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Tribune

Dorothée Schmid

Chercheuse à l’IFRI

Dans une tribune au « Monde », Dorothée Schmid, chercheuse à l’Institut français des relations internationales, souligne combien les cartes et les rôles sont totalement redistribués, alors qu’un accord entre Téhéran et Washington doit être conclu le 19 juin.

Publié aujourd’hui à 12h30, modifié à 13h42 Temps de Lecture 4 min.

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L’accord préliminaire entre les Etats-Unis et l’Iran, annoncé par le président Donald Trump le soir de son anniversaire dimanche 14 juin, tel un cadeau spectaculaire partagé avec le reste du monde, est un nouveau rebondissement dans le tragique feuilleton stratégique qui s’est ouvert au Moyen-Orient le 7 octobre 2023. L’attaque surprise, extrêmement meurtrière, menée ce jour-là par le Hamas contre des civils, au sein même d’Israël, a certainement changé la face de la région et de la pire manière : en hâtant le passage à l’acte militaire généralisé, avec un élargissement continu de la zone des guerres, et des conséquences encore difficilement calculables pour l’ensemble de l’économie mondiale.

Les électeurs américains et israéliens, qui perdent progressivement confiance dans leurs dirigeants, les chefs d’Etat et de gouvernement alliés des Etats-Unis, sommés de s’aligner, l’opinion mondiale, prise en otage par l’inflation et le déluge des crimes de guerre, commencent à faire les comptes. Mais qu’a-t-on obtenu jusqu’à présent avec cette opération en Iran ? Entre fatalisme des conflits et poussées de volontarisme états-unien, le « nouveau Moyen-Orient » promis par Benyamin Nétanyahou dès l’automne 2024 se dévoile en partie, mais tarde à se stabiliser ; et si le paysage a bien changé, il apparaît encore plus hostile qu’avant.

Il faut d’abord constater que l’accord annoncé le 14 juin explore les mêmes voies que l’accord intérimaire obtenu en 2015 par les efforts conjoints de Barack Obama et de ses homologues russe, chinois et européens (Allemagne, France, Royaume-Uni). Donald Trump a cassé ce qu’il qualifiait de « pire deal de l’histoire » en 2018, en plongeant les Européens dans l’inconnu ; les relations n’ont cessé par la suite de se tendre avec la Russie et la Chine, rendant très difficile tout retour en arrière.

Puis le président a tenté de renouer la négociation diplomatique avec l’Iran en début de second mandat, affichant un mystérieux optimisme qui s’est fracassé sur la conviction israélienne que le moment était venu d’en découdre avec les mollahs. La confrontation directe avec l’Iran a donc bien eu lieu, en deux temps : la « guerre de douze jours » de juin 2025, et le conflit conjointement déclenché par Israël et les Etats-Unis en février 2026, qu’il est prématuré de déclarer clos. Depuis, les trois belligérants crient victoire chacun à leur tour.

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