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Angine de Poitrine donne le ton rock du deuxième jour d’Osheaga

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Khn et Klek sont partis en voyage. La semaine dernière, ils jouaient devant une foule monstre au Fuji Rock Festival, organisé au pied d’une montagne de ski dans la préfecture de Niigata, au Japon. La veille au non moins prestigieux Newport Jazz Festival, dans le Rhode Island, et ce samedi en début de soirée sur la scène principale du festival Osheaga. Les frontières se sont abattues pour le duo Angine de Poitrine, qui a joué au parc Jean-Drapeau devant autant de fans que de spectateurs médusés, en en convertissant quelques-uns, lui souhaite-t-on.

Un mois seulement après avoir attiré une foule record au Quartier des spectacles pour son concert à l’affiche du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), les rockeurs atypiques, les musiciens québécois les plus hauts sur l’affiche de cette 19e édition d’Osheaga, doublaient la mise. Quel été, et quel concert, qui a débuté avec force sur le groove quasi-métal de Yor Zarad, tiré de leur second album Vol. 2.

Cette apparition à Osheaga a été planifiée peu avant le grand concert au FIJM, a-t-on appris. Elle repousse aussi encore plus loin l’horizon ce qu’un band expérimental issu de la scène indépendante québécoise peut accomplir tout en demeurant fidèle à ses idéaux artistiques. En fin de journée samedi, la plaine du parc Jean-Drapeau était noire (avec des picots blancs) de monde pour voir de près, ou de loin, le phénomène rock de l’heure, qui a présenté une version écourtée du concert gratuit le mois dernier au centre-ville. On applaudit — ou on forme un triangle en l’air avec nos mains.

Coupe de botte et mosh pit

Angine de Poitrine a ainsi lancé notre trajectoire rock de cette deuxième journée d’Osheaga, trajectoire dont seule la Britannique Little Simz nous a fait dévier en début de soirée à l’autre bout du site, quoique ses premières chansons éclatassent de rythmes bruts, assénés par un efficace, mais classique, orchestre (basse, batterie, guitare). La meilleure MC du Royaume-Uni, qu’on reverra au Centre Bell le 3 octobre en première partie de Gorillaz, s’amenait avec les chansons nouvelles de Lotus, lancé l’été dernier, mais gardait dans sa manche quelques titres de ses cinq précédents albums.

La rappeuse a donné la monnaie de sa pièce à JID hier, dont nous saluions la prosodie agile ; Little Simz a la rime toute aussi dynamique, un sens du groove aiguisé en prime. Au bout de trois ou quatre chansons, l’orchestre a quitté la scène, la laissant seule aux commandes d’une station de DJ, la musicienne rappant et chantant sur les rythmiques afrohouse qu’elle balançait. En un instant, le parterre est devenu un vaste plancher de danse, l’humidité ambiante ajoutant à l’atmosphère festive.

Juste après elle, vers 19 h et sur la scène voisine (de la Vallée), le joyau crasseux de la soirée, les Suédois de Viagra Boys, mené par l’Américain d’origine Sebastian Murphy, bedaine tatouée en évidence, vers fumés sur le nez, canette de bière à la main. Et devant lui, le premier mosh pit dont nous avons été témoins durant cet Osheaga : ce fut brutal et dansant, le coup de botte au visage que nous espérions. Leur punk boosté par des solos de saxophone fouette le festivalier suintant, dans les jambes et dans le cœur — en présentant « Troglodyte », Murphy a évoqué la menace des « fascistes » et lancé un appel à « libérer la Palestine ».

Cette belle soirée ne s’est pas arrêtée là : après le retour des vétérans écossais Franz Ferdinand, le groupe hardcore américain Turnstile a foulé la scène encore chaude du passage des Viagra Boys. Le groupe a lancé son tour de chant de la même manière qu’il ouvrait l’excellent album Never Enough, avec son étonnante chanson titre gavée de synthés, presque pop.

Trompeuse introduction ! Dès « T.L.C. (Turnstile Love Connection) » tirée de Glow On (2021), Turnstile a enfoncé la pédale hardcore jusqu’à la fin de leur case horaire, et rebelote le mosh pit ! Une grosse douzaine de titres, les bombes « Mystery » et « Blackout » gardées pour la finale avec « Birds » du dernier album, un Brenan Yates (chanteur de son état) qui, à toutes les deux chansons, s’enquérait du bien-être de son public, particulièrement ceux des premiers rangs qui se percutaient comme des boules de billard. Si on hésite à savoir qui de Viagra Boys ou de Turnstile a offert le concert de la journée, on penchera pour les seconds en raison de cette totale communion ressentie entre les musiciens et l’auditoire, ce genre de célébration du rock et de son exaltant pouvoir qu’on ressent lors des beaux moments de musique.

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