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Le conducteur d’un camion semi-remorque qui a aplati comme une crêpe une voiture l’été dernier à Québec s’en tire à bon compte; il n’aura qu’à payer une amende de 59 $ pour avoir ignoré la signalisation locale.
Vers 22 h 30, le 30 juillet, le conducteur d’un camion de 53 pieds de la compagnie Safex Transport a embouti une Toyota Echo stationnée en bordure de rue dans le quartier Limoilou. Le chauffeur circulait sur la 4e Rue, en direction est, quand il a entamé un virage à droite en vue de rejoindre la 6e Avenue.
N’ayant apparemment pas le dégagement nécessaire pour compléter sa manœuvre, le conducteur a écrasé la Toyota avec les roues arrière de sa remorque. Heureusement, personne ne se trouvait à bord du véhicule. Une autre voiture inoccupée a aussi été endommagée lors de la tentative de virage infructueuse.

Par chance, personne ne se trouvait à bord de la voiture écrasée. (Photo d’archives)
Photo : Steve Jolicoeur
Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a mentionné à Radio-Canada que le conducteur du camion semi-remorque avait reçu un constat d’infraction pour avoir contrevenu à l’article 310 du Code de la sécurité routière.
Celui-ci stipule que toute personne est tenue de se conformer à la signalisation installée en vertu du présent code. Concrètement, le conducteur n’était pas autorisé à circuler au volant d’un poids lourd dans cette portion du quartier Limoilou. Seuls les camions effectuant des livraisons y sont autorisés.
Le SPVQ précise que le montant d'une amende pour non-respect de l'article 310 s'élève à 59 $. Il ajoute qu’aucun autre constat d’infraction n’a été signifié en lien avec l'événement du 30 juillet, que ce soit à l’encontre du conducteur ou de l’entreprise propriétaire du camion semi-remorque.
Stupeur
L’accident avait provoqué la consternation de nombreux résidents de Limoilou, étonnés de voir qu’un tel véhicule a pu s’aventurer dans un quartier résidentiel aux rues étroites.
Malgré son côté spectaculaire, l’événement n’est pas de nature à déclencher une enquête de la Commission des transports du Québec (CTQ), étant donné qu’il n’a entraîné aucun blessé ou décès.
Un accident avec dommages matériels seulement n’est pas un événement qui génère, à lui seul, le transfert du dossier à la [CTQ], affirme la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) dans un courriel à Radio-Canada.

Ce véhicule utilitaire sport a également été endommagé au cours de la manœuvre du camion semi-remorque. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Zachary Sanche
Pour des raisons de protection des renseignements personnels, la SAAQ n’est pas autorisée à dire si l’accident sera inscrit au dossier du conducteur du véhicule lourd et de son exploitant, Safex Transport.
Les critères pour ce type de procédure laissent toutefois présager que ce sera le cas. Ces critères sont :
Un agent de la paix a rempli un rapport d’accident;
Un des véhicules impliqués dans l’accident a dû être remorqué;
Les dommages matériels excèdent 2000 $
Chaque accident inscrit au dossier d’un conducteur de véhicule lourd et de son exploitant reçoit une pondération allant de 1 à 6 points, selon la gravité de l’événement. Lorsque l’exploitant ou le conducteur atteint ou dépasse 100 % du seuil de point à ne pas attendre, son dossier est transféré à la CTQ.
La SAAQ indique que les accidents avec dommages matériels seulement survenus sur le territoire de l’île de Montréal et des villes de Longueuil, de Laval et de Québec (comme c’est le cas ici), ainsi que sur le réseau routier de remorquage exclusif sont pondérés à 1 point.
Phénomène des « chauffeurs inc. »
L’entreprise Safex Transport est réputée recourir aux services de conducteurs incorporés, mieux connus sous l’appellation « chauffeurs inc. », une pratique légale, mais fortement décriée dans l’industrie du camionnage.
Les « chauffeurs inc. » sont recrutés à titre d’entrepreneurs indépendants, et ce, bien qu’ils ne possèdent pas leur propre camion, contrairement aux voituriers remorqueurs, ou brokers, en anglais.

Le 11 septembre 2025, un camion de l’entreprise Safex Transport avait percuté une voiture immobilisée derrière un autobus scolaire à Notre-Dame-du-Sacré-Cœur-d’Issoudun, dans la région de Chaudière-Appalaches. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Sébastien Vachon
Les entreprises qui ont recours aux services des conducteurs incorporés ne leur paient aucun avantage social, puisque ces derniers ne sont pas considérés comme des employés. Elles n’ont pas non plus à prélever de retenues à la source ni à payer leurs cotisations d’employeur.
Des organisations comme l’Association du camionnage du Québec (ACQ) voient dans le recours aux « chauffeurs inc. » une pratique anticoncurrentielle, puisqu’elle permet aux transporteurs de réduire considérablement leurs coûts d’exploitation (de 20 à 30 % si l’on en croit l’ACQ).
Enjeux de sécurité?
Des acteurs du camionnage reprochent en outre aux transporteurs qui recrutent des conducteurs incorporés d’avoir peu de considération pour les standards de qualité et de sécurité de leur industrie.
Radio-Canada a tenté d’entrer en communication avec Safex Transport, notamment pour connaître le statut du conducteur impliqué dans l’accident du 30 juillet et savoir si elle avait toujours recours à ses services.
Au moment d’écrire ces lignes, l’entreprise n’avait pas donné suite à notre courriel et au message téléphonique que nous avons laissé sur sa boîte vocale.


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