Dans son bureau, quelques objets racontent l’homme mieux que de longs discours: un morceau de châtaignier tessinois sculpté par son fils représentant une multitude de visages; un éclat de bois provenant d’un cimetière de bateaux de migrants à Lampedusa; et cette photo de pères palestiniens se démenant pour obtenir un sac de riz. «C’est l’échec d’une société», glisse-t-il, l’œil soudain humide. Karim Boubaker ne se contente pas de soigner les corps, il observe les cassures du monde.
Né à Lausanne en 1966, il est le fruit d’un métissage qui dessine déjà une ouverture sur l’ailleurs: une mère aux origines germano-italiennes et un père tunisien, arrivé en Suisse dans les années 1960 pour étudier à l’EPFL avant de devenir ingénieur. De cette enfance passée dans la campagne morgienne, au pied du Jura, il a gardé le goût des choses terre à terre, du jardinage et du travail manuel. Mais c’est vers la médecine qu’il se tourne en 1986, après un service militaire.


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