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Je me promenais dans la rue, regard hagard. Complètement perdue. Comme une enfant dont le père vient de la quitter. Mais où est ton papa ? J’avais les mots de la chanson de Stromae dans la tête et les deux pieds dans la slush. François Legault a démissionné, et c’est quelque chose de voir un premier ministre tout quitter. J’avais ouvert le journal machinalement, comme on le fait 200 fois par jour. Généralement comme distraction, pour fuir une autre tâche plutôt que pour s’informer. « Le premier ministre va annoncer sa démission. » Pardon ? Juste comme ça ? Il peut juste s’en aller ? Ah bon, tu peux être sur la plus haute marche du podium et dire : « Eille, gang, vous savez quoi ? Je pense que je m’en vais. C’est assez. » Ah, OK.
Forcément, j’ai eu envie de me mettre à sa place. Imaginez l’immense soulagement. Oui, bien sûr, fermer les dossiers, faire face aux médias, aux collègues, devoir assurer une suite, blablabla… J’imagine qu’on quitte pas un poste de premier ministre comme on s’éclipse d’un party. Mais, tout de même, je me demande ce que ça fait, en secret, dans ton petit cœur d’homme. Quand t’es seul avec tes pensées, la tête sur l’oreiller dans le noir. Il doit y avoir un soulagement. Je suis sûre qu’il y en a un. Qui n’a jamais rêvé de tout « califer » ça là ? Qui n’a jamais eu cette pensée généralement complètement irréaliste, mais somme toute délicieuse, de quitter sa propre vie et ce qui lui incombe ! De ramasser ses cliques et ses claques, laisser tous les onglets ouverts et dire : « Je m’en vais. Je me casse. Bye. »
Et, fatalement, plus les responsabilités que tu quittes sont grandes, plus le soulagement doit l’être aussi. Parfois, quand il neige, je pense à Valérie Plante. Je pense à l’ancienne mairesse de Montréal qui regarde la neige tomber et qui trouve ça joli sans avoir à rendre de comptes. Niet. Nada. Zilch. « Le sentier de neiiige-euh », qu’elle peut chanter en sachant qu’il n’y a pas un seul de ces o*tis de flocons qu’il faut qu’elle ramasse. Ça doit être doux, quand même.
Après huit ans à te faire crier après chaque fois que quelqu’un glisse dans une côte. C’est le prix à payer pour être mairesse. Ne plus voir la neige comme un phénomène poétique ou la promesse que tu vas pouvoir chausser tes skis. Voir chaque tempête comme un combat, devenir responsable de tous les cocktails météo. J’imagine que Mme Martinez Ferrada est en train de l’apprendre. À la dure.
Y était pas si pire en pandémie, M. Legault. Ça aussi, ça doit être quelque chose, quand ça te tombe sur la tête. Là, il faut le remplacer. Mettre un calife à la place du calife. Comme le dit l’ami Adib Alkhalidey dans un de ses numéros que vous pouvez voir sur son Instagram : « Un politicien, c’est quoi ? C’est quelqu’un, il s’est levé un matin, il s’est regardé dans le miroir et pis il s’est dit : “Oui… oui. C’est moi. C’est moi qu’il leur faut.” »
Je ne sais pas qui sera l’élu. Mais les souliers de premier ministre sont grands à chausser. Et je connais ça, les gros souliers, je suis un clown. Je parlais de la pandémie et de la surprise qu’elle était, parce qu’être à la tête d’un gouvernement, surtout ces temps-ci, c’est un jeu de roulette russe. Le climat est tellement instable, cette personne gouvernera assise sur un baril de poudre. Qui sait comment toutes ces tensions se résorberont ou si elles pourront se calmer sans d’abord éclater.
Les États-Unis sont vraisemblablement dans une escalade de violence autant sur leur terrain que dans leur soif de conquête, ça a l’air que le Canada est très chummé avec la Chine maintenant, un pays qui n’est pas exactement un exemple des droits de la personne, et, chez nous, à part le Canadien qui semble se reconstruire doucement, tout est pas mal à refaire. J’aimerais que les aînés m’écrivent pour me raconter si, de mémoire d’homme ou de femme, il y a eu au Québec un moment où autant de partis en même temps vivaient des crises internes. C’était quand, la dernière fois ?
Parce que là, pas mal tous les coureurs s’approchent de la ligne de départ en lendemain de veille. Je dis pas que ça va pas être divertissant de regarder une course où quelqu’un a perdu un soulier et l’autre se cherche un sac pour vomir, mais au moins, on fera pas semblant que ça se passe bien. Il est trop tôt, j’imagine, pour lire dans l’avenir de la Coalition avenir Québec (CAQ). Ce qu’on peut donner à Legault, c’est qu’il aura eu l’instinct politique de concocter une recette qui, mine de rien, a pogné. Il avait visiblement le talent de prendre le pouls d’une grande partie de la population de l’époque. De mélanger dans un chaudron le nationalisme des péquistes frileux et les soucis économiques des libéraux tannés. Mais, comme chacun sait, dans le pouding à l’arsenic, c’est le vitriol qui tombe sur le cœur.
Alors, maintenant, on fait quoi ? Ben, on attend. On attend de savoir lequel ou laquelle va se dire « c’est moi » et se présenter humblement à nous comme notre sauveur. J’ai du mal à me dire que ça va bien aller, même si c’était devenu par défaut le vrai slogan de la CAQ. Beaucoup hurlent de joie que M. Legault s’en aille, et je comprends qu’il y a énormément de milieux professionnels qui étaient en lutte active contre le premier ministre (sans parler de nos copains les antivax, qui l’aimaient encore moins). Mais j’ai un peu de mal à me réjouir parce que je ne comprends pas bien ce qui s’en vient. Ou, en tout cas, je reste, jusqu’à preuve du contraire, comme bien des gens, orpheline politique.
Mais où est mon papa ?


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