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Le Pentagone bruxellois accueille près de neuf millions de touristes par an, selon les données de Bruxelles-Ville. Il suffit de s'y balader en plein été pour se sentir rapidement submerger par la foule. Une affluence qui n'est pas sans détérioration. "L'hypercentre touristique est spécifiquement touché par le phénomène d'urine sauvage", constate le cabinet de l'échevin de la Propreté publique, Anas Ben Abdelmoumen (PS). Une infraction qui amène mauvaises odeurs, pollution et dégradation de l'espace public.
Dans la capitale, s'adonner à cette pratique constitue une infraction punissable d'une amende de plus de 400 euros. "Durant cette législature, depuis le 1er décembre 2024, on a quand même pu infliger environ 300 amendes pour urine sauvage sur le territoire de la Ville de Bruxelles", déplore l'échevin.
Toutes les bibliothèques publiques de Bruxelles-Ville permettent aux passants d'utiliser leurs toilettes gratuitement. Cela offre une forme d'hygiène de base à laquelle tout le monde a droit."
Plus de cinquante toilettes en libre accès
L'hypercentre de Bruxelles, qui subit un usage très intensif de l'espace public, voit de nombreux touristes en quête de toilettes publiques. Pour tenter de faciliter leur tâche, la ville a mis en place le projet de "toilettes accueillantes". Il s'agit d'une collaboration avec des établissements Horeca, mais aussi avec les bâtiments publics de la ville pour pouvoir mettre des toilettes gratuitement à la disposition de toutes et tous — y compris des personnes qui ne sont pas clientes de l'établissement. Ces lieux sont reconnaissables grâce à un autocollant "toilette accueillante" apposé sur leur vitrine, et reçoivent une subvention de la ville à hauteur de 1 000 euros par an. "Cela permet de couvrir les frais supplémentaires engrangés : en eau, nettoyage ou papier toilette", précise le cabinet d'Anas Ben Abdelmoumen.
L'Horeca dénonce le prix des stationnements à Bruxelles : "On meurt à la pelle"Au sein du centre-ville, on retrouve près de 90 "toilettes accueillantes". À proximité de la Bourse, un restaurateur nous affirme que sa participation au projet est indispensable. "J'avais bien trop de personnes saoules qui, en fin de soirée, urinaient devant mon établissement. C'est très dérangeant. Cela fait fuir la clientèle. Et puis, le nettoyage de mes murs est à mes propres frais", se plaint-il.
À quelques pas de là, une gérante d'une bibliothèque publique nous accueille avec le sourire. "Toutes les bibliothèques publiques de Bruxelles-Ville permettent aux passants d'utiliser leurs toilettes gratuitement. Cela offre une forme d'hygiène de base à laquelle tout le monde a droit."
Tous les établissements participants ne sont néanmoins pas du même avis. Proche d'Anneessens, un barman regrette que ses toilettes se transforment parfois en zone de consommation de drogues. "J'ai déjà dû virer des gens qui prenaient de la cocaïne. J'ai même eu un jour un sans-abri qui se piquait à la vue de tous." Un autre commerçant surenchérit. "Je participe à ce projet depuis quelque temps, mais je suis nuancé, explique-t-il. Je n'ai pas spécialement vu une baisse drastique d'urine sauvage près de mon établissement."
Un défi social
Le témoignage de ce barman – qui a préféré rester anonyme – révèle le défi social que représente la lutte contre le phénomène. La commune de Schaerbeek, par exemple, en fait les frais. "Vous vous en doutez un peu, le quartier Nord est particulièrement concerné par l'urine sauvage. Des personnes en errance, qui vivent dans la rue, ne disposent pas vraiment d'endroits pour aller aux toilettes. Depuis déjà un moment, on a installé des urinoirs dans ce quartier", explique Deborah Lorenzino (Défi), échevine de la Propreté publique. L'élue affirme être en discussion avec d'autres communes bruxelloises sur ce sujet, pour trouver des solutions adaptées.
On ne veut pas créer des endroits qui seraient détournés de leur fonction initiale par des personnes qui fréquentent le quartier, par le public en errance, ou par… les toxicomanes."
Bruxelles-Ville mise par exemple sur la mise en place de toilettes autonettoyantes. "Elles sont vraiment modernes : la cuvette est nettoyée automatiquement, mais aussi le sol et les murs. Et où on peut aussi se laver les mains", décrit Anas Ben Abdelmoumen. Mais installer ce type de matériel n'est pas vraiment envisageable pour la commune de Schaerbeek. "On ne veut pas créer des endroits qui seraient détournés de leur fonction initiale par des personnes qui fréquentent le quartier, par le public en errance, ou par… les toxicomanes. Ça doit rester des toilettes et pas devenir un abri pour la nuit ou une salle de shoot (de consommation de drogue, NdlR) à l'abri des regards. Nos échanges avec les commerçants et avec les associations de terrain vont dans ce sens. On ne peut pas nier la réalité", explique Deborah Lorenzino.
Le "Plan Gares" régional, qui ambitionne de changer le visage des gares du Nord et du Midi, doit tenir compte de ce paramètre. Il comprend en effet un volet social, santé et sans-abrisme qui doit permettre de traiter certaines causes structurelles de l'occupation problématique des espaces publics. "C'est une problématique que j'ai mise sur la table du ministre-Président de la Région – Boris Dilliès (MR) – car on doit trouver une solution spécifique à ce quartier. Il ne s'agit pas que d'une question d'accès aux sanitaires, mais aussi une question d'encadrement de public en difficulté", complète l'échevine Défi.
Protéger les espaces publics
L'urine sauvage est également un fléau pour les espaces verts de la capitale. Sur ce point, les échevins en charge de la propreté sont unanimes. "On fonctionne beaucoup par la répression. L'idée est de prendre les gens sur le fait accompli pour les sanctionner directement", décrit le cabinet de Bruxelles-Ville.
L'envers du décor des parcs bruxellois: "On nous a un jour volé un bananier. Je peux vous dire que les policiers ont trouvé cela assez amusant"À Schaerbeek, la répression fonctionne aussi. Mais la commune mise davantage sur une analyse typologique. "On insiste particulièrement sur la mise en place de toilettes mobiles à des endroits stratégiques. Par exemple, au parc Josaphat, on ajoute pendant l'été des toilettes mobiles, à deux, trois endroits différents. On réfléchit à les installer relativement proches des plaines de jeux, car on sait que la demande y est importante", avance Deborah Lorenzino. Et de conclure : "On sait que dans certains quartiers, c'est le bon plan : comme les endroits qui accueillent des marchés une fois par semaine ou des apéros urbains. Là, les toilettes mobiles peuvent tout à fait matcher. Mais cela dépend du type de quartier et du type de public. Certaines configurations y sont simplement moins propices."
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