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Culture 03/07/2026 17:51 Actualisé le 03/07/2026 17:53
Soupçonné d’avoir utilisé l’intelligence artificielle, cet auteur s’est retrouvé au cœur d’une vive polémique mais conserve son prix.

Jamir Nazir, lauréat du prix littéraire Commonwealth
EN BREF • L’écrivain Jamir Nazir est accusé d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour écrire « Le Serpent dans le bosquet ».
• Une enquête menée par la Commonwealth Foundation confirme l’authenticité de son travail.
• Il conserve le prix littéraire Commonwealth et la somme de 2 500 livres sterling.
À l’heure où l’intelligence artificielle s’invite dans tous les secteurs de la création, les lecteurs aussi se mettent à enquêter. Au Royaume-Uni, la nouvelle Le Serpent dans le bosquet, de l’écrivain Jamir Nazir, fait l’objet d’une vive polémique sur les réseaux sociaux. En cause : des internautes l’accusent d’avoir eu recours à l’IA pour rédiger son œuvre, pourtant récompensée en mai dernier par le prix Commonwealth de la meilleure nouvelle.
Pour beaucoup, certains passages du texte présenteraient des « signes évidents » d’une écriture générée par intelligence artificielle. Une controverse qui a rapidement pris de l’ampleur. Selon The Guardian, la revue littéraire Granta a même renoncé à son partenariat de longue date avec les lauréats du concours. Face aux accusations, la Commonwealth Foundation a ouvert une enquête. « Des brouillons, des documents horodatés et des notes » ont été examinés afin de retracer le processus d’écriture. À l’issue de ces vérifications, sa directrice générale, Razmi Farook, s’est montrée catégorique : « Nous sommes satisfaits des témoignages de nos auteurs et de leur confirmation que l’intelligence artificielle n’a pas été utilisée dans leurs écrits. »
Malgré les soupçons, Jamir Nazir conserve donc sa récompense ainsi que la somme de 2 500 livres sterling. Son texte a convaincu le jury. Sa présidente, Louise Doughty, l’a d’ailleurs qualifié de « récit original, poétique et profondément émouvant ». Dans un documentaire diffusé par la Commonwealth Foundation, Jamir Nazir explique s’inspirer d’auteurs comme V. S. Naipaul et Derek Walcott. Il affirme également que son texte a connu au moins sept versions avant d’être récompensé.
Une polémique qui ne lui coûte pas son prix littéraire
Les internautes, eux, ont surtout pointé du doigt plusieurs formulations jugées inhabituelles, et des adjectifs souvent par trois, un tic d’écriture assimilé à l’IA. Suite à l’annonce de sa victoire au prix littéraire, plusieurs internautes ont affirmé avoir passé le texte dans des outils de reconnaissance d’IA et que ces derniers avaient confirmé qu’il avait bien été rédigé par une intelligence artificielle.
Interrogée par The Guardian, Razmi Farook dénonce de son côté les dérives de ces accusations. « Quand la voix par défaut de la machine est celle des grandes villes, l’écrivain qui ne correspond pas au moule attendu est le premier à être suspecté », explique-t-elle, avant d’ajouter : « Plus son don est surprenant, plus son génie singulier déstabilise, plus on l’accuse facilement d’être une machine. Un jeune écrivain à Kingston ou à Calcutta, à Kuala Lumpur ou à Kigali, doit désormais prouver non seulement son talent, mais aussi son humanité même. »
La directrice rappelle enfin que la fondation a procédé à de nombreuses vérifications : « Nous avons demandé à nos lauréats de présenter leurs ébauches, leurs plans, les preuves de leur démarche artistique. Il faut dire que ce logiciel n’est pas infaillible : il rend des verdicts incohérents et, ce faisant, érode la confiance même sur laquelle repose un prix. » Jamir Nazir, lui, n’a pas réagi publiquement à la polémique.


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