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Après la victoire dans les urnes, l’AfD se prépare à gouverner en Saxe-Anhalt : “Tôt ou tard, le cordon sanitaire va tomber”

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Ulrich Siegmund a laissé planer le doute quelques heures, avant de le confirmer, lundi matin : le grand vainqueur des élections régionales de dimanche en Saxe-Anhalt cherchera bel et bien à former un gouvernement au Parlement régional de Magdebourg. Le leader du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) affirme "tendre la main", et avoir déjà entamé des "discussions" avec certains partis politiques, ainsi qu'avec certains députés à titre individuel, pour obtenir leur soutien.

Avec 43,8 % des suffrages, son parti arrive très largement en tête et enregistre la meilleure performance de sa courte histoire, mais rate la majorité absolue de trois sièges.

Ulrich Siegmund affiche le visage rassurant d'une extrême droite allemande décomplexée : "Il faut regarder entre les lignes"

Un attelage improbable pour gouverner

Concrètement, peu de solutions s'offrent à l'extrême droite pour gouverner en Saxe-Anhalt, la majorité des partis politiques refusant de travailler avec elle. Seule BSW, la petite formation de gauche pro-russe, confirme ne pas s'opposer à une éventuelle élection d'Ulrich Siegmund au poste de ministre-président. Si elle ne souhaite pas former de coalition officielle avec l'AfD, BSW pourrait la soutenir au cas par cas, selon les dossiers. Autre possibilité pour l'AfD : débaucher certains élus chrétiens-démocrates, un scénario jugé "réaliste" par Sebastian Friedrich, coauteur du site Über Rechts.

Pour les chrétiens-démocrates de la CDU, qui dirigent la Saxe-Anhalt depuis vingt-quatre ans, ce scénario est, officiellement du moins, irréaliste. Aucun des quinze députés élus dimanche ne facilitera l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite, assure-t-on à Magdebourg. Une position également défendue par le chancelier Friedrich Merz, qui est par ailleurs président de la CDU.

Fragilisé par l'essor de l'extrême droite, Friedrich Merz ne jette pas l'éponge : "Abandonner n'est pas une option pour moi"

Son parti a voté en 2018 une résolution très claire sur le sujet, interdisant tout travail et toute alliance avec l'AfD. Mais ce principe tiendra-t-il face à l'ampleur de la débâcle encaissée dimanche ? Avec 17,2 % des suffrages, la CDU voit non seulement son score réduit de moitié dans cette région, mais elle y essuie une défaite historique.

Le cordon sanitaire de plus en plus fragilisé

Dans ce contexte, l'avenir du "cordon sanitaire" autour de l'AfD semble plus que jamais fragilisé, et les voix se multiplient depuis plusieurs semaines pour exiger son abandon.

C'est le cas de Frank Ruch, maire de la ville de Quedlinburg, en Saxe-Anhalt, qui rappelle déjà "travailler avec l'AfD au niveau communal". "Le cordon sanitaire est impossible à appliquer dans les communes lorsqu'il s'agit de projets d'écoles ou de culture. Au niveau régional aussi, il faut pouvoir traiter les dossiers au cas par cas, sans faire de coalition avec l'AfD et en gardant à l'esprit le respect des principes constitutionnels", estime-t-il.

Le chercheur Sebastian Friedrich confirme lui aussi la montée de ce positionnement chez les chrétiens-démocrates : "Le cordon sanitaire tient encore officiellement, mais tôt ou tard il va tomber, car sur le terrain, il ne mène pas à l'objectif visé, à savoir l'affaiblissement de l'AfD."

En Saxe-Anhalt, l'extrême droite "a d'ores et déjà marqué l'Histoire"

La victoire sans appel de l'extrême droite pose par ailleurs un défi immense aux chrétiens-démocrates au niveau fédéral. Ce scrutin régional est en effet aussi une sanction très claire de la politique du chancelier et de ses partenaires sociaux-démocrates.

Les thèmes nationaux — hausse du prix de l'essence, crise économique, immigration et guerre en Ukraine — ont occupé la campagne de l'AfD. Au sein même de la CDU, le style cassant et la mauvaise communication du chancelier, ainsi que le contenu des réformes présentées récemment sur le système de santé et les retraites, suscitent aussi de vives critiques. Au point que certains appellent, depuis quelques semaines, au départ de Friedrich Merz et à son remplacement à la chancellerie par une personnalité moins clivante.

"Friedrich Merz est sous une pression énorme, qui va augmenter avec les prochaines élections régionales du 20 septembre", constate Sebastian Friedrich. "Si la CDU encaisse de nouvelles défaites à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, je ne sais pas comment il pourra rester chancelier", juge cet observateur politique.

Pour l'AfD, en tout cas, Friedrich Merz est plus que jamais une cible idéale. "Aucun chancelier n'a été aussi mal aimé que Friedrich Merz", estime Alice Weidel, certaine que les chrétiens-démocrates "ne gagneront plus jamais une seule élection".

La cheffe de l'AfD affiche ses ambitions : atteindre les 40 % des suffrages lors des élections nationales de 2029. Pour cela, elle mise sur la Saxe-Anhalt pour lancer un effet "boule de neige". Prochaines étapes : dans deux semaines, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où l'AfD est créditée de 35 %, puis la capitale, Berlin, où elle approche les 18 % d'intentions de vote.

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