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Politique 06/06/2026 15:54 Actualisé le 06/06/2026 16:02
La mort de Lyhanna provoque une onde de choc en France et dans le débat politique. Gérald Darmanin tente de se dédouaner en ciblant les « défaillances » de l’institution judiciaire.

LUDOVIC MARIN / AFP
Emmanuel Macron et Gérald Darmani (ici début 2024) récusent le manque de moyens alloués à la Justice après la mort de la petite Lyhanna.
Premiers procès. « Furieux » contre les « dysfonctionnements » qui ont pu permettre l’enlèvement et la mort de Lyhanna, cette semaine, dans le Gers, le ministre de la Justice pointe l’institution judiciaire comme principale responsable. « L’indépendance » des magistrats, ce « n’est pas l’irresponsabilité », a soufflé Gérald Darmanin, vendredi soir, dans le journal de TF1, se disant « terrifiés » par les probables « défaillances ».
Pour comprendre ce qui a pu se passer, et ce qui a conduit les services de l’État à ignorer ou minorer les alertes sur le profil du principal suspect ces dernières années, le gouvernement a réclamé une enquête administrative. Elle est confiée à l’Inspection générale de la justice et à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale, et doit être rendue d’ici 15 jours, selon le calendrier imposé par Sébastien Lecornu. Ce n’est pas tout.
En parallèle, Gérald Darmanin convoque tous les procureurs généraux, lundi 8 juin, place Vendôme, pour échanger sur les « failles » en lien avec cette affaire, laquelle provoque une onde de choc dans la classe politique. C’est la première fois qu’il convoque ces magistrats, les plus hauts dans la chaîne judiciaire, après une telle actualité. L’idée, pour le ministre, sera de remettre l’accent sur la politique qu’il souhaite impulser et la priorité qu’il souhaite accorder aux mineurs.
Pointés du doigt, les magistrats se défendent
En somme, on comprend qu’aux yeux de l’exécutif, les défaillances, et donc les responsabilités face à ce drame, sont plutôt individuelles. Surtout pas politique. Avant même les sorties de Gérald Darmanin, le président Emmanuel Macron avait déjà balayé la question des moyens accordés à la justice, en expliquant vouloir « entendre aucun argument » en ce sens. Une forme de défausse (le ministère de la Justice balaye toute idée de démission du Garde des Sceaux) qui ulcère bon nombre de professionnels.
Pointés du doigt par le gouvernement, qui agite la menace de « sanctions », plusieurs acteurs de la justice s’expriment dans la presse ou sur les réseaux sociaux pour dénoncer une entreprise « très violente. » Premières conséquences ? La procureure d’Auch est cible de nombreuses menaces, au point que le gouvernement a porté plainte.
« À quoi va servir l’enquête administrative, si au plus haut sommet de l’État, on a déjà décidé qu’il s’agissait d’une responsabilité personnelle et qu’il n’y a pas de question de moyens dans cette affaire », regrette par exemple Ancelin Nouaille, le vice-président de l’Union syndicale des magistrats, dans les colonnes de Sud Ouest. Dans leur critique, les organisations syndicales sont rejointes par de nombreux avocats et professionnels qui expliquent leur amertume sur les réseaux sociaux face à l’attitude du ministre de la Justice.
Plus rare, la Conférence des procureurs généraux et celle des procureurs de la République ont signé un communiqué commun, vendredi soir, pour essayer de recadrer le débat. « Dans l’attente des conclusions des inspections, d’éventuelles responsabilités ne peuvent être mentionnées et encore moins de prochaines sanctions », écrivent-ils, avant de cibler, sans le dire, le pouvoir en place. Ils soulignent « les stocks de dossiers », « des délais de traitement alarmants, malgré tout l’engagement des enquêteurs », et une politique de « priorisation » qui en l’état a « pour conséquence de délaisser ou de retarder le traitement d’autres catégories d’affaires, comme celles dans lesquelles des mineurs sont victimes ou les infractions sexuelles. »
La question des moyens se pose
Concrètement, les magistrats et les voix critiquent posent la question qui fâche Emmanuel Macron et le gouvernement, celle des moyens. Car, si les derniers gouvernements successifs ont fait de réels efforts pour le budget de la justice, avec une hausse de 8 à 13 milliards d’euros entre 2017 et 2026, l’institution demeure en souffrance.
Un chiffre le démontre, parmi d’autres : selon un calcul réalisé en 2024 par une instance européenne, la France est l’un des pays le plus développés du vieux continent qui investit le moins dans sa justice, avec 77 euros consacrés par habitant. C’est bien moins que l’Espagne 96), l’Italie (100), la Belgique (102), l’Allemagne (136), ou encore les Pays-Bas (138). Une tendance politique de fond qui se ressent encore ce printemps. Contraint par les conséquences de la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement a choisi de geler plus de 400 millions d’euros dans le budget de la justice, faisant de la place Vendôme l’un des ministères les plus affectés par le plan d’économies.
Sur le terrain, les alertes sont nombreuses, et anciennes. En avril 2025, le député du Gers Dominique Taupiac avait pris Gérald Darmanin à témoin sur les difficultés de fonctionnement du tribunal d’Auch, « confronté » précisément « à une pénurie de magistrats et de greffiers, ainsi qu’à des dysfonctionnements informatiques répétés ». « La situation ne cesse de se dégrader » avec « un impact direct et préoccupant en particulier dans des affaires sensibles telles que (...) la protection des mineurs, où des décisions tardives peuvent entraîner de lourdes conséquences », avait-il déploré dans une question écrite au ministre.
De quoi déplacer la responsabilité sur le garde des Sceaux et l’exécutif ? Interrogé sur ces questions vendredi soir sur BFMTV, le porte-parole du ministère de la Justice Sacha Straub-Kahn a parlé de « constat d’échec pour tout le monde », avec un « dysfonctionnement global, probablement de la chaîne de l’État ». Oui, mais jusqu’ou ?


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