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Politique 09/06/2026 17:25 Actualisé le 09/06/2026 17:27
Face à l’incompréhension générale sur les ratés du système judiciaire, le gouvernement cherche à apporter des réponses, tout en se préservant d’un procès en défaillances systémiques.

STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Laurent Nunez, Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu, à l’Assemblée le 2 juin 2026
L’émotion s’est répandue dans le pays dès les premiers jours de la disparition de Lyhanna. Puis c’est la colère qui s’est installée face aux révélations sur le profil du principal suspect, visé par plusieurs plaintes sans n’avoir jamais été inquiété par la justice. Depuis, le gouvernement fait tout pour se montrer à la tâche, entre communication et mesures d’urgences.
Six mille personnes dans les rues de Fleurance dans le Gers pour la marche blanche dimanche. Plus de 60 000 dans toute la France lundi soir, dans des manifestations de colère face aux ratés sur la protection des enfants. À la pression de la rue, s’ajoute la pression politique. Lundi, une conférence de presse a réuni à l’Assemblée nationale des élus allant de la gauche à Horizons, avec la présence inédite de la présidente Renaissance Yaël Braun-Pivet. Son objet : mettre la pression sur l’exécutif pour que soit examinée une proposition de loi transpartisane « visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants ». Lors des questions au gouvernement ce mardi 9 juin, le député EPR Jean-René Cazeneuve en remet une couche : « Ne vous y trompez pas monsieur le ministre, ce sont 68 millions de Français qui attendent des réponses ».
Dans un contexte de précampagne présidentielle, le gouvernement doit aussi composer avec la récupération des candidats qui en profitent pour dégainer leurs propositions : parquet spécialisé pour Dominique de Villepin, interdire la syndicalisation des magistrats pour Bruno Retailleau, sans oublier les critiques sur le fonctionnement de la justice qui fusent de toute part, de la gauche à l’extrême droite.
« Responsabilité collective » cherche responsabilité individuelle
C’est à ce premier procès que le gouvernement a tenté de rapidement répondre. En première ligne, le Garde des Sceaux Gérald Darmanin a reconnu que « l’institution judiciaire n’a pas su protéger cette petite fille ». Le vendredi 5 juin, alors que le corps de Lyhanna vient d’être formellement identifié, le ministre évoque « des défaillances dans l’organisation du service public de la justice », « sans doute aussi chez les forces de l’ordre et (...) dans d’autres services publics », lâche-t-il. Mais s’il endosse une part de « responsabilité collective » inhérente à ses fonctions, le Garde des Sceaux refuse cependant de la porter intégralement. Au fil de ses interventions, il rappelle l’impossibilité légale pour un ministre de la Justice d’intervenir directement dans une affaire, répète que les protections des personnes vulnérables font partie des « priorités » érigées dès son arrivée à Vendôme et exclut ainsi de démissionner.
Au sommet de l’État, on insiste plutôt sur la ou les fautes individuelles. En marge d’un déplacement, Emmanuel Macron a ainsi appelé à « clarifier les responsabilités qui sont à l’œuvre » qu’elles soient « collectives, systémiques » et « éventuellement individuelles. » Gérald Darmanin insiste, lui, sur l’indépendance des magistrats, « responsables de chacune de leur procédure », et évoque, à peine 24 heures après l’ouverture d’une enquête administrative, de possibles sanctions. De quoi indigner les magistrats.
Le gouvernement marche sur une ligne de crête. Reconnaître des défaillances « systémiques », c’est acter une inaction chronique et globale de l’État dans la lutte contre les violences. Un bilan catastrophique à moins d’un an de la fin du bail d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Dans sa toute première réaction au drame du Gers, le chef de l’État a refusé « d’entendre parler de question de moyens dans cette affaire », mettant en avant les investissements dans le budget de la Justice. Mais il lui faut aussi se montrer à la manœuvre et à la hauteur de l’émotion suscitée.
Premières pistes d’urgence
Dès vendredi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a donc annulé une réunion et des annonces sur le narcotrafic - la deuxième « priorité » de Gérald Darmanin. Lundi, le ministre de la Justice a convoqué l’ensemble des procureurs généraux et a expliqué à l’issue avoir commandé un état des lieux « tribunal par tribunal, commune par commune ». Il a réclamé une revue intégrale et rapide des 70 000 plaintes déposées pour des violences sur des enfants pour « que l’on vérifie que des actes d’enquête minimums soient faits. »
Le soir même, Sébastien Lecornu écrivait à son gouvernement pour sonner la mobilisation au-delà des périmètres de la Justice et de l’Intérieur. Les ministres de la Santé, de l’Éducation nationale et de l’Égalité femmes-hommes ont ainsi été invités à participer à une réunion de travail ce mardi matin « pour arbitrer des mesures complémentaires utiles et efficaces » au projet de loi sur la protection de l’enfance, déjà présenté en Conseil des ministres il y a dix jours et qui sera examiné par le Parlement en juillet. Deux pistes ont émergé : un renforcement des peines pour les violeurs en série et l’obligation d’effectuer des actes d’enquêtes « dans un délai maximal de trois mois » après tout signalement relatif à un acte criminel sur un enfant. D’autres mesures sont encore dans les tuyaux : le Premier ministre a dit ne pas vouloir « fermer la porte » au débat sur la prescribilité de certains crimes et a évoqué en parallèle des améliorations à faire sur « la transparence des procédures pour les victimes ».
Ces premières réponses ont reçu un accueil mitigé. La cheffe de file du groupe RN Marine Le Pen a par exemple fait savoir qu’elle les soutiendrait mais a pointé des « lois de circonstances qui agissent à la marge des problèmes ». Le député Liot du Gers David Taupiac a lui mis en garde sur un texte « bricolé dans l’émotion » et « pas à la hauteur des enjeux. » Il réclame l’inscription de la proposition de loi intégrale, rédigée en concertation avec les associations et les experts, à l’ordre du jour de la prochaine session exceptionnelle du Parlement. La convocation de cette session et les textes de loi au programme sont à la main de l’exécutif. Resté discret sur le drame depuis sa première réaction, Emmanuel Macron doit visiter mercredi 10 juin l’Unité d’accueil pédiatrique enfants en danger (UAPED) de l’hôpital parisien Robert-Debré. L’occasion parfaite de passer de la communication aux enjeux de fond ?


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