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Par Ophélie Roque
Le 22 décembre 2025 à 12h12

FIGAROVOX/HUMEUR - Alors que le ministre de l’Éducation nationale, a, mercredi dernier, présenté aux syndicats un projet de décret visant à abroger le caractère obligatoire des groupes de besoins, l’enseignante Ophélie Roque raille deux ans de perdu, avec une réforme bureaucratique ni faite ni à faire.
Ophélie Roque est professeur de français en banlieue parisienne. Elle a notamment publié Antisèches d’une prof. Pour survivre à l’Éducation nationale (Les Presses de la cité, 2025).
L’école crèvera, elle pliera sous le poids des réformes lancées par n’importe qui et faites n’importe comment. Elle ne pourra indéfiniment se plier au joug des «technos» qui, fiers généraux sur leur rocher, regardent la bataille qui a lieu dans la plaine et se contentent - de temps à autre - de claironner un coup de trompette. En avant, les braves et si le cœur n’y est pas, mourrez du moins pour nous ! Battez-vous pour l’étendard des saintes statistiques ! Pourfendez l’hydre Raison et le dragon Bon Sens. Vous êtes professeur certes mais avant tout nos inférieurs : nous pensons, vous exécutez. Et il ne saurait y avoir d’autres lois.
Et pourtant personne ne voulait de cette réforme ! Ni les professeurs de mathématiques, ni les professeurs de lettres, ni ceux des autres matières qui vivaient dans la crainte de voir leur emploi du temps éparpillé aux quatre vents, ni même les élèves qui redoutaient d’être regroupés par niveaux tel des bœufs dans une gare de triage. Ne parlons même pas des chefs d’établissement qui ont dû s’arracher les cheveux à la seule perspective de devoir mettre en place un pareil dispositif dans un temps imparti aussi bref.
Ici, il est bon que je revienne rapidement sur cette mesure et explique aux profanes de quoi il s’agit. Tous les élèves des classes de sixième et de cinquième se voient attribuer un nouveau professeur de français ou de mathématiques – en plus de leur professeur référent en la matière - qui les accompagnera dans le cadre d’un nouveau groupe classe constitué en fonction de leurs «besoins». La mesure consistant à faire de petits groupes pour les élèves les plus en difficulté et à faire travailler en pelotons élargis les «moyens» et les «forts». Si la promesse peut sembler bonne sur leur papier, elle se heurte en pratique à de nombreuses limites dans son application (manque de salles, plannings incohérents, horaires bancals, groupes souvent peu équilibrés, nécessité de construire ses cours en fonction de ses collègues…). Bref, saluons les efforts de l’Éducation nationale pour remettre une couche de complexe à une situation déjà pas si simple.
Il faut désormais s’attendre à boire le calice d’absurdités jusqu’à la lie et tenir pour acquis que les vrais problèmes structurels resteront inchangés.
Après deux années aux nombreux tâtonnements et multiples cafouillages, le greffon avait bon gré mal gré pris. Ce n’était pas la panacée, tout le monde s’en plaignait mais, du moins, on avait trouvé un nouvel équilibre. À défaut de courir, on boitait et ce n’est déjà pas si mal. Surtout que pour parvenir à cette stabilité somme toute précaire, il a fallu passer par certains sacrifices. Des heures d’enseignement furent perdues au profit de bien inutiles formations et les professeurs concernés ont souvent vécu cette réforme qui se faisait sans eux comme une bien inutile déperdition d’énergie. Mais contre le sourd, il ne sert de rien de crier, mieux vaut se taire, faire le dos rond et attendre que sa passe.
Bref, on croyait l’affaire morte et définitivement enterrée, quand - mercredi dernier - on a entendu un grattement provenir du tombeau. C’est que le fraîchement nommé (mais pour combien de temps encore ?) Édouard Geffray a présenté aux syndicats un projet de décret ainsi qu’un projet d’arrêté visant à abroger le caractère obligatoire des groupes de besoins. Tout ça pour ça ! Comme souvent avec l’État, la souris avait accouché d’une montagne. La nouvelle réforme ne sera - encore une fois - qu’un avorton mal aimé qu’on se hâte de jeter aux oubliettes quand le curé a le dos tourné. Le système se complaît à déshabiller Jacques pour rhabiller Paul sauf qu’ici à peine vêtu Paul se retrouve à nouveau cul nu. D’une certaine manière, ceci n’est pas bien grave tant nous sommes devenus résilients.
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Il faut désormais s’attendre à boire le calice d’absurdités jusqu’à la lie et tenir pour acquis que les vrais problèmes structurels resteront inchangés. Ils ne peuvent changer puisque le professeur n’est pas envisagé en tant qu’expert mais en tant que simple rouage d’une machine trop grosse qui l’écrase et le dépasse. On ne demande pas au maillon d’une chaîne de penser mais de rester fixe, stable, inerte. Surtout pas de vagues, pas de comptes rendus ou de rapports anxiogènes, adoptons une attitude toujours positive et optimiste. Surtout quand on nous prend pour les faibles d’esprit de la couvée.


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