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Ce n'est pas tous les jours que ça arrive dans chaque famille. Alors dans celle de Berthe, en Ehpad à Rennes depuis peu, on a mis les petits plats dans les grands pour l'occasion.
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Par Brian Le Goff Publié le 2 août 2026 à 21h01
Quand on aborde avec Berthe l’âge symbolique – 100 ans – qu’elle vient d’avoir, vendredi 31 juillet 2026, elle répond sur le ton de la plaisanterie : « Ah bon, je ne m’en étais pas aperçue. » Malgré un siècle de vie, cette dernière ne rate jamais une occasion pour garder le sourire et se souvenir de sa jeunesse ou encore de la longue vie partagée à deux avec son mari militaire qui l’a emmenée aux quatre coins de la France. Pour actu Rennes, elle a accepté de se confier sur la recette de sa longévité. Longévité résumée par sa petite-fille la plus proche dans une gazette spécialement créée pour son centenaire.
« Berthe aux petits pieds »
Née en 1926 à Saint-Domineuc, « dans une grande maison située dans le bas du bourg après le canal », d’un père journalier et d’une mère ménagère, elle se souvient qu’on lui ait attribué très vite le surnom de « Berthe aux petits pieds ». Comme souvent, elle s’y est vite habituée sans vraiment se souvenir de comment c’est venu.
Durant sa tendre enfance, elle garde en mémoire ces moments où elle se retrouvait « au milieu des vaches » ou « les pieds dans la rivière », avec une eau si limpide qu’elle pouvait voir le fond. À seulement 8 ans, elle perd sa maman. Mais elle profitera d’un père et d’une belle-mère attentionnés.
« Les soldats ne nous ont heureusement pas vues »
Quelques années plus tard, c’est la Seconde Guerre mondiale, une partie de la maison est réquisitionnée par les Allemands. Plusieurs épisodes de cette occupation la marquent.
"Un soir, après avoir veillé un défunt avec ma belle-mère, on a laissé passer l'heure du couvre-feu. Sur le chemin du retour, on a failli croiser une patrouille allemande. Alors, nous nous sommes cachées derrière les clapiers à lapins. Les soldats ne nous ont fort heureusement pas vues. On s'était fait là une belle frayeur."
Une autre fois, un Allemand s’était couché tout habillé dans le lit de ses parents alors qu’ils dormaient. Sa belle-mère avait alors contacté la Gestapo pour s’en libérer.
Formée à la sténodactylographie
Alors que la guerre n’est pas terminée, Berthe commence à suivre une formation de sténodactylographie (apprentissage de la prise de notes rapide et de la frappe de texte sur un clavier), au sein de l’école Pigier, « rue des Dames » à Rennes.
Une meilleure amie à vie
Elle est alors hébergée chez les bonnes sœurs du couvent Saint-Thomas, rue de Saint-Laurent. C’est là qu’elle fait la rencontre d’Eugénie, « qui préférait être appelée Nini car elle n’aimait pas son prénom », sa meilleure amie.
Cette amitié forte, aussi importante entre elles que de vraies sœurs, perdura jusqu’au décès de « Nini » il y a peu.
"Chaque soir, après la formation, quand on allait chercher le pain avec 'Nini', on courait toutes les deux pour se rendre à La Marine et admirer les danseurs et surtout l'accordéoniste. Quand nous étions en retard, nous donnions toujours la même excuse aux sœurs : 'Il y avait la queue à la boulangerie.' Avec Nini, nous nous sommes plus jamais quittées. On sortait ensemble au bal plus tard. Jusqu'à ce qu'elle disparaisse, on se téléphonait tous les jours en fin de journée.
Une autre anecdote de ces premiers temps en pension, en même temps que la guerre, occupe aussi l’esprit de Berthe. « Un jour, les religieuses renvoient les pensionnaires dans leurs familles, Rennes étant menacée par les bombardements. »
35 kilomètres à pied
Mais elle, elle avait déjà fait le chemin aller en train et avait vu un train rempli d’Allemands à la gare. Alors, elle est rentrée à pied jusque chez elle, soit environ 35 kilomètres.
