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Donald Trump et ses politiques économiques mènent la vie dure aux ambitions québécoises et canadiennes en matière de lutte aux changements climatiques, selon des experts. La directrice et membre du comité scientifique du Climatoscope, également professeure agrégée en environnement à l’Université de Sherbrooke, Annie Chaloux, lève un drapeau rouge.
La Pre Chaloux signe un article sur le sujet dans le 8e numéro du Climatoscope, paru au début du mois d'octobre. Elle est revenue sur cet ouvrage en entrevue au Téléjournal Estrie, voici son analyse.
Q. Votre article souligne que les politiques de Donald Trump ne nuisent pas directement à la lutte aux changements climatiques. Ce sont plutôt ses mesures économiques qui feraient reculer nos ambitions, de quelle façon?
R. Ce qu'on peut voir, c'est que le Québec, traditionnellement, a vraiment une histoire de relations internationales, de liens économiques très forts avec les États américains. Ce qu'on a pu observer dans cet article-là, c'est que l'anticipation de ce qui allait se passer aux États-Unis a mené à beaucoup de transformations dans notre politique climatique, sur notre territoire, en réduisant l'ambition, en modifiant certaines pratiques. Même sur le plan du discours politique, on a vu beaucoup de changements.
Q. Mark Carney, Christine Fréchette et maintenant Paul St-Pierre Plamondon n'ont pas le choix de tendre la main à nos entreprises. Est-ce inévitable que ça se fasse au détriment de la carboneutralité?
R. Pas du tout. En fait, il y a plusieurs actions climatiques qui peuvent être mises en place, qui peuvent structurer l'économie de demain avec des investissements massifs du gouvernement fédéral et du gouvernement du Québec. On peut s'attendre à ce qu'ils investissent dans l'économie verte, dans des sources très faibles en émissions de carbone.

Annie Chaloux, directrice du Climatoscope et professeure agrégée en environnement à l'Université de Sherbrooke.
Photo : Facebook - Annie Chaloux
L'histoire nous le montre très bien. Plusieurs études ont montré que plus on continue et on reste dans du développement économique hautement carboné — on peut penser aux pipelines, aux oléoducs et autres —, ce sont des infrastructures qui restent dans la durée, qui nous empêchent à long terme d'atteindre nos objectifs. Au Québec, on a pourtant beaucoup d'avantages sur le plan énergétique et de l'innovation qui nous permettraient de faire un virage beaucoup plus substantiel, tout en luttant contre les changements climatiques.
Q. Ça coûte tout de même cher à nos entreprises de devenir plus vertes, et même si ça rapporte parfois à long terme, c'est maintenant qu'elles ont besoin d'argent. C'est quoi, la solution?
R. Elle se fait à différents niveaux. Je pense que d'une part, il faut comprendre les besoins réels des entreprises au moment où on se parle, mais il y a aussi beaucoup d'actions qui peuvent être faites pour aider les contribuables et les entreprises.
Ça se fait notamment dans le secteur des transports : plus on promeut, par exemple, la mobilité durable, plus on met en place ces infrastructures, bien d'une part, on réinjecte de l'argent dans notre économie. En même temps, on permet aux contribuables d'avoir plus d'argent dans leurs poches. Comment? Par exemple, en délaissant la voiture individuelle, en permettant [aux citoyens] d'avoir une meilleure santé. Je pense qu'on édulcore quand on regarde simplement la relation économique entre le Québec et les États-Unis.
Q. On a justement moins entendu parler d'environnement lors de la campagne électorale au provincial. De plus, vous constatez ces reculs quant aux cibles climatiques. Quelles peuvent être les conséquences de cette situation chez nous?
R. Je pense qu'il ne faut pas sous-estimer tous ces va-et-vient qui ont été faits au fil du temps. Le consensus scientifique est clair à l'égard de la question des changements climatiques, et nos décideurs ont une responsabilité à cet égard-là. Quand on dit d'un côté, pendant quelques années, que c'est une priorité, qu'on va investir, qu'on va être des leaders en Amérique du Nord, mais que, finalement, une crise arrive et tout de suite, on recule en disant que la transition va être reportée de quatre ans, ça crée une dissonance cognitive.
Ça fait en sorte que même nous, comme citoyens, on se dit : "Est-ce que c'est urgent ou pas? Pourquoi agir, pourquoi moi, je ferais ces changements-là?" Je pense que la cohérence gouvernementale est la clé du succès si on veut parvenir à lutter contre les changements climatiques, a conclu l'experte de l'Université de Sherbrooke.


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