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Qu’est-ce qui est pire ? Se faire évincer de la maison de Big Brother après une semaine, ou démissionner de son poste de premier ministre après un peu plus de sept années au pouvoir ?
La question est moins légère qu’elle n’en a l’air. Je sors à peine de cette téléréalité qui rassemble seize personnalités sous un même toit, afin qu’elles s’éliminent entre elles et qu’il n’en reste plus qu’une à la fin. J’avais volontiers accepté ce défi pour nourrir mon appétit des jeux et des rencontres humaines. Sans oublier la prépondérante question financière et celle de la visibilité inhérente à mon métier.
Mon aventure y fut courte, mais ô combien enrichissante ! En constatant l’état du monde après une semaine coupée de toutes les actualités, j’ai mesuré à quel point les parallèles entre cette microsociété télévisuelle et la société qui la regarde peuvent être confondants. Je pense plus spécialement aux alliances, à l’attrait du pouvoir et aux trahisons.
Le point commun le plus visible est cette tendance toute naturelle que nous avons à nous entourer de gens qui nous ressemblent. Lorsqu’il faut créer une équipe soudée pour affronter la tourmente, nous sommes inconsciemment guidés par nos biais cognitifs. Ce phénomène est vieux comme le monde, comme le prouve la maxime latine similis simili gaudet, que l’on peut traduire par « qui se ressemble s’assemble ».
Lorsque l’on convoite le pouvoir ou qu’on y accède, il est fréquent que des personnes provenant du même milieu social, de la même culture ou de la même génération se regroupent. Rappelons-nous le gouvernement Couillard, formé de plusieurs médecins, ou celui de François Legault, composé de plusieurs personnes venant du milieu des affaires. Il est tout à fait normal d’articuler sa garde rapprochée autour d’individus avec qui l’on partage un même vocabulaire, un même vécu. En sociologie, on parle d’homophilie. Si, en tant que société, on ne s’en méfie pas, cela peut mener à la marginalisation de certains groupes, voire à de la discrimination systémique.
Dans ladite maison, j’ai pu observer un autre penchant humain fascinant. Lorsque quelqu’un est montré du doigt — incidemment ici, lorsque quelqu’un est mis en danger —, les gens qui, auparavant, semblaient être de leur côté se désolidarisent à la vitesse grand V. Il ne fait visiblement pas bon d’être vu à côté des gens en perte de popularité.
Les membres de la Coalition avenir Québec (CAQ), en regardant la dégringolade de leur parti dans les sondages, l’ont montré de manière flagrante. Pensez aux démissions de la députée Blanchette Vézina ou des ministres Fitzgibbon, Carmant et Dubé. Pensez aussi au retrait annoncé des ministres Guilbault, Roy ou LeBel, une fois ce mandat terminé.
Si, en apparence, le reste du caucus caquiste semble encore soudé à son chef, il y a fort à parier qu’en coulisses, d’autres élus ont commencé à évaluer leurs options pour éviter de sombrer avec le navire. Nous ne sommes pas dupes. Certaines plantes ne peuvent pas pousser sans tuteur, surtout quand le sol s’assèche et que la lumière vient à manquer. Ce sera à François Legault, telle une figure de proue, d’affronter seul les derniers vents contraires !
Bien que je partage peu d’atomes crochus, politiquement parlant, avec le premier ministre démissionnaire, je suis capable d’empathie pour l’humain qu’il est. J’imagine que ses nuits ont été courtes et angoissantes ces dernières semaines. Lorsqu’on sent que la situation nous échappe, la panique monte et, même si on nourrit toujours l’espoir de trouver une sortie de crise, on peut être envahi par une solitude et une tristesse qui rongent.
Une sortie, en politique, c’est d’ailleurs souvent douloureux. Celle de M. Legault a certainement un goût amer, lui qui a décidé de partir « pour le bien » d’un Québec qui, aujourd’hui, ne veut plus de lui. Ma sortie de la maison de Big Brother, elle, ne laissera aucune amertume ni aucune déception. Ce que l’on peut voir dans l’émission n’est qu’une infime partie de ce que j’ai pu vivre en étant filmée 24 heures sur 24 avec ces joyeux troubadours. Si j’en tire certaines leçons sur les rapports humains, j’en sors avant tout enrichie du souvenir de centaines de fous rires et de nouvelles amitiés pour la vie.
Je vois tout de même un dernier parallèle entre la maison que j’ai quittée et le monde de la politique lorsqu’il tombe sous l’influence de gens menaçants. Sur l’échiquier mondial, Trump représente peut-être le joueur le plus menaçant en raison de son instabilité, mais aussi de son ambition à mettre la main sur des territoires étrangers, comme le Groenland, ou de sa manie de vouloir asseoir son autorité et son influence en écrasant des pays souverains, comme le Venezuela. Même si les autres pays sont conscients de la menace qu’il leur pose, ils ne peuvent pas le confronter frontalement de peur de déclencher une réaction qui leur serait encore plus dommageable.
On s’entend, il n’y a aucune commune mesure entre ce qui se passe à Washington et ce qui se joue à Big Brother. Reste qu’on y trouve ces jours-ci un joueur ou une joueuse (ne comptez pas sur moi pour dénoncer les collègues, il vous faudra écouter l’émission pour deviner de qui je parle) qui étend son influence de manière stratégique tout en étant craint par les autres. Le seul moyen qui reste pour contrer son influence grandissante, c’est la force du nombre. Il faut que les forces opposées se rallient pour la sortir du jeu. Facile, dites-vous ? C’est tout le contraire, je vous l’assure. Et si c’est aussi difficile dans une téléréalité ludique et bénigne, imaginez combien ce peut l’être en politique internationale, quand c’est la stabilité et la sécurité du monde entier qui est en jeu !


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