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Anaïs Pellin écrit « un théâtre jeune public qui titille les sujets de la vie »

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La dramaturge francophone de Vancouver a adapté le conte mythique de La Petite Sirène de Hans Christian Andersen. Lors d'une entrevue, elle a eu l'occasion d'évoquer les thématiques charriées par ce conte, le rôle du théâtre dans l'éveil des enfants et la réalité d'écrire en milieu minoritaire.

Les propos, présentés ci-dessous, ont été synthétisés à des fins de concision et de clarté.


Petite Ondine, c’est une adaptation libre de la petite sirène. Pourquoi avoir décidé de vous attaquer à ce mythe de la littérature ?

Anaïs Pellin : Comme beaucoup de personnes, j’ai découvert le mythe de La Petite Sirène par l’imaginaire des films animés de Disney. Dans ces versions, la fin est positive, joyeuse! Alors qu’en fait, à la lecture de la version originale, on découvre que la fin n’est pas si positive que ça, car la petite sirène se retrouve seule!

Mais c'est un personnage qui m'a toujours attiré, depuis que je suis enfant. Alors, quand un collectif d'artistes visuels m'a demandé une adaptation du texte en théâtre d’objet en solo, j'ai vite réalisé tout le potentiel de cet univers.

Une main tient une figurine de la petite sirène devant un miroir.

« Petite Ondine » mélange de la vidéo, du théâtre d'objets et du chant, pour installer un univers immersif. Une manière de faire voyager les jeunes publics.

Photo : Gaetan Nerincx

Pour moi, ce qui est très fort dans le conte d'Andersen, c'est le désir de cette sirène qui devient une jeune fille et qui souhaite s'extraire de sa famille. Et cette volonté de liberté ne vient pas du fait qu’elle ne les aime pas, mais du fait qu’elle se sent inadéquate dans son environnement. Et je pense que c’est un sujet vraiment important à aborder avec les enfants … et les adultes aussi d’ailleurs ! (rires)


Qu’est-ce que vous avez voulu garder du texte et de l’histoire originale? Et qu’est-ce que vous avez voulu ôter?

J’ai souhaité garder cette quête de liberté qui habite le personnage principal. Je n'ai pas gardé l'idée du conte initial qui imagine un monde imaginaire parfait, qui explique pourquoi La Petite Sirène souhaite devenir humaine et quitter son milieu. J’ai voulu ramener ça à simplement une soif d’ailleurs et de découverte.

Et le personnage principal que j'ai imaginé voit sa vie dictée par les autres, notamment son père et roi, personnage qu’on devine dominant et contrôlant. J’ai voulu développer cette quête de liberté qui répond à une forme de coercition.

Ce déchirement de la Petite Ondine, entre l’amour envers ses proches et sa quête de liberté et de découverte, renvoie beaucoup aux réalités des francophones qui sont souvent amenés à quitter leurs communautés, provinces, voire pays.


La pièce a été produite en écriture de plateau. C'est-à-dire que vous adaptez son écriture au contact des deux comédiennes, Thérèse Champagne et Ghislaine Doté, qui ont amené leurs propres touches personnelles. De ce processus, ressort une pièce de théâtre d'objets avec de la vidéo et du chant. En quoi ces procédés dramaturgiques ajoutent-ils quelque chose au récit?

Ghislaine [Doté, qui joue Petite Ondine], a une formation de danseuse et elle est une excellente chanteuse. Alors, quand on a fait des ateliers et laboratoires ensemble, elle a tout de suite amené cette dimension avec elle et j'ai vite compris dans quelle mesure ça ajoutait quelque chose de très riche au récit.

Thérèse Champagne et Ghislaine Doté, deux comédiennes, jouent sur scène.

Thérèse Champagne et Ghislaine Doté, les deux comédiennes de la pièce, ont participé à l'écriture de plateau en apportant leur touche d'interprétation au texte « Petite Ondine » écrit par Anaïs Pellin.

Photo : Gaetan Nerincx

Lors d’une session de travail, Ghislaine a proposé le répertoire de Nina Simone et ça a été comme l’épiphanie! La mélancolie, l’espoir et l'univers de Nina Simone, ça fonctionnait en tout point! Même si le contexte de création de cette artiste était complètement différent, évidemment.

Et puis, comme on voulait faire du théâtre d’objets sans réduire la taille du public, j'ai intégré la vidéo et la projection pour avoir des plans élargis des petits objets intimistes qu’on utilise sur scène.


Vous écrivez principalement pour le jeune public. Pourquoi ce public vous intéresse-t-il particulièrement?

Les enfants, c’est un public qui n'a pas forcément choisi d’être là, car les enfants sont amenés par leurs parents ou l’école. Alors, le défi, c’est d'attirer leur intérêt.

Cela amène à plus de liberté et à prendre plus de risques, car les enfants sont très exigeants. Si vous ne les satisfaisez pas, ça devient vite le chaos dans la salle et le spectacle en est forcément affecté (rires).

Surtout, je trouve que les enfants sont confrontés, comme les adultes, aux grands sujets de la vie, la frustration, les grandes colères, les joies, etc. Alors c’est important de faire du théâtre qui viendra titiller chez eux ces sujets profonds et complexes. Je pense que tous ces sujets difficiles sont présents dans toutes les cours de récréation!

J’ai d'ailleurs travaillé sur un autre texte qui s’inspirait du conte du Petit Chaperon rouge pour évoquer les violences sexuelles intrafamiliales. C’est un autre thème difficile et lourd, mais c’est malheureusement la réalité de beaucoup d’enfants dans le monde.


Dans quelle mesure votre situation d’autrice dramatique francophone en milieu minoritaire influence-t-elle votre travail?

Dans le contexte francophone minoritaire qu’on connaît, c’est sûr que le bassin artistique est beaucoup plus restreint. Donc, on doit composer avec moins de moyens, moins de ressources. Je pense notamment aux concepteurs lumières et sons et techniciens.

Mais, en même temps, ce bassin plus réduit fait naître une belle entraide entre nous et je ressens cette solidarité de la francophonie canadienne de Vancouver à Montréal!

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