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À La Mecque, où s'entremêlent ferveur populaire et folie des grandeurs

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Sami Zaïbi

Sami Zaïbi Journaliste

Publié le 20 mars 2026 à 19:02. / Modifié le 20 mars 2026 à 19:16.

Pour ne rien vous cacher, je me suis longtemps demandé si c’était une bonne idée. Puis-je me rendre à La Mecque, réservée aux seuls musulmans, moi qui suis certes fils de musulman – donc techniquement musulman aussi – mais pas franchement croyant? La question m’a agité dès les prémices de cette Exploration. Quel est le contrôle à l’entrée? Mon passeport arabe (j’ai la double nationalité suisse et tunisienne) suffira-t-il comme «preuve» de mon droit à accéder à la ville la plus sainte de l’islam?

Au-delà de ces interrogations pratiques, indispensables lorsqu’on prétend écrire sur un pays aussi contrôlé que l’Arabie saoudite, une question plus profonde me taraude: quel est mon rapport à cette religion, qui a toujours fait partie du décor de ma vie? Elle est encore davantage présente ces deux dernières années, depuis que j’ai quitté Lausanne pour habiter en Égypte et y apprendre l’arabe.

C’est donc avec un mélange d’excitation et d’appréhension que je monte dans le train. Dans les wagons, tout le monde ou presque est en route pour la umrah, le petit pèlerinage qui peut être effectué toute l’année. Les hommes portent deux tissus blancs pour seuls habits, les femmes ont des vêtements amples, et tous sont en état d’ihram, c’est-à-dire de purification: pas de parfum, pas de rapport sexuel, pas de coupe de cheveux, mais une attitude d’humilité et de recueillement.

«La umrah m’apaise»

Ça, c’est le principe. Ma voisine de siège, une mère célibataire prénommée  Lina, est dans tous ses états. Voilà  trois semaines qu’elle vit à Médine pour prendre des cours d’arabe et de Coran, dans le cadre d’un voyage organisé. Mais son expérience a tourné au calvaire. Son fils d’un an et demi est très perturbé, ce qui rend difficiles  les cours et les rituels religieux. Alors la responsable du groupe a décrété a décidé de l’éjecter, sans remboursement. Elle ne pourra pas non plus participer au pèlerinage organisé à La Mecque, qui devait être le clou du séjour.

«Je suis dégoûtée… mais qu’importe, j’ai décidé d’y aller seule, même si je ne parle pas la langue!», lance cette Marocaine d’origine, avec son accent du nord de la France.

Le train démarre, les passagers effectuent à haute voix la salat al-safar, la petite prière destinée à  obtenir la protection de Dieu pendant le voyage. Sur l’écran d’informations, la direction de la Kaaba est indiquée en temps réel: on en est si proche que la flèche pivote à vue d’œil.

Avec son bébé qui gémit dans ses bras, toute contente de pouvoir parler français, Lina poursuit son récit. «Cette umrah, j’en ai besoin. La première fois que je l’ai faite, c’était il y a un an. Je venais alors d’avoir cet enfant non prévu, seule, et je venais de me reconnecter à la religion. Avant ça, j’étais une fêtarde, faut pas se fier aux apparences (c’est-à-dire à son voile, qu’elle me montre du doigt)! Cette umrah m’a  apaisé et conforté dans mes choix. Pour plein de raisons personnelles, j’ai à nouveau ce besoin. Le problème, c’est que mon état tracassé risque d’en annuler les bienfaits…»

Après une heure de route, le train arrive à destination. J’aide Lina avec sa poussette et ses affaires, on déboule sur le parvis de la gare. Au-dessus d’une forêt de béton, une tour s’élève, à son sommet un croissant de lune projette un faisceau lumineux qui transperce la nuit – c’est la mosquée Al-Haram, le saint des saints. Lina est métamorphosée, d’un coup la voilà sereine et apaisée. «Regarde, c’est la maison, on est arrivés!», dit-elle en montrant le lieu à son fils Une lumière s’est allumée en elle. Elle me remercie pour mon écoute et prend congé de moi. Plus du tout tracassée, semble-t-il.

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