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Après des passages remarqués ces derniers temps au cinéma (dans Killers of the Flower Moon, de Martin Scorsese) et dans les séries Three Pines et Echo, où elle joue le rôle de Chula, Tantoo Cardinal revient au théâtre dans Witch, sur la scène de Soulpepper, à Toronto.
Tout part d’un fait divers : au début du XVIIe siècle, Elizabeth Sawyer est accusée de sorcellerie dans la localité d’Edmonton, au nord de Londres.
Son procès fait l’objet d’une attention immense de la part de la population locale. Quelques mois après son exécution, en avril 1621, trois auteurs écrivent une pièce assez avant-gardiste pour l’époque, intitulée The Witch of Edmonton.
Elizabeth Sawyer y est dépeinte comme une personne victime de la cruauté des hommes.

Nicholas Eddie (à gauche) et Tantoo Cardinal (à droite) dans la pièce « Witch », présentée au théâtre Soulpepper.
Photo : Dahlia Katz
Witch est une adaptation de la pièce originale. Elle en reprend quelques éléments, comme certains des personnages principaux, notamment Franck Thorney (Shawn Ahmed), le paysan adopté par le roi et Cuddy Banks (Thomas Mitchell Barnet), le fils biologique du roi.
Et pour faire le lien, la dramaturge Jen Silverman crée le personnage de Scratch (Nicholas Eddie), autrement dit, le diable en personne.
Des saynètes drôles
L’intrigue se déroule toujours au début du XVIIe siècle. On imagine qu’on est situé quelques années ou quelques mois avant la mort d’Elizabeth Sawyer, puisqu’elle est toujours vivante.
À la manière d’une suite de diapositives, les scènes se succèdent entrecoupées de fondues au noir : Elizabeth Sawyer reçoit la visite du diable, Cuddy Banks se dispute avec Franck Thorney et ce dernier est confronté par son épouse secrète, Winnifred, car elle est enceinte et met ainsi les plans de grandeur de Franck Thorney en péril.
Ces saynètes sont rendues drôles et percutantes, à l’exception de celle où intervient Elizabeth Sawyer qui, bien que suspectée des pires maux, reste l’âme la plus pure de cet univers.
La mise en scène appuie les caractères grotesques et franchement exagérés des personnages, respectant l’esprit du texte qui a inspiré Jen Silverman, à savoir une tragicomédie.

Le diable (Nicholas Eddie) et Elizabeth Sawyer (Tantoo Cardinal) partagent leurs réflexions sur l'importance de l'âme et sa fonction.
Photo : Dahlia Katz
Manque de fil conducteur
En même temps, la pièce pèche par sa construction. On est parfois perdu, comme si plusieurs histoires parallèles se déroulaient sur scène sans qu’on y voit de lien narratif logique. Alors il faut s’accrocher et réfléchir à ce qui donne son sens à Witch.
Il y a le diable, qui est le personnage central. D’ailleurs, Nicholas Eddie vole parfois la vedette à Tantoo Cardinal quand ils sont tous les deux sur scène. Il est drôle, physiquement impressionnant, mais il maîtrise aussi la nuance et les doutes inhérents à son rôle. Il tente de corrompre chacun des personnages, à l’exception du roi.
La question que l’autrice a voulu traiter est celle de l’exclusion, sociale qui conduirait à pactiser avec le diable.
À cela, on peut ajouter l’individualisme et l’appât du gain. On s’interroge nous-mêmes sur le bien-fondé du sacrifice de la morale, afin d’atteindre les promesses faites par le capitalisme.
Des interrogations on ne peut plus actuelles, n’est-ce pas?
Witch, de Jen Silverman, mise en scène de Courtney Ch’ng Lancaster, avec Tantoo Cardinal et Nicholas Eddie. Présenté jusqu'au 1er mars par le théâtre Soulpepper, à Toronto. Durée : 1 h 40.


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