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La défense d’un Ontarien accusé de blanchiment d’argent pour le compte d’un présumé réseau de trafiquants de drogue a soutenu, mercredi, que le plan de sortie de prison est solide et que son client peut être libéré sous caution sans crainte en attendant son audience d’extradition. Rolan Sokolovski a été arrêté en novembre pour ses liens allégués avec l’ancien planchiste canadien Ryan Wedding, présumé chef du réseau, toujours recherché par le FBI.
La justice américaine allègue que l’homme de 37 ans, d’origine lituanienne, administrait les livres comptables du réseau, qu’il recevait des objets luxueux pour le compte de l’organisation et qu’il aurait conçu un collier serti de pierres précieuses pour payer le meurtrier d’un témoin aux États-Unis.
Une ordonnance de non-publication empêche la presse de révéler l’identité des garants, de la nature de leur relation avec l’accusé, de leur occupation professionnelle, de l’identité de leur employeur, de leurs adresses à la maison et au travail ainsi que toutes leurs coordonnées (numéros de téléphone, etc.).
Plaidoyer étoffé de la défense
Dans ses arguments finaux, l’avocat Scott Fenton fait d’abord valoir que son client et les quatre personnes qui se sont portées garantes de sa personne ont offert une caution totale de 3,2 millions de dollars.
Les trois personnes chez qui il irait vivre advenant sa libération ont proposé de mettre en gage la valeur de leur maison, soit un million, et 100 000 $.
La quatrième personne a elle aussi offert 100 000 $ en argent liquide. Rolan Sokolovski a enfin mis en gage sa luxueuse résidence d’une valeur de 2 millions.
On parle d’une caution substantielle, bien que la majorité de l’argent repose sur la valeur de deux propriétés , reconnaît-il.

Il revient à la défense de Rolan Sokolovski de prouver au-delà de la prépondérance des probabilités que son client est digne de confiance pour être libéré. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / U.S. Department of the Treasury
Il souligne que son client et les garants comprennent très bien le risque de perdre leur résidence respective dans l’éventualité où Rolan Sokolovski devait enfreindre les conditions de sa remise en liberté.
Ses garants sont des individus appropriés et ils sauront remplir leurs obligations à la lettre, dit-il en ajoutant que son client n’a jamais eu de double vie comme l’affirme la Couronne.
Me Fenton propose, comme plan de sortie de prison, une assignation à résidence 24 heures sur 24 et sept jours sur sept et une surveillance par GPS en tout temps.
Il rappelle que les garants ont promis de le surveiller attentivement à la maison ou dans ses déplacements pour des urgences médicales, par exemple.

Cette photo récemment publiée de Ryan Wedding aurait été prise au Mexique l’été dernier, selon le bureau local du FBI à Los Angeles. (Photo d’archives)
Photo : Bureau de Los Angeles du FBI / X
L’avocat affirme que son client a remis son passeport canadien aux autorités canadiennes et qu’il n’a pas de passeport lituanien.
Il n’a aucun lien à l’extérieur de l’Ontario, voire à l’extérieur du pays, et ses racines dans la communauté où il sera relâché sont solides, poursuit-il.
Me Fenton rejette toute idée d’évasion. Les probabilités qu’il s’enfuie et qu’il entre dans la clandestinité sont infinitésimales, parce que son visage et son nom ont été affichés dans tous les médias, ajoute-t-il.
Où voudriez-vous qu’il aille de toute façon? Au Venezuela, quand on sait ce qui se passe là-bas, ironise-t-il.
L’avocat demande en outre au juge de ne pas tenir compte de la lettre des autorités américaines qui mettent en garde les autorités canadiennes contre un risque de fuite.

