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La pétition contre la présence du scénariste Nadav Lapid à un festival du cinéma de Marseille et celle contre la participation de l’écrivain Eshkol Nevo à un festival littéraire à Bari, en Italie, du simple fait qu’ils ont la nationalité israélienne, ne sont que les deux derniers exemples d’une vague de fond, dans le monde culturel occidental.
En réaction à l’horreur de Gaza depuis 2023, cette tendance préconise un boycottage généralisé de tout ce qui vient d’Israël, sans exception, y compris des œuvres d’artistes reconnus et décorés, y compris l’interdiction de leur présence physique à tout événement officiel.
Et y compris — comme c’est ici vrai, dans les deux cas — lorsque les personnes exclues sont connues pour être des adversaires déclarés et courageux des politiques de leur gouvernement. Peu importe : être israélien vous élimine d’office.
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Nadav Lapid ne se rendra donc pas au Festival international de cinéma de Marseille, en juillet, malgré l’invitation reçue pour y faire partie du jury. Son film Synonymes, Ours d’or à Berlin en 2019, raconte l’histoire d’Yoav, un jeune Israélien qui s’exile à Paris dans l’espoir d’effacer ses origines et de devenir totalement français. Le personnage refuse catégoriquement de parler hébreu et se munit d’un dictionnaire pour ne s’exprimer qu’en français.
Réaction d’un collectif d’artistes, dont les cinéastes Jacques Audiard et Michel Hazanavicius, publiée dans Le Monde du 9 juin : « Que le plus grand artiste dissident israélien, œuvrant inlassablement à dénoncer les dérives fascistes et colonialistes de son gouvernement, ses faillites morales criminelles, dans des films primés dans le monde entier, soit amené à se retirer d’un festival français, doit nous alerter et nous mobiliser au-delà de cette aberration. »
Du même acabit est la pétition simultanée, en Italie cette fois, contre la participation d’Eshkol Nevo au festival littéraire Il libro possibile, également en juillet. Une pétition qu’ont même signée le maire adjoint et l’archevêque de Bari, la ville hôte !
Dans ce cas précis, Nevo est accusé non pas d’avoir pris position en faveur des politiques du gouvernement israélien, mais de « ne pas avoir pris de positions suffisamment publiques et claires » contre lui.
Affirmation pour le moins étrange, lorsqu’on sait que Nevo est une figure de proue d’une génération d’intellectuels israéliens pacifistes, qui défendent des idées très minoritaires dans le contexte national israélien. Un contexte où le consensus sur une « ligne dure » ultrasécuritaire transcende les partis et dépasse les trois quarts d’appuis.
Nevo a pris régulièrement la parole lors de manifestations, signé des tribunes dans la presse (notamment dans le quotidien Haaretz, la voix esseulée des humanistes de gauche israéliens) et critique ouvertement les dérives antidémocratiques de l’extrême droite.
Il a, par exemple, vivement dénoncé la loi sur l’État-nation (2018, loi sur « Israël, État du peuple juif »). Nevo s’est cependant opposé publiquement au mouvement BDS (« Boycottage, désinvestissement, sanctions ») contre l’État hébreu. Ah ! la voilà, la faute impardonnable…
Les gestes de meute comme ceux pour exclure et faire taire Lapid et Nevo sont un appel au boycottage généralisé de tous les intellectuels et artistes israéliens, du simple fait de leur nationalité.
Et encore, précisons : s’ils étaient arabes israéliens, on les accueillerait sans aucun doute… mais ceux-là sont juifs israéliens.
Est-ce vraiment ce type de discrimination que souhaitent ceux qui, hors d’Israël, luttent contre les horreurs qui continuent d’accabler les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, les habitants du sud du Liban ?
Pensent-ils vraiment que c’est la meilleure manière d’aider les pacifistes en Israël ? Au-delà, quelle est leur conception de la liberté d’expression lorsqu’ils excluent d’emblée quelqu’un, en se fondant sur sa nationalité, sa religion ou sa race ?
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Une brève comparaison avec l’Iran, dictature mais aussi grand pays de cinéma, peut s’avérer éclairante.
Les artistes iraniens opposés au régime de la République islamique sont généralement accueillis en Occident comme des symboles de résistance et des porte-voix de la liberté. On pense à Jafar Panahi, Palme d’or 2025 pour son film Un simple accident, à Abbas Kiarostami, Palme d’or 1997 pour Le goût de la cerise, à Asghar Farhadi (Une séparation, 2011), etc.
Sont-ils applaudis pour leurs œuvres, pour leurs prises de position politiques, ou pour une combinaison des deux ? Jafar Panahi est un critique ouvert et virulent du régime et de ses pratiques répressives. Il a chèrement payé le prix de son engagement : arrestations, emprisonnements, interdiction de filmer, de quitter le territoire…
Par contre, Abbas Kiarostami a toujours refusé l’engagement politique frontal et les slogans, préférant une approche métaphorique de la critique sociale. Contrairement à certains de ses pairs, il est resté en Iran après la révolution de 1979, a été toléré par le régime, a pu voyager, etc. (Il est mort à Paris en 2016.)
Question : du fait de sa discrétion politique, l’un de ces deux-là était-il moins fréquentable, moins « invitable » que l’autre ? Et du fait de ses prises de position tranchées, l’autre l’est-il davantage ? Est-il plus estimable, en tant qu’artiste engagé ?
Le traitement discriminatoire infligé aujourd’hui à Nadav Lapid et à Eshkol Nevo s’apparente à du racisme. De là à ressortir le mot en « a… », il n’y a qu’un pas.
Pour joindre l’auteur : [email protected]


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