L’héritier d’une dynastie bancaire franco-suisse, Paul Hottinguer, jugé pour fraude fiscale aggravée et blanchiment devant le tribunal correctionnel de Paris, s’est défendu mercredi d’avoir cherché à éluder plus de 7 millions d’euros d’impôt en France. L’octogénaire a expliqué s’en être acquitté en Suisse, où il résidait.
Le patriarche de 84 ans, issu d’une des familles de banquiers les plus anciennes d’Europe, est soupçonné par le parquet national financier (PNF) de s’être faussement domicilié en Suisse entre 2011 et 2021 pour échapper au fisc français via un circuit financier offshore.
La longue liste des jours de présence en France
Le président de la cour a longuement énuméré ses jours de présence en France, très largement supérieurs à ceux passés en Suisse. Deux jours seulement en 2013 par exemple, contre 188 dans l’Hexagone, où il organise régulièrement des parties de chasse dans son château de Seine-et-Marne, dont il a hérité à l’âge de 20 ans.
«Je passais aussi beaucoup de jours en Espagne, environ deux mois par an», a réagi l’octogénaire, en forme «mais un peu sourd», la mémoire parfois incertaine. Paul Hottinguer, aussi connu sous le patronyme Hottinger, a maintenu à la barre qu’il vivait en Suisse la semaine et à Paris, dans le XVIe arrondissement, ou en Seine-et-Marne, pour «de longs week-ends».
Les enquêteurs se sont également basés sur ses agendas pour établir sa domiciliation en France où, selon eux, il avait la majorité de ses loisirs et de ses activités.
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Incapable d’expliquer le bornage régulier de son téléphone dans le pays, le président s’est interrogé tout haut sur son «don d’ubiquité»: «On ne peut pas être à la fois en France et en Suisse», lui a-t-il rappelé. Dans un échange téléphonique avec sa sœur lu devant la cour, l’ancien banquier taxe la France d'«horrible pays». «Fiscalement oui», admet-il à la barre. «Il faut foutre le camp de ce pays», «socialiste», «d’assistés», ajoute-t-il dans la suite de la conversation.
L’enquête du PNF avait débuté après une plainte de l’administration fiscale en 2019, elle-même avertie par l’ex-femme de Paul Hottinguer à la suite d’une séparation «très conflictuelle». Son fils, Philippe, et son ancienne assistante sont également jugés jusqu’à vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour complicité de fraude fiscale et blanchiment.
Son fils est soupçonné d’avoir mis en place un montage financier avec des sociétés et des fondations offshore pour capter les dividendes perçus de ses activités en France et lui en reverser une partie ensuite, ce qu’il dément. Paul Hottinguer est à nouveau résident fiscal français depuis 2023, sur les conseils de son fiscaliste, au vu du temps passé en France «depuis sa retraite», prise il y a environ 20 ans.
En mars 2024: Faillite de la banque Hottinger: double acquittement dans l’affaire des 89 millions jamais virés

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