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La forte hausse des prix des engrais azotés, à cause de la guerre au Moyen-Orient, est révélatrice de notre dépendance aux importations. Pourtant, d’après l’Inrae, il existe des alternatives.
Charlotte Murat - Hier à 20:01 | mis à jour hier à 20:51 - Temps de lecture :
L’agriculture peut-elle se passer des engrais azotés de synthèse ? La guerre au Moyen-Orient et l’envolée du prix des engrais, étroitement corrélée à celle des prix du gaz nécessaire à leur fabrication, relance la question. Car « les deux tiers des engrais utilisés dans l’agriculture européenne sont importés », rappelle Guy Richard, directeur de l’expertise et de la prospective à l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement).
En France, on en utilise « 30 % de moins qu’au moment du pic des années 1990 », mais cela représente encore « 1,9 million de tonnes par an » pour assurer les rendements des grandes cultures, détaille Sylvain Pellerin, directeur de recherches à l’Inrae de Bordeaux. Moins les utiliser permettrait donc de réduire les dépendances aux importations, aux énergies fossiles et de moins polluer l’air et l’eau.
Des « protéines produites chez nous »
Une première solution tient en un mot : légumineuses. « Ce sont les seules plantes qui sont capables de capter l’azote contenu dans l’air », explique Sylvain Pellerin. Il est moins question ici de pois et de lentilles que de trèfle et de luzerne. Car, précise Guy Richard, « les deux tiers des engrais azotés utilisés servent à produire de l’alimentation animale ».
Plutôt que de nourrir les bêtes avec des tourteaux de soja importés du Brésil, l’idéal serait donc de leur fournir des « protéines produites chez nous ». « Le problème, c’est que le soja brésilien arrive en Europe à des prix tellement bas qu’il est très compliqué de faire émerger une filière de légumineuses fourragères », poursuit Sylvain Pellerin, qui émet l’idée de davantage taxer les importations de soja.
Développer la polyculture-élevage
Autre souci, ces plantes fourragères « sont moins productives que les céréales. Cela nécessite donc de revoir la part de la surface cultivée dédiée à l’alimentation des animaux d’élevage et la répartition des grandes cultures et des élevages sur le territoire, afin de développer la polyculture-élevage », ajoute Guy Richard.
Cette nouvelle répartition aurait également l’avantage de mieux répartir la production des effluents d’élevage, autrement dit le lisier et le fumier, très efficaces pour fertiliser les sols. « Avec la séparation entre régions de grande culture et régions d’élevage, on manque d’effluents dans les régions de culture et on en a trop dans les régions d’élevage », note Sylvain Pellerin.
Autre piste : l’urine humaine, qui pourrait représenter entre 10 % et 20 % des apports en azote nécessaires aux cultures, indiquent les deux chercheurs. Installer des infrastructures de collecte à grande échelle et de traitement représenterait des investissements énormes, mais le sujet est sérieusement étudié.
« Des projets visent à les récupérer dans les zones de très forte concentration, comme le Stade de France les soirs de match », précise Guy Richard. Ces expérimentations sont également regardées de près par l’agriculture biologique, dont le cahier des charges interdit les fertilisants de synthèse.


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