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Affaire Lyhanna : 924 incarcérations après l’ouverture des placards de la justice

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Depuis le drame Lyhanna, la justice découvre soudain l’urgence contenue dans des milliers de plaintes et n’explique pas combien de suspects ont bénéficié de son ancienne lenteur.

Il aura donc fallu l’enlèvement, le viol et la mort d’une enfant pour que l’institution judiciaire décide de reprendre sérieusement les plaintes concernant d’autres enfants. Avant le drame, les dossiers attendaient. Après le drame, les chiffres s’envolent. La justice appelle cela une accélération. Les familles pourraient y voir l’aveu d’un abandon prolongé.

924 personnes incarcérées en moins de deux mois

Selon le bilan communiqué le 28 juillet, les incarcérations ont augmenté de 134 % par rapport au rythme habituel. Dans le même temps, environ 1 700 informations judiciaires ont été ouvertes, soit une hausse annoncée de 271 % par rapport à la même période de l’année précédente.

La Chancellerie assure que cette mobilisation ne serait pas une simple réaction au scandale, mais le début d’une politique « structurelle et durable ». C’est évidemment souhaitable. Reste une question assez simple : pourquoi fallait-il attendre l’affaire Lyhanna pour appliquer durablement une politique destinée à protéger les enfants ?

Le 15 juillet, Gérald Darmanin avait déjà annoncé le recensement de 85 047 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs. Parmi elles figuraient 69 626 procédures réexaminées et plus de 15 000 plaintes supplémentaires retrouvées par les services enquêteurs. À cette date, le bilan était de 675 personnes incarcérées et de 1 350 informations judiciaires ouvertes. Treize jours après avoir annoncé ces 675 incarcérations, la Chancellerie porte son bilan à 924, sans préciser combien résultent réellement du réexamen des plaintes.



Combien de suspects étaient déjà connus ?

Le nouveau bilan ne répond pourtant pas à la question centrale. Sur ces 924 personnes, combien étaient visées par une plainte ancienne laissée en attente ? Combien de dossiers avaient été classés sans suite ? Combien de suspects n’avaient jamais été auditionnés ? Combien d’enfants ont continué à les côtoyer pendant que leur procédure circulait entre un parquet, une brigade et une pile de dossiers ?

Le ministère additionne les incarcérations prononcées depuis le lancement de la revue nationale, mais ne précise pas combien découlent directement d’une ancienne plainte réactivée. Une incarcération ne constitue pas davantage une condamnation définitive. Elle peut correspondre à une détention provisoire ordonnée pendant l’enquête ou à l’exécution d’une peine.

Cette absence de ventilation permet une communication flatteuse, mais empêche de mesurer précisément le nombre de défaillances corrigées. La justice annonce ce qu’elle vient de faire. Elle reste beaucoup plus discrète sur ce qu’elle aurait dû faire auparavant.

L’affaire Lyhanna, symbole d’un système qui n’écoutait plus

Le principal suspect dans le meurtre de Lyhanna, Jérôme Barella, avait déjà été visé par plusieurs plaintes et signalements concernant des mineures. Certaines procédures avaient été classées. Dans une autre affaire, une enfant l’avait accusé de viols répétés, sans qu’il soit entendu pendant plusieurs mois.

Ce parcours judiciaire explique la colère nationale. L’affaire ne raconte pas seulement le passage à l’acte présumé d’un homme. Elle raconte une succession d’alertes, de retards, de transmissions et d’inactions qui auraient dû provoquer une réaction bien avant la découverte du corps de Lyhanna.



Une réussite statistique qui ressemble à un aveu

Les 924 incarcérations sont une bonne nouvelle si elles permettent de protéger des enfants et d’empêcher de nouveaux passages à l’acte. Mais elles dressent aussi un constat accablant : dès que le pouvoir politique a exigé une révision rapide, les parquets ont trouvé des centaines de situations justifiant une privation de liberté.

Autrement dit, l’urgence existait déjà. Elle attendait simplement qu’un drame national rende l’inaction impossible à défendre.

La véritable réussite ne consistera pas à organiser une opération exceptionnelle après chaque enfant martyrisé. Elle consistera à traiter chaque plainte avant que le nom d’une nouvelle victime ne devienne un mot-dièse, une marche blanche et une promesse ministérielle.

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