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Le porte-avions a regagné son port d’attache après cinq mois et demi de mission. Sur le quai, les familles des membres de l’équipage les attendaient avec émotion.
« Ça fait longtemps », « tu m’as manqué ». Dans le port de Toulon (Var), l’émotion était au rendez-vous ce samedi 11 juillet. Après cinq mois et demi d’une mission qui l’a conduit de l’Atlantique nord à la crise du détroit d’Ormuz, le porte-avions Charles de Gaulle a regagné son port d’attache. Et ses membres d’équipage ont enfin retrouvé leurs proches.
En partant le 27 janvier pour l’Atlantique nord, les membres de la Marine nationale ne s’attendaient pas à partir pour 166 jours en mer, ni à la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Sur le quai, des familles attendaient l’arrivée des marins avec des banderoles et beaucoup d’impatience.
À quelques heures de rallier Toulon, l’équipage était tout aussi impatient de regagner la terre ferme. « On est tous contents de rentrer à la maison », lâchait le second maître Oriana qui n’est identifiée que par son prénom conformément aux exigences de l’armée française.
« Je me suis sentie utile, je me suis engagée pour ça, mais là j’en ai marre, les trois dernières semaines ont été assez hard », confiait cette « chien jaune » de 26 ans, chargée de diriger les avions sur le pont d’envol.
La mission La Fayette 26, « c’était 166 jours de mer, du gros temps, deux bascules de théâtre, une prolongation de mission. Dans une vie de marin, ce n’est pas si fréquent », abondait le capitaine de vaisseau Édouard, sous-chef opérations du groupe aéronaval.
6 000 kilomètres, six mers et deux océans
« C’est la deuxième mission la plus longue du Charles de Gaulle » depuis son entrée en service il y a 25 ans, expliquait le contre-amiral Thibault de Possesse, depuis la passerelle, « elle nous a entraînés sur six mers et deux océans dans des conditions climatiques et stratégiques extrêmement différentes ».
Parti le 27 janvier de Toulon, le porte-avions et son escorte ont participé à l’exercice majeur Orion de l’armée française avant d’afficher la présence de l’Otan aux abords de la Scandinavie face à la Russie.
Le déclenchement de la guerre en Iran a changé les plans : le 3 mars, ordre est donné de rallier au plus vite la Méditerranée orientale où Chypre a été visée par des drones iraniens. Six mille kilomètres parcourus en six jours tout en continuant l’activité des vols et en assurant le ravitaillement en carburant des frégates accompagnatrices françaises et alliées.
« On était parti pour faire acte de présence dans le Grand nord, on n’avait pas prévu de rentrer dans un conflit », même si la France n’est pas belligérante, reconnaissait l’enseigne de vaisseau Matthieu, pilote de Rafale.
Pendant deux mois, lui et sa quarantaine de collègues pilotes ont volé depuis la Méditerranée orientale aussi bien en mer Noire pour rappeler à Moscou la liberté de circuler dans la zone, qu’en Irak et en Syrie pour la mission de lutte antiterroriste Chammal ou dans le canal de Syrie pour surveiller la situation au Liban.
« On sait quand on part, jamais quand on rentre »
Le 6 mai, le groupe aéronaval franchit le canal de Suez vers la mer d’Arabie pour appuyer l’initiative diplomatique franco-britannique visant à mettre sur pied une mission multinationale afin de soutenir la liberté de la navigation dans le stratégique détroit d’Ormuz.
« C’est la redécouverte de ce qu’on appelle la diplomatie navale, l’appui des forces navales à un effort politique et diplomatique », expliquait le contre-amiral de Possesse, pour qui « la présence du groupe aéronaval modifie le calcul des acteurs locaux ».
Pour certains membres de l’équipage, comme le second maître Donovan, technicien spécialiste du moteur du Rafale, le passage de Suez a pourtant « mis un petit coup au moral » : il s’est déroulé alors que le navire était censé terminer sa mission.
« On sait quand on part, on sait jamais quand on rentre. Notre métier c’est de savoir se préparer à tenir dans la durée, tenir dans la distance, tenir dans le climat », convenait le capitaine de vaisseau Thomas Puga, commandant le porte-avions.
« À Djibouti, en mer Rouge, c’est plus de 70 degrés sur le pont d’envol, le soleil. Lorsqu’on était dans l’Atlantique Nord, on avait -4, de l’eau à -1 degré », détaillait-il. Éprouvant pour le matériel comme pour les hommes. Sur le pont d’envol, la « chien jaune » Oriana l’a bien senti : « le froid, on peut se couvrir. Puis la chaleur, mais on était toujours équipé avec les manches longues, le casque. C’était dur ».
Après près de six mois éprouvants, les marins sont désormais arrivés à bon port, pour le plus grand plaisir de leur famille.


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