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À deux pas du Vieux-Port de Marseille, sous une place promise à un parking, dormaient depuis 2 500 ans deux bateaux grecs dont la coque tenait par des coutures

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Sous la place Jules-Verne, à quelques pas du Vieux-Port de Marseille, deux bateaux grecs reposaient dans la vase depuis la fin du VIe siècle av. J.-C., soit environ 2 500 ans. Leur coque tenait par des coutures. C’est un projet de parking souterrain, en plein centre-ville, qui a conduit les archéologues jusqu’à eux.

Deux épaves « extraordinairement bien conservées », selon l’archéologue chargée de la fouille.

À retenir

  • La fouille a duré douze mois sur 3 700 m² entre 1992 et 1993.
  • Les deux navires grecs datent de la fin du VIe siècle av. J.-C.
  • La réplique Gyptis mesure 9,85 m et compte 4,5 km de fil de lin.
  • Les épaves originales sont exposées au Musée d’histoire de Marseille.

Sommaire

  1. Une fouille de douze mois sur 3 700 m²
  2. Deux navires assemblés par couture
  3. Gyptis, la barque qui reprend l’eau
  4. Du fond du port à la vitrine

Une fouille de douze mois sur 3 700 m²

La genèse de cette découverte n’a rien de romanesque : elle naît d’une logique d’aménagement. Dans son compte rendu publié en 1994 dans les Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, Antoinette Hesnard indique que la fouille est liée aux projets de parkings souterrains du centre-ville et intégrée dans le chantier du parking. Elle s’étend sur 3 700 m², soit à peu près la moitié d’un terrain de football. Selon le Journal de l’année Larousse 1994, elle se déroule entre mi-août 1992 et mi-août 1993, douze mois de travail au fond d’une fosse urbaine.

Sur le terrain, 25 à 30 contractuels, à peine plus qu’une classe de collège, travaillent sous la direction d’Antoinette Hesnard. Le sol qu’ils creusent porte lui-même une cicatrice récente : la place a été créée sur les décombres du quartier dynamité début 1943.

Sous ces gravats du XXe siècle, le sol livre bien plus que deux coques. Larousse recense les vestiges de dix navires antiques et d’installations portuaires, avec un quai grec du VIe siècle, un chantier naval hellénistique et des entrepôts romains. D’autres publications parlent de sept épaves : le décompte varie selon les sources. Les deux épaves grecques, elles, reposaient dans des vases de la fin du VIe siècle av. J.-C.

Deux navires assemblés par couture

Ces deux navires appartiennent à une Marseille encore jeune. Selon l’Inrap, ils ont navigué entre la fondation de la cité, au début du VIe siècle av. J.-C., et leur désarmement vers 545 av. J.-C., puis ils ont été laissés au fond du port, sans doute par vétusté.

Dans ces vases, Hesnard décrit deux navires en excellent état, dont l’étude et la dépose reviennent à Patrice Pomey. Le Journal de l’année Larousse mentionne de son côté une barque « entièrement cousue, selon le mode ancien de construction ». Les deux navires, désignés Jules-Verne 7 et Jules-Verne 9 dans les publications, étaient assemblés par couture, selon la technique grecque archaïque. Une coque, ici, se tient par du fil.

À l’été 1993, la fouille des niveaux les plus anciens du port grec fait apparaître les épaves, rapporte Patrice Pomey dans la revue Archaeonautica (1998). Les premiers sondages confirment aussitôt leur grand intérêt, mais aussi leur extrême fragilité. Une fois dégagées, elles sont retirées du site pour subir un traitement de conservation avant d’être exposées au Musée d’histoire de Marseille.

Jules-Verne 9 est la plus documentée des deux. Le CNRS l’identifie comme une grande barque de pêche côtière grecque de la fin du VIe siècle av. J.-C., liée à la pêche au corail rouge, découverte en 1993. D’après la présentation du projet Gyptis, elle était faite pour naviguer depuis le Lacydon, l’actuel Vieux-Port, jusqu’aux calanques et aux archipels du Frioul et de Riou. Reste un doute : les sources consultées ne disent pas si la barque « entièrement cousue » de Larousse est exactement celle-ci.

Gyptis, la barque qui reprend l’eau

Il a fallu 20 ans de recherches pour la refaire flotter.

Le projet s’appelle Gyptis, réplique de Jules-Verne 9 : 9,85 m de long pour 1,88 m de large. Sa construction a demandé 10 000 chevilles et 4,5 km de fil de lin, soit environ 1 heure de marche si l’on déroulait le fil sur une route. La réplique est cousue au fil de lin, d’après la technique restituée à partir de l’épave. Avec moins de 10 m, elle reste plus courte qu’un autobus standard de 12 m.

Elle s’inscrit dans le programme de Marseille, capitale européenne de la culture 2013. Dans l’International Journal of Nautical Archaeology (2019), Patrice Pomey et Pierre Poveda décrivent Jules-Verne 9 comme un bateau entièrement cousu, dont le bordé et les membrures sont assemblés par ligatures.

La mise à l’eau a lieu le 12 octobre 2013, dans le Vieux-Port.

Du fond du port à la vitrine

Les originaux, eux, ont changé de décor. Le ministère de la Culture (DRASSM, archéologie sous-marine) indique que Jules-Verne 7 et Jules-Verne 9 ont été transférées au Musée d’histoire de Marseille pour être présentées au public. Une présentation de France Bleu évoque cinq épaves exposées dans ce musée, deux grecques et trois romaines. Un point reste hors de portée des documents consultés : ils décrivent une fouille intégrée au chantier du parking, mais pas l’état final de la place.

Le 12 octobre 2026, dans deux jours, cela fera 13 ans que Gyptis a touché l’eau du Vieux-Port, à quelques pas de l’endroit où son modèle avait passé 2 500 ans dans la vase. Les deux épaves originales sont destinées à la visite : c’est au Musée d’histoire de Marseille qu’il faut aller les voir, loin de la fouille de 1992-1993 qui les a sorties de terre.

Sources : researchgate.net | persee.fr

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