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Le projet, qui doit être présenté mardi à la Chambre des députés, est présenté comme un gage de stabilité politique, mais ses opposants y voient une manière de sécuriser l’avenir politique de la première ministre.
Composer avec les humeurs de Donald Trump et les tempêtes internationales va un temps. De retour en Italie, Giorgia Meloni n’a désormais qu’un objectif en tête : réformer la loi électorale transalpine en vue du scrutin de 2027. Mardi, le projet porté par sa majorité est attendu à la Chambre des députés. Dans les grandes lignes, il établirait un vote à la proportionnelle avec l’octroi, pour la coalition atteignant 42 % des voix, d’une « prime de majorité » : 70 sièges à la Chambre des députés et 35 au Sénat. De quoi, espère-t-on, couronner au soir des élections un vainqueur indiscutable, « en capacité de gouverner », justifiait encore récemment la présidente du Conseil. Pour l’heure, à un an des législatives, les sondages sont capricieux et donnent les alliances du centre droit et celles du centre gauche au coude-à-coude.
Dans les rangs de l’opposition, le projet ne fait clairement pas d’émules. « Au lieu de s’occuper d’économie, de santé, des urgences réelles, on va passer la dernière année de la législature à construire une loi électorale sur mesure », dénonçait ainsi en interview Chiara Gribaudo, numéro deux du Parti démocrate, vent debout contre un texte écrit « par la majorité pour se renforcer elle-même ». Politologue à l’université Luiss, Lorenzo Castellani veut nuancer. « Ce que Meloni veut, ce n’est pas tant une réforme électorale qui modifie les règles de la compétition au profit du centre droit. Mais plutôt forcer une bipolarisation. » Une « vision dualiste du système politique », typique du logiciel « mélonien », ajoute-t-il : « Tu gouvernes ou tu es dans l’opposition. » En clair, pour les Frères d’Italie, on préfère tout au flou d’un match nul, ouvrant la porte à des coalitions contre-nature ou, pire, au retour d’un gouvernement technique !
Le projet de loi (baptisé Stabilicum par ses soutiens et Melonellum par ses détracteurs) soulève surtout une question de représentativité, souligne pour sa part Gaetano Azzariti, professeur de droit constitutionnel à l’université Sapienza, à Rome. « Avec ce bonus, on aurait une sorte de loi “dopée”, qui accorderait une majorité au Parlement même à ceux qui sont minoritaires dans le pays. » Le problème de la stabilité ne se pose pas vraiment, fait-il aussi remarquer, rappelant qu’en septembre prochain, sauf crise politique de dernière minute, Meloni et les siens devraient battre le record de longévité d’un exécutif depuis la proclamation de la République, il y a quatre-vingts ans. « Le vrai problème, en Italie, c’est que les gens vont de moins en moins aux urnes. C’est ça qu’une nouvelle loi électorale devrait chercher à résoudre », conclut-il.
Divergences au sein de la majorité
Avant d’arriver sur la table des députés, le brouillon du projet de loi a tout de même fait émerger quelques divergences au sein de la majorité gouvernementale. Faut-il introduire les preferenze, soit la possibilité pour l’électeur d’indiquer une préférence pour un candidat face à des listes dites « bloquées » où l’ordre est à la seule discrétion des états-majors des partis ? Que faire également de Roberto Vannacci, le général à la retraite dont la sulfureuse formation politique, Futuro nazionale, ne cesse de grignoter des voix à droite, sondage après sondage ? Dedans ou dehors, avant ou après la réforme ? s’interroge-t-on dans la coalition.
La loi devrait également appeler les coalitions à indiquer, en amont du vote, le nom d’un ou d’une candidate pour le Palazzo Chigi, même si le choix final restera entre les mains du président de la République. Une mesure à l’objectif double, détaille Lorenzo Castellani : contourner l’enlisement de la sacro-sainte réforme constitutionnelle sur l’élection du premier ministre au suffrage universel (prérogative d’ordinaire dévolue au président de la République), et mettre dos au mur une opposition profondément divisée par des questions de leadership. Le nouveau texte devrait s’attaquer enfin à la question des fuori sede : 5 millions d’Italiens (souvent des jeunes) n’habitant pas dans leur commune électorale et qui, en l’absence de vote par procuration ou face au casse-tête des transports dans la péninsule, doivent bien souvent renoncer à se rendre aux urnes.
Si cette réforme électorale entend réécrire les règles du jeu à l’approche de 2027, son impact pourrait s’avérer également décisif deux ans plus tard, à l’heure d’élire le successeur du président de la République, Sergio Mattarella. En interview, Giorgia Meloni a ouvertement appelé à « surmonter un grand tabou » de la politique italienne : envoyer au Palais du Quirinal un représentant de la droite. Une « inquiétante politisation de l’élection du chef de l’État », estime Gaetano Azzariti. « Notre système ne veut pas de président partisan, porteur d’un programme politique. C’est pour cela que son élection par les parlementaires, à la majorité qualifiée, cherche à identifier quelqu’un qui soit un garant, même si certains avaient plutôt une culture de gauche, d’autres de droite. »
Avec une nouvelle loi électorale qui gonflerait mécaniquement le poids de la majorité au Parlement, imposerait le nom du premier ministre et influencerait par conséquent le choix du président de la République, décrypte l’universitaire de la Sapienza, l’Italie pourrait courir le risque d’une « concentration des pouvoirs qui n’est pas souhaitable dans un régime démocratique ».


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