Ses parents ne l’attendaient évidemment pas. Mais impossible de les prévenir. Il n’y avait ni téléphone, ni internet. Une tout autre époque.
Toujours accompagnée de son acolyte « Nini », Berthe aimait beaucoup se rendre au bal le samedi soir en tant que jeune femme.
« J’ai tout de suite aimé son affection »
Elle travaillera à la caserne Marguerite (ex-Général Maurice Guillaudot, boulevard Georges Clemenceau). Jeune femme, elle fait la rencontre d’Hervé. « J’ai tout de suite aimé son affection. On voyait qu’il tenait à moi. On s’est marié. »
Lui militaire au sein de l’Armée de terre, elle le suivra aux quatre coins de la France et ils auront quatre garçons (Michel à Metz, Jean-Claude et Alain à Strasbourg, Daniel à Quimper).
Mais, in fine, ils feront leur retour à Rennes et, enfin à la retraite, ils partageront leur vie entre les six mois de l’automne et de l’hiver dans la capitale bretonne – allée de Malmoe dans le quartier de Bréquigny – et les six autres mois du printemps et de l’été dans leur maison à Kersuet.
Des souvenirs plein la tête : « Ça commence à déborder »
« On allait où on voulait sans aller trop loin. Mais, pour lui, il n’y avait que la Bretagne qui comptait », souligne Berthe, avec sa petite-fille Laetitia, la plus proche de ses petits-enfants.
"Ils sont partis une seule fois en vacances dans le sud de la France, à Collioure. C'était en 1993."
Quand on lui demande quels sont les autres souvenirs marquants de ses 100 ans de vie, Berthe retrouve une nouvelle fois son humour qui la caractérise : « Des souvenirs, j’en ai tellement plein la tête. C’est pour ça, ça commence à déborder. »
Depuis peu à l’Ehpad La Maison des Ateliers, proche de l’ancienne caserne où elle travaillait quand elle était une jeune femme, Berthe continue de profiter de la vie et le rend bien.
Berthe, 100 ans : « J’étais choqué »
Et c’est Majed Salameh, l’animateur responsable de la vie sociale au sein de l’établissement, qui en parle le mieux : « Quand j’ai su qu’elle fêtait ses 100 ans, j’étais choqué. J’avais du mal à y croire », entame-t-il, suivi d’autres soignants tout aussi surpris.
"Elle est vraiment toujours à fond. Elle adore venir danser. Elle choisit encore ses chaussures. Elle rigole, elle applaudit. D'ailleurs, elle ne dit jamais 'à tout à l'heure', mais "à toute allure', c'est quelque chose qui la représente bien. C'est toujours des bons moments passés."
Ce samedi 1er août, c’est un nouveau bon moment que la centenaire a passé auprès d’une trentaine de membres de sa famille venus pour fêter avec elle ce siècle de vie. Gâteaux avec 100 bougies dessus, photos, embrassades et trinquages étaient au programme.
« Un bon champagne tant qu’à faire »
L’arrière-grand-mère, pas encore arrière-arrière-grand-mère, n’avait par ailleurs pas hésité à réclamer un « bon champagne tant qu’à faire » à sa petite-fille, Laetitia, l’une des principales organisatrices de cette fête pour lui rendre hommage.
Mais cette dernière ne s’est pas arrêtée là puisque, depuis des semaines, elle a travaillé sur une gazette qui résume la vie de sa grand-mère dont elle est très proche.
Un document qu’elle a accepté de partager au plus grand avec plein de petites informations, drôles et parfois touchantes, sur cette femme d’exception.
Quant à Berthe, face à nous, elle ne peut s’empêcher de continuer de s’amuser de son âge : « L’esprit, il n’est pas près d’avoir 100 ans. »
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