Akil Davis, le directeur adjoint chargé du bureau local du FBI à Los Angeles, présente, à la presse, l'avis de recherche de Ryan Wedding au ministère de la Justice, le 19 novembre 2025, à Washington. (Photo d’archives)
Photo : Associated Press / Mark Schiefelbein
La lettre mentionne la raison pour laquelle Rolan Sokolovski n’a pu entrer aux Bahamas quelques jours avant son arrestation l’automne dernier, mais l’avocat assure que son client était parti en voyage pour une semaine.
Me Fenton n’a toutefois pas révélé la raison des autorités bahaméennes de refuser son client sur leur territoire.
Ce document est rempli d’erreurs, il ne contient aucune preuve et est donc peu fiable, précise-t-il en minimisant les allégations contenues dans l’acte d’accusation de la justice américaine qui compte neuf inculpations.
Ces accusations feront l’objet de l’audience sur l’extradition en temps et lieu, déclare-t-il.
Me Fenton admet néanmoins que son client fait face à de graves accusations, mais elles sont moins sérieuses que celles auxquelles fait face son présumé complice, l’avocat Deepak Paradkar, qui a été libéré avant Noël sous de strictes conditions.
L’avocat souligne enfin que son client est détenu dans des conditions épouvantables et qu’il partage sa cellule avec deux autres individus. Il est en outre innocent jusqu’à preuve du contraire, conclut-il.
Bref réquisitoire de la Couronne
La Couronne fédérale s’est catégoriquement opposée à toute libération de Rolan Sokolovski.
La procureure Heather Graham soutient que l’accusé est le troisième dans la chaîne de commandement du présumé réseau de Ryan Wedding, parce qu’il gérait les avoirs de membres de l’organisation internationale en plus de blanchir l’argent de ses associés.
Me Graham prédit que le réseau n’hésitera pas à le faire sortir du pays si jamais il devait être libéré, parce qu’ils ont besoin de ses connaissances en cryptomonnaie et parce qu’il a accès à leurs portefeuilles virtuels.
Ils auront besoin de lui pour obtenir leur argent, dit-elle.
Son réseau est sophistiqué et bien financé, il a fait transiter des millions de tonnes de cocaïne et des millions de dollars en transactions frauduleuses, poursuit-elle.

Le bras droit allégué de Ryan Wedding, le Canadien Andrew Clark, a été appréhendé au Mexique, à la fin 2024, avant d’être extradé aux États-Unis.
Photo : (U.S. Attorney's Office, Central District of California/X/JaliscoRojo)
La procureure ajoute que Rolan Sokolovski est bien plus qu’un courtier en joaillerie et en produits de luxe. Il est de facto leur banquier, précise-t-elle.
Me Graham rappelle qu’il a payé la récompense de l’individu accusé d’avoir tué un témoin du FBI dans cette affaire pour l’empêcher de témoigner contre le réseau.
Il a commis un acte illégal relié au meurtre d’un individu, même s’il n’est pas celui qui a tiré sur la gâchette, dit-elle.
La procureure mentionne que les preuves montrent qu’il a des contacts en Italie, en Colombie et en Asie. Ses textes-messages montrent qu’il a entretenu une correspondance avec Andrew Clark, le bras droit de Wedding, déclare-t-elle.
Me Graham rappelle que Rolan Sokolovski n’a déclaré aucun impôt pendant quelques années en Ontario et que son entreprise de courtage Diamond Tsar est en fait une façade pour blanchir l’argent du réseau.
Il est impossible de connaître l’étendue de ses avoirs et il est clair qu’il cache quelque chose à ce sujet, dit-elle en rappelant que son témoignage la semaine dernière à la barre des témoins était très vague.

Le nom de Ryan Wedding figure sur la liste des 10 personnes les plus recherchées par le FBI. (Photo d’archives)
Photo : FBI
La procureure a en outre mis en doute la solidité des quatre individus qui se sont portés garants de sa personne, qui sont selon elle sous son contrôle.
Elle ajoute qu’il n’a en fait aucun lien dans la communauté, qu’il est jeune et en santé et qu’il n’a pas d’enfants, ce qui lui permettrait aisément de quitter le pays.
Elle croit que Sokolovski n’hésitera pas à récidiver s’il devait être libéré, que son plan de sortie de prison est faible et qu’il faut protéger le public.
Deux des quatre garants ont fait face à la justice canadienne dans le passé, même si cela remonte à plus de 20 ans, ce qui signifie qu’on ne peut pas compter sur eux, conclut-elle.
Me Graham précise enfin que la libération de l’accusé minerait la confiance du public dans l’administration de la justice.
Le juge Peter Bawden, de la Cour supérieure de l’Ontario, rendra sa décision le 20 février prochain.


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