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À We Love Green, Yasmine Hamdan, voix du Liban, chante pour « continuer à encaisser »

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La chanteuse libanaise se produit au festival de musique pour y interpréter « I Remember I Forget », un nouveau disque traversé notamment par les crises récentes dans son pays d’origine. « Le HuffPost » l’a rencontrée.

Yasmine Hamdan, ici en concet à Beyrouth en décembre 2017, se produit à We Love Green.

JOSEPH EID / AFP

Yasmine Hamdan, ici en concet à Beyrouth en décembre 2017, se produit à We Love Green.

Addison Rae et Gorillaz, mais aussi Oklou et Theodora, ou encore la figure montante du R&B Dijon… Ce vendredi 5 juin, le festival de musique We Love Green a donné le coup d’envoi à Paris de son édition 2026, qui se conclut ce dimanche en présence notamment des Britanniques de The XX et de la chanteuse libanaise Yasmine Hamdan.

Figure underground, mais non moins réputée dans le monde de la musique en France et dans son pays d’origine pour ses compositions aux confins de l’électro et des musiques arabes, l’artiste de 50 ans vient interpréter sur scène son nouvel album I Remember I Forget, un disque intime marqué notamment par les récentes crises au Liban.

Il y est question de la double explosion du port de Beyrouth. D’affairisme et spéculations, aussi. Sortie de son silence après huit ans d’absence, Yasmine Hamdan n’a rien perdu de sa poésie, ni de son engagement. Alors qu’Israël continue ses bombardements massifs, Le HuffPost l’a interviewée au début du mois de mai.

Dans quel état d’esprit abordez-vous cette tournée, de passage, ici, à We Love Green ?

Au départ, je ne savais pas à quoi m’en tenir. Parce que ça faisait un moment que je n’étais pas montée sur scène. Il a suffi que j’aille répéter avec les musiciens pour me remettre dedans. C’est drôle, c’est comme une drogue.

Jouer ce disque sur scène revêt-il une importance particulière à la lumière des événements de ces derniers mois au Liban ?

Bien sûr. J’ai écrit cet album après les chocs de 2020 (l’explosion du port de Beyrouth, ndlr) et 2019, période de l’apocalypse économique au Liban où l’argent des gens a été volé par les banques et l’État mafieux qui règne dans le pays. Toute cette précarité, toute cette colère… Personne n’a été tenu coupable. Entre ça, mais aussi l’épidémie du Covid, et les crises personnelles, existentielles et professionnelles qui m’ont traversée, j’ai senti le besoin de repenser mon lien à la vie, de remettre mes priorités.

Aujourd’hui, cet album a pris encore plus de sens avec l’accumulation de toutes ces guerres, toutes ces difficultés, ces émotions, ces crises et ces douleurs qu’on vit. Quand j’interprète les chansons sur scène, elles ont encore plus de sens qu’au moment où je les ai écrites. Elles ont tissé d’autres liens. Le public se projette autrement dans ces morceaux. Ça m’est important de les jouer, car ça me permet de continuer à accepter, à endurer, encaisser et transformer la réalité brutale dans laquelle on vit.

Vous êtes installée à Paris depuis 2005. Comment vivez-vous cette période loin du Liban ?

En étant à l’étranger, je suis consciente d’avoir beaucoup de privilèges, mais je n’ai pas de continuité. Mes amis et ma famille habitent au Liban. Ça nous affecte tous. Quand on est loin, la réalité est différente, l’expérience change.

Je suis affectée par l’absence de débat au sujet de SWANA (acronyme anglais pour désigner les pays d’Asie du sud-ouest et d’Afrique du nord, ndlr). La région vit quelque chose de dramatique, et cela devrait concerner l’Europe et le reste du monde. Aujourd’hui, on dirait que ce qui questionne le plus les médias, c’est le pétrole et le gaz. C’est comme si les gens n’étaient pas concernés par ce qui se déroule là-bas au niveau social, communautaire et familial.

Des drames ont lieu partout. Ils vont créer des changements très profonds dans les mentalités et dans la continuité des choses. J’ai non seulement l’impression qu’il y a une forme de dissociation, mais aussi beaucoup de stigmas et de fausses informations qui circulent, ici. Cela me fait souffrir.

Cela a-t-il un impact sur votre travail pendant cette tournée ?

Bien sûr, toute expérience donne plus de couleur pour interpréter, rend plus créatif, permet d’absorber les choses et de les transformer autrement. Aussi, c’est énorme de me connecter au public, de voir que ça compte. Transformer certaines frustrations m’accompagne. Ça me donne la force de continuer.

Il faut accepter tout le spectre d’émotions. Il faut accepter qu’on puisse être joyeux et triste. Il faut accepter qu’on puisse être désespéré et retrouver sa force et sa joie. Ça donne de l’espoir. Il faut qu’on avance avec ça, parce qu’il y a beaucoup de peur et de danger qui nous guettent. La brutalité de la réalité fait irruption dans nos vies. On voit l’horreur par les réseaux sociaux et notre téléphone. On voit les guerres, les enfants amputés à Gaza. On voit l’usage brutal des armes. On voit aussi la complicité des États. On voit le silence du monde. On voit aussi qu’on ne peut pas changer ce monde.

Yasmine Hamdan, ici pour la promo de son disque « I Remember I Forget ».

Ylias Nao

Yasmine Hamdan, ici pour la promo de son disque « I Remember I Forget ».

La musique peut-elle jouer un rôle, et accompagner les peuples dans leur histoire ?

La musique permet de se connecter à une force qu’on a en soi. Cette force, c’est une émotion qui vous donne le sentiment de vous accepter ou d’évacuer quelque chose. Cela peut être collectif. Elle vous permet de questionner certaines choses. Elle vous permet de rire parfois, mais aussi de résister, de connecter, de rêver, d’avoir un peu plus d’espoir.

C’est un peu une vitamine « super-power ». Or, plus on se sent fort, plus on a envie d’améliorer, de résister à une forme d’écrasement, de contrôle ou de déprime. Parfois, on a envie de résister aux autorités, de trouver des formes d’escapade.

Existe-t-il d’autres manières de résister ?

Il n’y a pas de recette. Il faut juste continuer à croire que c’est possible. Continuer, tout court. Je pense que tout commence par soi-même, qu’il faut observer ce qui se passe en vous, la violence que vous recevez, que vous intériorisez et comment vous l’exprimez.

On vit dans des sociétés qui nous donnent beaucoup, mais nous abrutissent beaucoup aussi par la tonne d’informations qui circulent. C’est difficile d’avoir de la clarté. La lecture, c’est très important. La musique, c’est très important. Relire l’histoire, c’est très important. Les films, aussi. La survie de tout ça est très importante, sinon on vivra de plus en plus dans des sociétés fascistes, sans espace de questionnement ou de respiration.

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