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L’époque favoriserait-elle le cinéma court métrage, en apparence parfaitement adapté à nos habitudes changeantes de consommation culturelle ? Arguments pour : ces films, qui se regardent en un trajet d’autobus, sont certes conçus pour le grand écran, mais appréciables sur le téléphone ou l’ordinateur portable et apparemment imperméables aux obligations de rendement économique, contrairement aux longs métrages, coûteux à produire. Depuis dix ans, Plein(s) écran(s) y croit : le festival du court pour tous débute mercredi avec sa programmation gratuite, accessible en ligne.
À ses débuts, il y a dix ans, le festival Plein(s) écran(s) paraissait visionnaire : se servir des réseaux sociaux pour « rendre les courts métrages accessibles et faire en sorte qu’il y ait un rendez-vous à cette période de l’année, créer un engouement, parce que le court métrage est difficile à trouver sur écran et peu connu, aussi », explique Ariane Roy-Poirier, directrice générale et artistique de l’événement qui sera lancé à la Cinémathèque québécoise mercredi. Durant la soirée, quatre films, qui seront aussi diffusés en ligne jeudi, seront projetés en présence de leurs artisans.
Et non les moindres : nous apprendrons jeudi si Perfectly a Strangeness, de la réalisatrice montréalaise Alison McAlpine, sera en nomination pour l’Oscar du meilleur court métrage documentaire. Et Mercenaire (avec Marc-André Grondin dans le rôle principal), du réalisateur Pier-Philippe Chevigny, a remporté le prix du meilleur court ou moyen métrage de fiction lors du Gala Québec Cinéma le mois dernier.
Les cinéastes de demain
Seront aussi projetés le court de fiction Chez Ghislaine, de la réalisatrice Franie-Éléonore Bernier, présenté en première montréalaise à Cinemania en novembre dernier, puis Mes murs-mémoire, atypique documentaire sur une peintre et poète autodidacte signé Axel Robin, 27 ans. La relève du court et, un jour, du long métrage : « Plein(s) écran(s) m’a permis de voir mon premier court métrage québécois, raconte Robin. Je devais être en secondaire 4 ou 5. Je me souviens même du film, La peau sauvage, d’Ariane Louis-Seize, et de m’être dit : “Non seulement ça, c’est possible, mais c’est fait ici.” Et ce n’est pas parce que c’est court que c’est moins prenant, que ça provoque moins de frissons ou donne moins envie de créer » à son tour.
Car les réalisateurs et réalisatrices de demain se font d’abord la main au court — ou y reviennent, comme l’a fait Chevigny, qui a signé le long métrage Richelieu en 2023. « Pour moi, le court métrage est un tour de force, parce qu’on cherche à obtenir le même impact émotif, les mêmes histoires riches qu’avec le long métrage, mais en 15 minutes au lieu de 90, dit Ariane Roy-Poirier. C’est un format qui permet de raconter l’histoire différemment, qui permet aussi de prendre de plus grands risques artistiques, puisqu’il joue moins le jeu économique : on ne fait pas du court pour s’enrichir. C’est donc un terreau fertile pour le cinéma plus expérimental, pour des sujets plus durs, plus tabous. »
Se détacher de Meta
Au Québec, le festival Regard (la 30e édition aura lieu du 18 au 22 mars), présenté à Saguenay, s’est imposé comme le rendez-vous du court métrage. Plein(s) écran(s) est né du constat que ce format demeurait difficile d’accès pour les cinéphiles ; l’idée de proposer les films gratuitement sur Facebook était donc une manière d’aller chercher le public sur un réseau populaire. Dix ans plus tard, le festival quitte l’écosystème de Meta, offrant sa programmation sur son propre site Web.
« Ça fait quand même déjà quelques années que les films sont disponibles en parallèle sur notre site Web, spécifie la directrice. On était conscients que les jeunes sont moins sur Facebook et on voulait offrir la programmation à ceux qui n’ont pas d’intérêt pour les réseaux sociaux. Surtout, ce qui nous réjouit, c’est qu’on investira beaucoup moins d’argent dans Meta pour rejoindre notre public », ajoute Ariane Roy-Poirier. Les politiques du réseau sont devenues « incompatibles avec nos valeurs ». « C’était rendu inconfortable d’encourager les gens à se rendre sur cette plateforme pour visionner les films. »
Se détacher de Facebook « est probablement le plus grand changement que traverse le festival depuis ses débuts », explique la directrice générale, tout en rappelant que l’organisation a lancé plusieurs chantiers dans les dernières années, de l’association avec le Prix collégial du cinéma québécois à la programmation itinérante Par-court (des projections gratuites organisées dans dix villes au Québec), en passant par son programme scolaire d’activités d’éducation à l’image et de projections.


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