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Les prémisses d’Alice and Steve ont de quoi déstabiliser. Steve, interprété par Jemaine Clement (Flight of the Conchords), a la cinquantaine. Après une soirée bien arrosée, il tombe amoureux d’Izzy, à qui Yali Topol Margalith (Meurtre mode d’emploi) prête ses traits. C’est la fille de sa meilleure amie et elle a la moitié de son âge… Alice, incarnée avec un aplomb jouissif par Nicola Walker (Unforgotten), l’apprend et décide de tout faire pour détruire cette relation. Ce qui commence de la même manière qu’une comédie romantique aux contours familiers se révèle dès le deuxième épisode comme quelque chose de plus complexe, de plus honnête et de nettement plus drôle.
La série est prévisible, c’est vrai. Certaines révélations se devinent dès le premier épisode : la blague qu’Alice fait sur le fait que Steve pourrait être le père biologique d’Izzy, par exemple, on l’attend depuis le début et elle arrivera enfin au détour d’un énième rebondissement. Mais la scénariste Sophie Goodhart (Sex Education) joue habilement et en connaissance de cause sur ce terrain, et la fin n’en est que plus inattendue et touchante. On comprend alors qu’on s’est laissé embarquer malgré tout, presque sans s’en rendre compte.
Impulsive, frontale et excessive
Ce qui retient vraiment l’attention, c’est la manière dont la série traite une large gamme d’émotions, pas tout à fait positives. Il y a ainsi la colère. Celle-ci n’a pourtant rien de dramatique, comme on a déjà pu le voir sur les écrans dans les grandes scènes de rupture. Elle est plutôt spontanée et chaque personnage la vit à sa façon. Alice est impulsive, frontale, parfois franchement excessive, tandis que Daniel, son mari, campé par Joel Fry (Game of Thrones), reste dans la retenue, absorbe et se replie. Ces deux façons d’être en colère sonnent juste et c’est là qu’Alice and Steve gagne en densité. On est alors dans une série qu’on pourrait qualifier d’antiromantique. L’amour est bel et bien toujours là, tenace, mais il doit se frayer un chemin à travers les ego blessés, les peurs inavouées et les mauvaises décisions.
Les personnages principaux sont attachants précisément parce qu’ils sont faillibles, et les rôles secondaires sont tout aussi remarquables. La relation entre Dom (Tyrese Eaton-Dyce, Sherwood), le fils d’Alice et de Daniel, et Rome (Eilidh Fisher, Dope Girls) se développe en filigrane avec une douceur bienvenue dans un contrepoint calme au chaos qui règne autour d’eux. Il y a aussi Val, la mère d’Alice, jouée par Marcia Warren (The Crown), dont chaque apparition est une leçon de comédie. Son humour pince-sans-rire, distillé en quelques répliques bien placées, est en effet l’un des grands plaisirs de la série.
De fait, c’est l’humour britannique qui fait office de solvant au fil des six épisodes. Ironique, sarcastique, absurde, il dissout les dernières réserves qu’on pouvait avoir quand on repense aux prémisses. On rit souvent, parfois franchement, et c’est dans ces éclats que la série — récompensée à Canneseries cette année du prix de meilleure série, du prix spécial d’interprétation pour l’ensemble de la distribution et du prix du jury lycéen — se montre sous son meilleur jour. La réalisation de Tom Kingsley (This Is Going to Hurt) reste sobre, au service des acteurs, et le rythme est bien dosé.
Et puis, une grossesse s’invite dans l’équation. Les personnages doivent alors reconsidérer leur position plutôt que de garder un cap qui les mène droit dans le mur. C’est le moment où Alice and Steve, sous ses airs de comédie légère, montre ce qu’elle explore vraiment : le désir de contrôle, la jalousie, les difficultés de l’amour inconditionnel. Alice ne sabote pas seulement la relation de Steve et d’Izzy parce qu’elle juge l’écart d’âge problématique. Elle sabote quelque chose qui la menace, elle, dans ce qu’elle a de plus intime. Ce n’est donc pas une série sur une romance improbable et potentiellement dérangeante entre un homme d’âge mûr et une jeune femme. C’est une série sur ce qu’on fait avec ce qu’on ressent, quand les émotions sont si fortes, viscérales, qu’elles ne nous appartiennent plus vraiment.


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