Au cœur de Viser juste, premier livre d’Adèle Haenel, une scène fait exploser la geôle post-traumatique dans laquelle le personnage – un «enfant fantôme» livré à la mainmise pédocriminelle d’un réalisateur – était jusque-là enfermé: une professeure de gymnastique harangue ses élèves en les poussant à remettre en question tout ce qui relève de l’évidence, dont les discours hégémoniques produits par le pouvoir patriarcal. Dans la classe, l’«enfant fantôme», devenue une adolescente «éteinte» et engoncée dans les injonctions à la féminité, reçoit ces mots comme une décharge électrique, une invitation à se «resensibiliser».
Cet effort d’émancipation salvateur traverse Viser juste comme une torpille, pulvérisant dans sa lancée tous les systèmes d’oppression qui croisent sa route. A commencer par l’industrie du cinéma, celle-là même qu’Adèle Haenel, l’actrice aux deux Césars, quittait en 2020, la tête haute et le poing levé, pour protester contre la récompense remise à Roman Polanski, visé par des accusations de viols. L’année précédente, elle ouvrait la voie au #MeToo du cinéma en prenant la parole pour dénoncer les crimes pédocriminels dont elle avait été victime dans son enfance, et pour lesquelles le réalisateur Christophe Ruggia a été condamné en avril 2026.


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