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Au terme de trois jours d’audience, quatre ans de prison avec sursis pour homicide involontaire ont été requis ce jeudi à l’encontre de Christophe Ellul, dont le chien Curtis aurait tué Elisa Pilarski. Pour l’animal, c’est la mort par euthanasie qui est sollicitée par le parquet.
Au tribunal de Soissons (Aisne), Aurélien Poivret - Hier à 19:37 | mis à jour hier à 23:22 - Temps de lecture :
Finalement, il n’a pas changé d’avis. Le revirement opéré mercredi par Christophe Ellul, laissant entendre que son chien Curtis pouvait avoir tué sa compagne Elisa Pilarski le 16 novembre 2019 en forêt de Retz, dans l'Aisne, n’en était pas vraiment un. « Je n’ai pas fait d’aveux », a-t-il corrigé dès ce jeudi matin devant le tribunal correctionnel de Soissons - comme il l’avait d’ailleurs déjà suggéré la veille au soir.
Ce qui a provoqué l’ire de l’avocat de la Société de vénerie, dont les chiens de chasse sont mis en cause par le prévenu alors que tout les disculpe. « Qu’est-ce que vous ne comprenez pas ? », tonne Me Guillaume Demarcq. « Vous êtes prisonnier de quoi ? On vous met les preuves sous le nez ! » La dernière présentée à l’audience, c’est l’ADN de Curtis. Il a été retrouvé sur les cheveux ensanglantés d’Elisa, arrachés à son crâne. « Sur toute la chevelure », précise Me Demarcq, qui voit là une attaque d’un animal entraîné au mordant : « Plus elle se débattait, plus le chien ajustait sa prise. » « C’est votre analyse », rétorque le prévenu, inflexible et toujours enclin à penser qu’on a voulu faire de Curtis un coupable à tout prix.
« Un terreau favorable pour que le drame se produise »
« Dès le début, Monsieur Ellul a cru que tout le monde complotait contre lui », se souvient d’ailleurs Nathalie, la mère de la victime. Invitée à s’exprimer ce jeudi à la barre, cette petite femme discrète, qui vit dans le Béarn, constate que « tout nous amène à penser que c’est Curtis qui a attaqué Elisa ». Au terme de ce procès, « le petit pourcentage de doute que j’avais au fond de ma tête, je ne l’ai plus », confie-t-elle.
À force de l’entendre nier l’évidence, la procureure de la République se demande si Christophe Ellul ne cache pas d’autres secrets. Notamment sur la macabre découverte du corps d’Elisa, sur lequel son pitbull était peut-être encore en train de s’acharner. « Est-ce que vous avez vu Curtis avec le scalp de votre conjointe dans ses crocs ? », interroge Laureydane Ortuno. Le prévenu assure que non. Mais elle n’en croit pas un mot. « Cette attaque de Curtis, elle est compatible avec tous les éléments du dossier », résume la voix de l’accusation, qui soupçonne le quinquagénaire d’avoir toujours voulu mettre Curtis « hors de cause ».
Si Curtis est le meurtrier, son maître est-il forcément responsable du drame ? « Ce que l’on vous reproche, c’est d’avoir mis en place un terreau favorable pour que le drame se produise, mais sans l’avoir voulu à aucun moment », expose la magistrate. Laureydane Ortuno reconnaît que le prévenu n’avait « pas conscience de maltraiter ce chien », et que la falsification de ses documents d’identité ne change rien au drame, sans que cela ne change quoi que ce soit à l’homicide involontaire. Même dépouillée des circonstances aggravantes, l’infraction reste caractérisée à ses yeux.
« J’aimais Elisa plus que tout et aujourd’hui elle me manque »
Elle requiert donc quatre ans de prison avec sursis contre Christophe Ellul, et l’euthanasie de Curtis. « Le fait est que ce chien est dangereux, il l’est sans doute encore plus aujourd’hui », justifie la magistrate, qui assure ne pas faire cette demande par gaieté de cœur. Pour tenter de le sauver, l’association Les Amis de Sam a demandé la réalisation d’une nouvelle expertise comportementale avant de prendre cette décision fatale, dont la perspective a fait fondre en larmes Christophe Ellul.
Pour la défense de celui-ci, Me Alexandre Novion demande de ne pas oublier l’hypothèse d’une attaque par plusieurs chiens, à son goût trop vite écartée à cause d’expertises qu’il juge de piètre qualité. « Les experts ont pris le volant de l’affaire », regrette-t-il, « et à partir de là Christophe est passé pour un menteur ». « Je continue de penser que si c‘était Curtis qui était à l’origine de ce carnage, on aurait trouvé une zone ou deux de morsures, parce que ce n’est pas un chien qui a le goût du sang. Il n’a pas été conditionné pour la chasse, pour la prédation », avance l’avocat bordelais, convaincu qu’« il n’y avait pas de signe avant-coureur laissant penser qu’il exposait Elisa à un péril grave ».
« Il souffre aussi, à sa façon », conclut Me Novion au sujet de son client. « Cet homme est dans une prison dont il ne s’évadera jamais, celle du remord de ne pas avoir protégé Elisa. » « J’aimais Elisa plus que tout et aujourd’hui elle me manque, a finalement déclaré, en larmes à la barre, Christophe Ellul. J’ai fait ce combat pendant sept ans pour elle. Si j’avais su qu’elle pouvait avoir un risque, j’aurais pris les dispositions nécessaires. » Jugement le 11 juin.


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