuses interventions chirurgicales, la jeune femme s’est réveillée quelques jours plus tard, le corps lardé de plaies, mais bien vivante. «Il a commis cet acte odieux contre ma fille. Elle est très gravement blessée. Aujourd’hui, j’ai pu la voir de plus près car, le jour même, elle était couverte de sang. Nous ne pouvions pas voir», avait d’ailleurs ajouté sa mère dans la foulée devant une poignée de journalistes, comme le relaye Veja. Avant de poursuivre : «Je continue de demander à tous de prier pour elle et de réclamer justice. Que justice soit faite, non seulement pour ma fille, mais aussi pour toutes les femmes du monde qui subissent le même sort. Que Luiz Felipe soit emprisonné pendant de très longues années. Il ne mérite pas de vivre en société».

Le 15 avril 2026, le procès de l’agresseur a ainsi démarré, provoquant l’émoi dans tout le pays. Car ce jour-là, Alana était bien présente pour y assister. Le visage de la jeune femme a fait le tour des médias lorsqu’elle est apparue, droite et digne, au tribunal de São Gonçalo, vêtue d’un simple débardeur noir de sorte à montrer au monde les stigmates de son agression. Une image qui a permis de remettre la lumière sur son affaire mais aussi de relancer le débat sur la misogynie et les violences faites aux femmes au Brésil, un fléau ancien, mais en forte hausse depuis plusieurs années. En effet, une étude récente de l’Université fédérale de Rio de Janeiro a montré que 123 chaînes YouTube diffusant des contenus masculinistes cumulaient 23 millions d’abonnés, soit 18% de plus qu’il y a deux ans. Par ailleurs, l’an dernier, 1586 féminicides ont été recensés dans le pays, «un record», assure l’AFP. Des chiffres d’autant plus évocateurs qu’il a été démontré que Luiz Felipe Sampaio consommait ce genre de contenu en ligne avant son passage à l’acte.

«Je m’entraîne au cas où elle dirait non»

Une tendance a d’ailleurs émergé ces derniers mois sur les réseaux sociaux sous le slogan : «Je m’entraîne au cas où elle dirait non». Ces vidéos montrent des hommes se mettant d’abord en scène dans des situations romantiques, comme des demandes en mariage ou des invitations à un rendez-vous sous couvert de bouquets de fleurs, avant de basculer dans un scénario plus macabre. À l’évocation d’un «non», ces apprentis influenceurs se transforment en assassins. On y voit des réactions d’une grande brutalité : ici, un homme assène coups de pied et coups de poing à un mannequin ; là, un autre lui donne des coups de couteau. Devenues virales, notamment sur TikTok, ces séquences ont attiré l’attention de la police fédérale brésilienne, qui a ouvert une enquête en mars après plusieurs signalements.

Si parmi les commentaires de ces vidéos, certains internautes se disent choqués, d’autres, en revanche, semble prendre les scènes avec dérision. «Avec un coup propre comme ça, j’espère qu’elle dira oui, MDR», peut-on lire. D’autres commentent : «C’est quoi la ref de son pantalon, pitié», «tu peux m’apprendre, stpppp», ou encore «Je suis d’acc avec lui, là il n’a pas parlé chinois, merci pour la technique».

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«Femme bêta»

Enfin, l’AFP rapporte d’autres crimes commis contre des femmes au Brésil depuis le début de l’année : le viol en réunion d’une jeune femme de 17 ans, en janvier dernier, par cinq hommes, dont l’un portait sur son tee-shirt l’inscription «Regret Nothing» («Ne rien regretter»), une expression souvent utilisée par des influenceurs masculinistes ; le meurtre d’une femme par son mari policier, en mars dernier, parce qu’elle demandait le divorce. «Dans des échanges de messages du couple publiés dans la presse locale, il se décrit comme un “mâle alpha”, et lui demande d’être une “femelle bêta, obéissante et soumise”», rapporte encore l’AFP.

Estela Bezerra, responsable de l’organe étatique chargé de la lutte contre les violences faites aux femmes, a ainsi estimé que toute cette misogynie en ligne jouait «un rôle significatif» dans les passages à l’acte. «C’est avant tout un discours de haine. Il propage des valeurs qui menacent de ramener notre société à l’ère de la barbarie», a-t-elle conclu.

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