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À Winnipeg, cinq candidats à la mairie promettent de renforcer la place du français

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Ils veulent représenter une ville où le français occupe une place historique, culturelle et institutionnelle. Pourtant, aucun des cinq candidats à la mairie présents au débat organisé jeudi soir au Centre culturel franco-manitobain ne maîtrise suffisamment la langue pour mener la discussion dans la langue de Molière. Seul Scott Gillingham s’est aventuré à quelques rares reprises à la pratiquer durant le débat.

Cette situation n’a toutefois pas empêché les candidats de multiplier les engagements envers la communauté francophone.

Pour justifier leur légitimité à représenter des électeurs francophones, les candidats ont d’abord cherché à établir un lien avec la communauté.

Kevin Klein a reconnu ne pas parler français, tout en évoquant sa fille bilingue et ses propres tentatives d’apprentissage lorsqu’il était ministre de l’Environnement sous la bannière du Parti progressiste-conservateur. Il préfère mettre l’accent sur ce qu’il voudrait faire de Saint-Boniface.

Nous devons célébrer Saint-Boniface comme une destination, a-t-il lancé, en insistant sur le potentiel culturel et touristique du quartier.

Michael Vogiatzakis.

Michael Vogiatzakis souhaite consulter les acteurs communautaires et économiques francophones de Saint-Boniface s’il est élu.

Photo : Radio-Canada / Farah Mekki

Don Woodstock a, lui, raconté son histoire avec Saint-Boniface. Ses deux enfants y sont nés et il y a fréquenté l’école Précieux-Sang et le Collège de Saint-Boniface.

Michael Vogiatzakis a choisi un autre point d’entrée, son propre rapport aux langues : Mes parents venaient de Grèce et je parle grec couramment, donc je connais la valeur d'avoir une seconde langue et son importance pour les gens.

Pour son premier débat, Tracey Drexler a offert des réponses beaucoup plus brèves. La candidate a reconnu avoir perdu le français qu’elle parlait enfant et a promis de le réapprendre. Elle a cependant insisté sur un point : l’importance de pouvoir être servie dans sa langue de prédilection, lors d'une situation de vulnérabilité.

Si je devais être hospitalisée, pouvoir m'exprimer et recevoir des soins en français compterait énormément pour moi. Dans un moment de vulnérabilité, c'est dans ma langue maternelle que je pense et que j'assimile le mieux les informations.

Pour Scott Gillingham, la question est davantage institutionnelle. Winnipeg, dit-il, doit être capable de respecter ses obligations et de montrer l’exemple en matière de services dans les deux langues officielles.

La présidente de la Chambre de commerce noire, Zita Somakoko, explique avoir sélectionné les cinq candidats parmi les 12 en lice en fonction des sondages d'intention de vote faits par Abacus pour le Winnipeg Free Press.

Le français dans les services du quotidien

C’est sur la manière de traduire ces engagements dans les services municipaux que les propositions ont commencé à se distinguer.

Le maire sortant, Scott Gillingham, défend les mesures prises pendant son mandat, rappelant notamment la révision quinquennale des services en français menée en 2025 avec des organismes francophones. Il affirme que le nombre d’employés municipaux capables d’offrir des services en français a augmenté dans plusieurs secteurs.

De son côté, Kevin Klein défend notamment l’idée d’une offre active : un citoyen ne devrait pas avoir à réclamer un service en français pour pouvoir l’obtenir. Il souhaite aussi renforcer les capacités bilingues là où la demande est la plus importante et mieux mesurer les situations où l’offre ne répond pas aux besoins.

Kevin Klein.

Le candidat à la mairie de Winnipeg Kevin Klein a défendu l’importance de rendre les services municipaux accessibles en français lors du débat consacré à la francophonie.

Photo : Radio-Canada / Farah Mekki

Don Woodstock parle plutôt de rendre le bilinguisme plus visible et plus uniforme dans les rapports avec la Ville. Et Michael Vogiatzakis veut que le français soit davantage présent dans les services que les citoyens utilisent au quotidien.

Nous devons aider les nouveaux arrivants et les enfants, et faire en sorte que le français soit pratiqué dans des endroits comme les autobus et les taxis, a-t-il déclaré.

Le transport revient d’ailleurs comme l’un des rares exemples où les candidats ont directement relié la langue à l’expérience quotidienne des citoyens. Pour Kevin Klein, les cartes, les alertes du 311 et les annonces à bord doivent fonctionner dans les deux langues officielles.

Une francophonie qui dépasse Saint-Boniface

Reste une question qui traverse le débat en filigrane : quelle communauté les candidats cherchent-ils réellement à convaincre et représenter?

Force est de constater que Saint-Boniface revient constamment comme unique point de référence lorsqu’il est question de francophonie. Le quartier est évoqué comme lieu de patrimoine, de culture, de commerce et comme cœur historique de la francophonie.

Seulement, cette référence répétée à Saint-Boniface illustre toutefois une réalité plus large : la francophonie de Winnipeg ne se limite pas à ce quartier historique. Des francophones vivent dans différents secteurs de la ville et sont susceptibles d’avoir recours aux services municipaux, qu’il s’agisse des bibliothèques, des loisirs, des communications de la Ville ou encore du transport en commun.

Une nuance relevée par Éric Léonard, directeur de la Fédération des aînés de la Francophonie manitobaine.

Pourquoi devrions-nous toujours faire l’effort de parler en anglais alors que le français est la langue officielle du Canada?

Le franco-manitobain estime que les candidats devraient au moins démontrer un effort pour apprendre la langue et s’intégrer à la francophonie manitobaine. Il ne demande pas nécessairement qu’un maire soit parfaitement bilingue, mais souhaite voir une volonté d’apprendre la langue et de comprendre davantage la réalité francophone.

Pour Patrick Tshiovo, président du conseil d'administration de la Chambre de commerce noire, la rencontre a permis de connaître les grandes intentions des candidats, mais elle laisse encore plusieurs questions sans réponse.

C'était beaucoup trop superficiel et on n'a pas eu de réponses concrètes, estime-t-il. À ses yeux, le véritable enjeu sera maintenant de savoir comment concrètement les réaliser et les financer.

Le débat aura ainsi permis aux cinq candidats sur les 12 en course de se positionner sur la place du français à Winnipeg, mais aussi de révéler un enjeu plus large : celui d’une francophonie qui ne se limite pas à un quartier et dont les attentes portent autant sur la reconnaissance, que sur l’accès à des services essentiels en français.

Les autres candidats sont Chris Clacio, Umar Hayat, Johnny Calderon, Noah Redden, Joshua Pagdato, Mazher Alam et Brad Gross. Le vote aura lieu le 28 octobre.

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